Onirique Comics 7.1

Accueil > Para-comics / Meta-comics > Les comics en version numérique - légère mise à jour

Les comics en version numérique - légère mise à jour

samedi 20 août 2011, par Mathieu Doublet

Avant-propos : je ne considèrerai que les comics américains dans cette discussion, étant peu au courant de ce qui se fait en matière de franco-belge ou de manga numérique.

C’est le grand débat qui concerne tous les éditeurs de comic-books : comment faire pour récupérer un peu d’argent sur les méchants pirates qui scannent et diffusent sur le Net les comics américains, le jour même de leur sortie (une diffusion "0-day" ? Bien entendu, la réponse c’est de proposer aux internautes une version légale de leurs comics. Et là, plusieurs approches sont possibles ...

Le creator-owned tout seul comme un grand

Il y a tout d’abord les propostions des créateurs eux-même. Ils ont leur propre prix, leur propre comic-book et le diffusent à leur gré.
- Skottie Young (excellent dessinateur de Wizard of Oz propose un comic-strip en creator owned, The Adventures of Bernard the World Destroyer. Pour cela, rien de plus simple : vous allez sur le site, vous payez 2$ par le biais de Paypal et paf, un beau fichier PDF arrive tout chaud dans votre boîte aux lettres. Vous pouvez le lire n’importe où, sur n’importe quelle plateforme.

- Encore mieux pour le lecteur, les créateurs qui proposent leur comic-book gratuitement et qui laissent la liberté aux lecteurs de les rémunérer par la suite. C’est le cas de Steve Lieber. Il a crée avec Jeff Parker, la mini-série Underground, publiée en papier chez Image. Ici, c’est encore plus ouvert que précédemment puisqu’on vous permet en visitant le site du comic-book de télécharger librement les comics au format CBZ (qui est le format Zip renommé) ou en PDF. Et si vous préférez le noir & blanc, aucun souci, c’est aussi disponible. A vous ensuite, de bien vouloir donner un petit quelque chose aux auteurs. On vous conseille 5$ ce qui est moins cher que la version papier. Pour le coup, vu la démarche des auteurs, j’ai donné exactement le prix du TPB. Au moins, tout va bien chez les créateurs. Ca peut favoriser les envies des rapaces mais cela peut aussi rapporter quelque chose aux auteurs.
Après avoir contacté Steve Lieber à propos de son initiative, tout indique que l’opération a été un succès. Visibilité accrue (les gens achètent le bouquin en convention après l’avoir lu gratos, vente sur le site web du comics alors que ça n’est pas la solution la plus économe), honnêteté des clients (qui ont d’abord beaucoup donné pour le fait que les auteurs aient utilisé ce principe de donation, puis tout simplement par honnêteté) : bref, Underground a désormais beaucoup plus de lecteurs.

Le creator-owned par le biais d’une plate-forme

Que vous soyez éditeur indépendant ou grosse maison d’édition, le plus pratique, c’est d’être catalogué chez les plateformes de distribution de comics digitaux. Et c’est là que ça se complique vraiment.

Je m’explique : il y a plusieurs plateformes de distribution et certains titres ne sont disponibles que sur certaines d’entre elles. Du coup, si vous voulez lire tel ou tel titre, c’est tant pis pour vous, vous serez obligés de donner vos infos bancaires à plusieurs boîtes (ou à Apple si vous prenez les applications iPod Touch / iPad) et vous aurez plusieurs applications pour plusieurs titres. Autant dire que si la boîte fait faillite, vous aurez peut-être une application pour un seul comic-book, ce qui est loin d’être pratique. D’autant que les plates-formes en question n’utilisent pas toutes le même système.
Chez Comixology, vous téléchargez le comic-book sur votre mobile / disque dur ; tandis que chez Graphic.ly, c’est du cloud computing et que vous téléchargez (assez vite c’est vrai) les pages au fur et à mesure de votre lecture. Reste à savoir si vous avez une connexion permanente partout où vous allez. (MàJ : Concernant Graphic.ly, on peut synchroniser son compte et donc lire ses comics offline. Et ce lecteur a apparemment une dimension communautaire, genre "réseau social", que je n’ai pas pu tester.)

Une plate-forme particulière : Comixology


Je vais donc vous faire part de mon expérience à travers l’application Comixology et les tarifs qui y sont pratiqués. J’ai choisi logiquement cette application plutôt qu’une autre car il me semble qu’elle recoupe une majorité d’éditeurs qu’ils soient de diverses tailles et aussi des titres classés en creator-owned indépendemment de tout label. C’est aussi une plate-forme "multi-plates-formes" (sic) : peu importe que vous soyez sur iPad, PSP, Android ou encore sur votre bon vieil ordi, Comixology a vu grand et est disponible partout.
Sur cette plate-forme donc, le prix d’1.99$ est appliqué consciencieusement par DC Comics, Image, Dynamite ou Zenescope (Marvel est seulement disponible si vous utilisez Comixology sur un appareil Apple ou depuis le webstore de Comixology), ceux-ci pouvant toujours se rabattre derrière la politique d’Apple de lancer des produits se terminant par .99 uniquement. Chez les indépendants, en règle générale, le prix est plutôt de 0.99$ par numéro. Viennent ensuite les comic-books plus longs dont le prix peut bien entendu varier.

Et là se pose la question de la rentabilité d’une telle opération pour l’acheteur. Bon, celui qui n’a aucun comic-shop près de chez lui peut tout à fait trouver chaussure à son pied. Encore que ... avec des vendeurs en ligne qui livrent presque partout et souvent avec de belles ristournes sur le prix indiqué en couverture, même un acheteur très isolé verra que commander son livre papier est peut être plus rentable que de prendre les numéros à l’unité.

Prenons un exemple au hasard : Flash Rebirth
Prix du TPB:10,13€ (dispo à partir de 7.12€) Prix du numérique : 6 numéros à 2 dollars : 12 dollars = 8,40€.
Sachant que le bouquin pourra être prêté voire revendu, même à 2 euros, l’avantage numérique d’un point de vue strictement financier est peu probant. D’ailleurs, sachant qu’il n’y a plus de dépenses pour le papier ni pour son transport et en comptant éventuellement les coûts de fonctionnement pour les serveurs et l’hébergement, un comic-book numérique devrait être moins cher que son équivalent papier.

Reste la question des nouveautés. Parce que finalement, la moralité de ce que j’ai écrit ci-dessus est surtout que "tout vient à point à qui sait attendre" et que plus on attend, moins le bouquin est cher. La version couverture dure sortie en premier est plus chère que la version en couverture souple qui elle-même sera de moins en moins chère au fur et à mesure que les bouquins resteront dans les catalogues des marchands et grossistes (virtuels ou non).
Il me semble donc logique de penser que payer 1.99$ pour une news sortie à 2.99$ (voire 3.99$) vaudrait parfaitement le coup. Sauf que les gros éditeurs ne sont pas encore prêts à passer le cap (la série Batman par exemple est disponible en partie et jusqu’au numéro #700 alors qu’elle en est au #709 en comic-shop). En dehors des problèmes de logistique informatique, ils perdraient certainement quelques lecteurs papier et le soutien des revendeurs. Ce serait pourtant un très bon argument face aux scanneurs qui livrent gratos le comic-book le jour même de la sortie.

Le cas Dark Horse


Dark Horse a choisi de faire cavalier seul (ha ha) dans la course numérique et a trouvé un argument de ventes plutôt malin : le bundle. C’est à dire que vous pouvez vous payer un arc d’une histoire complète à un petit prix.
Prenons par exemple The Goon TPB 1 : Nothing but Misery.
Prix Amazon.fr : 11.71€ (dispo à partir de 8.50€ sur le Marketplace.
Et paf, chez digital.darkhorse.com, ça ne coûte que 5.99$ donc grosso modo 4,20€. Quand on sait que le one-shot Chinatown est à 3.99$, ça fait tout de suite réfléchir.

Maintenant, tout n’est pas rose non plus sur le site de Dark Horse. Tout d’abord, on est proche du cloud computing avec des numéros qui ne restent pas sur votre espace de stockage mais qu’il faut recharger à chaque fois. Ensuite, le lecteur, en tout cas sur écran d’ordinateur est trop contraignant et ne propose pas la page entière. Le navigateur automatique passe de case en case en choisissant parfois de ne pas les montrer dans leur entièreté, ce que je trouve très désagréable. D’un autre côté, le "zoom" sur certaines cases est un effet assez saisissant même si ce sont des cases qui ne sont pas faites pour en mettre plein la vue au lecteur.

Conclusion

Bref, le marché numérique se construit petit à petit et plutôt que d’attendre, de se poser les bonnes questions et d’agir en conséquence, tout le monde se jette à corps perdu sans vraiment penser à ce que ça va coûter et surtout si cela va être attractif. Il y a fort à parier qu’avec le développement des tablettes tactiles, le fait qu’on puisse lire son comic-book dans un format très proche du format papier, les comportements des lecteurs risquent de changer et peut-être que ceux des éditeurs aussi. C’est tout ce qu’il reste à espérer tandis que, pour l’instant, ce sont les éditeurs indépendants qui font des choix commerciaux plus intéressants pour le lecteur.

Messages

  • Vends Action Comics #1 en fichier .cbz pour 2500,00 € ! Ou faire offre, j’étudierai toute proposition.

  • Très intéressant. L’avènement des tablettes a en effet rendu possible la lecture de BD numériques (pour moi). Je suis incapable de lire une BD sur un écran d’ordinateur mais je peux le faire sans problème sur un Ipad (c’est d’ailleurs plus ou moins le seul intérêt que je trouve encore à l’engin).
    Après je pense qu’on va se trouver dans le même cas que pour les films et les CD et que tout ça va probablement surtout favoriser le piratage, les prix des téléchargements légaux étant juste honteux.
    Pour moi le modèle économique est mauvais. Je suis accroc au papier et il faudra de sérieux arguments pour m’en faire décrocher. Proposez moi un abonnement à n$ par mois qui me donne accès à tous les titres d’un éditeur et j’y réfléchirais. Payer le même prix que le papier mais sans avoir l’objet, très peu pour moi.
    Quant à Dark Horse, le fait que les BD soit hébergées sur le site me fait fortement penser aux sites de Streaming de musique (libre d’accès mais qui ne fonctionnent que connectés) et je rappelle que ceux ci sont généralement gratuits.
    En gros, merci mais non merci. Revoyez vos copies messieurs SVP.

  • Il y a aussi un modèle économique pas très pratique mais très rentable :
    L’abonnement à Marvel digital sur le site Marvel. Ca fonctionne sous flash player donc les ipad ne peuvent pas l’utiliser (ce qui assure le fonctionnement type Comixology décrit ci-dessus) et je ne sais pas pour les autres tablettes. Cela ne fournit pas de comics très récents (en général presque 6 mois à un an de retard, en gros l’équivalent de la parution VF en kiosque). Mais par contre le tarif et le choix sont imbattables : 40 ou 50 $ par an (oui par an...) pour accéder à volonté sur le site de Marvel aux plus de 7000 comics mis en ligne. Quand on veut faire sa culture comics, qu’on parle anglais et qu’on est pas réfractaire à lire sur un écran, c’est ce qu’il y a de mieux.