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The Infinite Vacation #1-5

dimanche 10 mars 2013, par Mathieu Doublet

(Image Comics - Shadowline Comics / Nick Spencer / Christian Ward & Kendall Bruns)


Infinite Vacation : les vacances infinies. Infinies peut-être pas dans le temps mais dans le nombre de possibilités. Le truc est très simple : des scientifiques ont trouvé le moyen de passer entre tous les univers parallèles. Bien entendu, l’idée pratique s’est transformée en idée commerciale et le projet Infinite Vacation est né. Vous avez oublié quelque chose, loupé une action cruciale dans votre vie, perdu quelqu’un de cher ? Si vous avez suffisamment d’argent, l’un de vos équivalents parallèles est certainement prêt à échanger sa vie contre la vôtre en échange d’un surplus pécunier. Mais pour Mark, cette infinité de possibilités n’est pas forcément la clé du Nirvana : en effet, peu importe les ramifications de sa vie qu’il achète, celle-ci prend toujours une tournure désagréable, vide, triste, ennuyeuse. Un de ses doubles avec qui il a sympathisé (parce qu’on peut aussi simplement visiter ses vies parallèles) lui a expliqué le véritable sens de la vie. Dommage pour lui, il est mort après un braquage de magasin qui a mal tourné. Bref, pour Mark, le futur est tout sauf radieux. Jusqu’au moment où il croise une fille qui lui plait et à laquelle il semble aussi plaire. Mais de questions en questions, il la loupe et tente de changer le cours des choses en achetant le bon choix. Dommage pour lui, la fille le voit et l’enguirlande copieusement. Il faut dire qu’elle fait partie des Deadenders, ces 3% de la population qui ont décidé de ne jamais se servir d’Infinite Vacation. A partir de ce moment-là, sans dépenser l’ombre d’un dollar, la vie de Mark va prendre un tournant des plus inattendus.

Nick Spencer, c’est le scénariste qui grimpe et ce assez rapidement. Il publie les titres chez Image à tour de bras (Existence 2.0 et 3.0, Forgetless, Shuddertown) jusqu’à Morning Glories dont le succès retentissant lui ouvre les portes de DC Comics (chez qui apparemment, ça ne s’est pas très bien passé). Bref, un scénariste qui envoie avec des concepts très intéressants, le tout dans un format de mini-série qui lui permet de ne pas s’embourber. Et celui d’Infinite Vacation est diablement prometteur mêlant le rêve le plus fou d’avoir la vie que l’on souhaite et des technologies qui nous sont familières (les mobiles et les enchères en ligne). Alors forcément, vu que le personnage est un parfait looser, tout cela égratigne les nouvelles tendances aliénant l’humain aux machines qui lui procurent du divertissement. Spencer est d’ailleurs très clair là dessus en montrant les Deadenders comme des gens qui semblent réellement comblés et des campagnes publicitaires pour Infinite Vacation bien fichues et qui montre le talent que le scénariste a pour le "politiquement correct" et l’utilisation des mots pour parvenir à ses fins.
Ceci étant, Infinite Vacation n’est pas qu’un pamphlet contre la modernisation de nos vies. Nick Spencer s’en donne aussi à coeur joie en mettant dès la dernière page du numéro 1, un cliffhanger policier qui va mener la vie de Mark dans une direction à laquelle il n’aurait jamais imaginé. C’est peut-être là d’ailleurs qu’il va réaliser à quelle point sa propre vie est chère.

Christian Ward s’occupe de la partie graphique. Le dessinateur a la chance de ne pas avoir à remplir les 26 pages du comic-book puisque 6 de celles-ci sont confiées à Kendall Burns qui s’occupe de la promo d’Infinite Vaction à travers des romans photo sympathiques. Quant à Ward, qu’on a déjà pu voir à l’oeuvre sur Olympus, il garde certains côtés de son style (la colorisation et la multiplication de dessins très psychédéliques) tout en faisant passer son style de façon plus classique (ce qui n’est pas sans rappeler parfois des albums de littérature jeunesse). En tout cas, ses planches ne manquent pas de muscles et la complémentarité entre texte et dessin est parfaite. Tout au plus manque-t-il un peu de décors mais ceux-ci sont remplacés par une utilisation de l’aquarelle (serait-elle numérique) qui donne de la profondeur et du volume aux planches.

Infinite Vacation fait donc partie de ces très bonnes surprises qui sortent chez Image Comics ces derniers temps (et chez Shadowline Comics, la ligne tenue par Jim Valentino). Reste à savoir si Spencer va réussir à aller au bout de son concept et si certains côtés d’Infinite Vacation plus sombres (comme le fait qu’il y a forcément un Mark super riche qui se retrouve avec toutes les vies de merde) seront abordés. Le numéro 2 étant déjà en ma possession, je vous avouerai que ça avance pas mal et que j’attends la suite avec impatience.


Mise à jour après la lecture des cinq numéros : Mission accomplie pour Spencer et Ward même si elle a mis du temps à arriver entre les mains des lecteurs. Aux dates de publication, il aura fallu deux ans pour arriver à la fin du récit (le numéro cinq étant un numéro double). Et alors ?

Et alors, c’est bien bon, ma bonne dame : en fait, le héros avec quelques uns de ses doubles va devoir comprendre pourquoi ils se font éliminer à tout de rôle. Mais le fond de l’histoire est bien plus philosophique et renvoie bel et bien à son tout début avec une belle logique de construction. Je trouve simplement que l’échange de réalités est un peu bancal, on ne sait pas trop comment les êtres humains vivent leur vie une fois qu’on la leur a emprunté, comment les décisions que chacun prend influe sur leur propre vie. Mais soit, si on passe sur ce manque de précision, c’est du beau boulot aussi bien dans le fond que dans la forme avec un final explosif. Ward va s’en donner à coeur joie, à tel point que le lecteur est peut-être celui qui en profitera le moins.

Bref, quelques couacs mineurs pour une belle histoire, joliment illustré, avec son lot de scènes choc. Vous penserez peut-être à Total Recall tout comme à Evangelion. Et si cette dernière phrase ne vous intrigue pas, je ne sais pas ce qu’il vous faut.

Dommage simplement que le recueil ne soit pas encore prévu. Les numéros individuels sont aisément trouvables sur les marchands du Net ceci dit.


Pour mémoire, mes petits paris (après la lecture du #1 et du #2)

Envie de lire la suite ? Oui, beaucoup.
Parution de la suite ? Le #1 a eu tellement de succès que le contraire serait étonnant.
Parution du TPB ? Idem.
Traduction en français ? Graphiquement, c’est assez risqué pour un lectorat franco-belge mais si le scénario tient ses promesses jusqu’au bout, la VF pourrait voir le jour.

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