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Les manuels de la BD 1 : La création d’un univers de fiction

mercredi 14 février 2007, par Mathieu Doublet

(Eyrolles / Jean-Marc Lainé / Sylvain Delzant)


Vous voulez faire de la BD mais vous ne savez pas trop comment vous y prendre. Pas de panique, La création d’un univers de fiction (ainsi que la collection Les manuels de la BD) est là pour vous guider.

Au programme de ce manuel, quatre chapitres :
- La naissance de l’univers : grosso modo, le héros et le genre abordé.
- Les héros et autres personnages : les interaction du personnage et donc le scénario.
- La définition de l’univers : la cohérence de l’univers et le ton du récit.
- Le format de la BD : les différentes façons de raconter une histoire sur papier (et pas que)

A vous dire vrai, je connais le rédacteur Jean-Marc Lainé, ancien Semic Boys et actuellement scénariste de la bonne série Omnopolis (chez Bamboo) et responsable du label Angle Comics (chez Bamboo également). Et c’est quelqu’un que j’apprécie alors forcément, cette chronique ne risque pas d’être totalement objective. Je vais faire de mon mieux.

Ce qui est intéressant dans cette création d’un univers de fiction, c’est l’importance qui est donnée au travail de prépartion, de pré-production dirait-on dans le langage cinématographique. Ainsi avoir les idées claires, un plan carré et précis, à la fois développé et bourré de détails, à la fois synthétique et concis, semble être un atout majeur dans la conception d’un album de BD.
Lainé et Delzant passent en revue les grands axes (personnages, histoire, décor, ambiance) et permettent aussi bien au scénariste qu’au dessinateur d’avoir un premier calendrier à respecter pour mener son travail à bien. Comme il est dit en conclusion, nul besoin de suivre à la lettre ce que les auteurs vous proposent. Il n’empêche que pour un galop d’essai, le plan de développement proposé semble juste.

Un autre point positif de ce livre est sa présentation. Tout d’abord, la maquette est claire, spacieuse, lumineuse. Du coup, le lecteur parcourera les pages avec plaisir et sans se prendre la tête comme cela peut parfois être le cas avec des ouvrages théoriques. Toujours en comparaison avec des livres supposément savants, ce manuel de la BD emploie un langage simple et non pas simpliste : des mots directs, bien choisis, qui ne refètent pas le snobisme que les ouvrages sérieux qui veulent redorer le blason de la BD peuvent parfois contenir. Si des termes plus techniques consacrés à la bande dessinée apparaissent, ils sont définis à la fois au cours de l’article et aussi dans un glossaire en fin de livre.
Pour l’approche claire et agréable, merci. Merci aussi aux relectures car aucune erreur ne s’est glissée dans le texte ni aucune coquille (tout juste manque-t-il une majuscule en quatrième de couverture ...)

Et pour ceux qui visitent régulièrement le forum Superpouvoir.com, il est très agréable de voir Jean-Marc Lainé poursuivre ses réflexions sur la bande dessinée initiées dans sa chronique irrégulière La vie après les comics.

Bon, assez de pommade, passons aux sujets qui fâchent. En réalité, ils ne fâchent pas vraiment, car ce sont des points finalement minimes.

La partie graphique souffre finalement le plus de la maquette aérée : les dessins illustrant le propos sont parfois beaucoup trop réduits et ne permettent pas toujours de rendre plus évident le propos de l’auteur (l’exemple le plus parlant étant les deux maigres cases à propos de l’univers fantasy où on ne distingue pas vraiment les détails).
Sylvain Delzant, ayant déjà commis ses gags dans de nombreuses revues Semic, est un dessinateur accompli qui réussit à utiliser plusieurs styles graphiques. Il est aussi connu pour ses gags et ceux-ci se révèlent surtout en dernière partie. Le fait qu’il y en ait beaucoup sur la fin et peu au début donne une bizarre impression de déséquilibre : on ne comprend pas pourquoi, soudainement, les gags font leur apparition.

Toujours concernant l’illustration mais cette fois-ci, de façon plus générale, les amateurs éclairés du "who’s who" de la bande dessinée (ils ne seront qu’une poignée) auront remarqués que Lainé utilise plus facilement les bandes dessinées de ses amis ou de ses connaissances. Si cela peut passer pour du renvoi d’ascenseur, de la publicité gratuite, on ne pourra pas reprocher à l’auteur d’aller chercher au plus près ses exemples et ses informations afin d’illustrer ses propos. En clair, il est plus aisé d’interviewer Alex Nikolavitch (traducteur de comics mais aussi scénariste de Central Zéro ou de la Dernière Cigarette) que Loisel, Van Hamme ou encore Morvan. Dès lors qu’on part du postulat que tout scénariste est confronté aux mêmes problèmes qu’il soit débutant ou confirmé, le fait qu’il n’y ait pas de superstars ne gêne pas vraiment.

Au final, La création d’un univers de fiction se révèle un agréable moment de lecture, enrichissant et sans prise de tête. Ceci étant, il se concentre sur le début du processus d’une création de BD et a donc la saveur d’un "premier volume" : c’est bon mais on voudrait en savoir plus. La bibliographie du bouquin vous permettra d’aller plus en avant en attendant un second tome par Lainé (et Delzant) qui devrait se consacrer à la partie plus technique et plus concrète du storyboard. Espérons aussi que les ouvrages suivants seront plus épais ou moins coûteux, car tout le monde ne pourra pas mettre 20 euros dans un tel ouvrage (certains préfèreront peut-être pour un prix voisin L’art invisible de Scott McCloud par exemple).

Pour acheter ce livre :

5 Messages de forum

  • La création d’un univers de fiction 14 février 2007 22:04, par Céd

    "réflections" ...
    Que dire ... ? ;-)

    • La création d’un univers de fiction 14 février 2007 22:32, par soyouz

      Ne dis rien Céd, ne dis rien ... Il n’a pas eu le relecteur de "La création d’un univers de fiction", voilà tout.

      Doit manquer une lettre dans deux mots aussi, il me semble ! ;)

    • La création d’un univers de fiction 15 février 2007 04:40, par Mathieu Doublet

      Que dire ... ? ;-)

      Ben dire de corriger déjà, ça ne serait pas mal. Mais j’ai corrigé. :) Et puis pour les autres lettres, dîtes-moi où j’en ai oubliées. Pour réflexion / reflection, désolé, je lis tellement d’anglais que je ne sais plus écrire français. :( N’empêche qu’effectivement, j’ai eu un vieux doute en écrivant ce mot. J’aurais dû faire plus attention à mon intuition.

  • Salut Sergent !

    et d’abord merci pour cette chronique qui me semble juste, incisive mais juste, et détaillée (le bougre, il l’a LU !!!).

    Je vais essayer de répondre rapidement (je me permettrai de copier cette réponse sur SP, pour les feignasses de là-bas qui ne viendraient pas ici : ça leur fera les pieds !).

    - Sur la petitesse des illustrations : je dois avouer que j’ai été trop bavard, et que l’estimation que l’on a faite du calibrage était peut-être trop large. Du coup, les illustrations sont effectivement bien petites. On a déjà un peu réduit le calibrage des textes pour le deuxième volume, et on a proposé et noté des modifications légères de la maquette, pour donner plus d’importances à certaines illus…

    - Sur les "gags" de Delzant : il m’a semblé plus logique d’avoir des trucs d’humour sur des rubriques et chapitres qui s’y prêtaient. Je veux dire, ce n’est pas dans le tableau des genres que l’on aurait pu placer des couillonnades, si ? (Oui oui, je sais, "quoique…"). C’est moi qui ai choisi les illustrations, donc si c’est déséquilibré dans l’ouvrage, j’en suis l’entier fautif…

    - Sur le réseau : effectivement, il est plus simple, mais aussi plus agréable, d’aller interroger des gens que je connais et que j’apprécie, et de montrer leur travail. Comme tu le dis, pros de longues dates ou plus jeunes débutants sont confrontés aux mêmes problèmes dans l’acte de création, donc la valeur du témoignage reste la même.
    Disons aussi que les prochains volumes accueilleront des auteurs peut-être plus connus, mais qui font aussi partie du cercle d’amis, et que ce premier volume sert également de carte de visite pour aller leur montrer, prendre un peu de leur temps et obtenir des documents… Donc la collection et son contenu vont s’etoffer petit à petit…

    - Sur le prix : les autres volumes auront le même prix et la même pagination. C’est la grille tarifaire des bouquins BD d’Eyrolles… sauf que les autres, c’est souvent de la traduction, alors que là, c’est de la création, donc des bouquins plus longs à équilibrer…

    - Sur le sommaire : je précise que le deuxième volume sera consacré au SCÉNARIO, et le troisième au STORYBOARD. Pour donner quelques infos, je relis le deuxième et je prends des notes (et rassemble une icono) pour le troisième, actuellement…
    Je ne pense pas jouer dans la même cour que les bouquins de McCloud. Non seulement parce qu’ils sont cosmiquement plus brillants que les miens, mais aussi parce que ce n’est pas le même propos : moi, je donne des conseils, je montre ma méthode, je donne des astuces, je ne fais pas, ou peu, de théorie. De là, j’aurais tendance à penser que les lecteurs n’y cherchent pas les mêmes choses…

    Euh : qu’ai-je donc oublié ? Je crois avoir fait le tour. Je poste ça et je relis ta chro pour y répondre si j’ai oublié un truc…

    Jim

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