lundi 27 juin 2011, par
(IDW Publishing / Brian Wood / Kristian)

Pella est une jeune fille que l’on pourrait qualifiée de bonne famille si elle n’était pas aussi contestataire. Elle vit dans un quartier luxueux de la ville et ses parents semblent être si aisés qu’ils n’ont même pas besoin de travailler pour vivre. Cependant, Pella a une conception assez pratique de l’argent, de ce qu’il représente et du pouvoir qu’on lui donne. C’est même pour cela qu’elle passe ses après-midi et ses week-ends dans un supermarché où elle peut admirer à loisir le pouvoir de consommation et l’hypocrisie de certains clients. Mais c’est au retour du travail qu’elle va avoir une très mauvaise surprise : ses parents sont morts et visiblement des tueurs sont aussi à ses trousses. De quoi avoir de sérieux frissons d’autant que la carte de crédit ne fonctionne plus ...
Brian Wood (Demo, DMZ, ...) démarre son intrigue par une analyse de la société de consommation très juste. Facile d’ailleurs pour des gens riches d’avoir suffisamment de recul vis à vis de cette relation à l’argent (quoiqu’il montre que cette richesse lobotomise aussi beaucoup d’entre eux). Et puis, au moment où on s’y attend le moins, paf, des cadavres et Supermarket passe dans la catégorie du récit d’action. Voilà les deux composantes de Supermarket, un mélange plutôt attrayant sur le papier. Sauf que en quatre numéros, Wood n’a pas franchement le temps de développer ces idées. Le côté subversif et alter-mondialiste revient régulièrement dans les quatre numéros mais toujours en coup de vent, cela peut donner à réfléchir au lecteur mais ça fonctionne beaucoup mieux si ce lecteur est déjà au courant des problèmes de notre société. Quant à l’action, elle est menée tambour battant mais ne dispose pas vraiment de retournements de situations alors qu’il y a matière à en placer ici et là.
Supermarket marque aussi par sa différence graphique. L’artiste Kristian signe de très jolies planches qui m’ont fait penser parfois à du Becky Cloonan, parfois à du Paul Pope, bref à du comic book indépendant relativement récent. La valeur ajoutée de Kristian est sans conteste la mise en couleur qui donne beaucoup de relief aux planches et la présence de cases avec des décors très détaillés. Avec un côté aussi indépendant, on pourrait avoir peur que la mise en page soit un casse-tête de lecture mais il n’en est rien et le tout reste extrêmement lisible, permettant de donner beaucoup de vitesse à la lecture.
Supermarket est donc un récit avec un fond assez malin et une jolie conclusion (utopique, certes, mais qui laisse de quoi réfléchir) qui se lit très vite et agréablement. Malheureusement, avec un sujet pareil, il me semble que Brian Wood est passé à côté d’une série réellement novatrice, alliant l’intelligence du propos et les coups de force avec une action pétaradante.
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