Onirique Comics 7.1

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Elmer

jeudi 17 février 2011, par Mathieu Doublet

(Ca et Là pour la VF / Gerry Alanguilan)

Jake Gallo est quelqu’un qui cherche ce que les autres cherchent aussi : un travail et un amour. Pour le second point, il y a toujours le fantasme comme palliatif et donc au final peu réjouissant. Le premier point est plus problématique d’autant que Jake s’emporte rapidement dès qu’un entretien se termine par la négative. Aussi pense-t-il souvent qu’il n’est pas embauché à cause du racisme. Un racisme un peu particulier puisque Jake est un poulet, qu’il pense et qu’il parle comme un humain (ses congénères en font autant). Mais finalement, ces soucis sont bien mineurs face à l’épreuve qu’il va devoir affronter : son père est gravement malade et n’a plus que quelques jours à vivre. Jake retourne donc à la campagne pour reprendre contact avec sa famille dont son frère qui est une star du ciné et une soeur dont il ne connaît pas vraiment la vie qu’elle mène. Il va aller de surprises en surprises sachant que la plus grande sera la réapparition du journal de son père, un journal qu’il a longtemps voulu parcourir. Maintenant que son père, Elmer, est parti, Jake va assouvir sa soif de curiosité et découvrir ce qu’il était loin de penser à propos de sa famille mais aussi du genre poulet.

Il y a des artistes qui sont assez discrets et qu’on ne connaît que par leur travail mainstream. C’est le cas de l’artiste philippin Gerry Alanguilan plus connu pour être l’encreur de Leinil Yu sur nombre de parutions estampillées Marvel ou DC. Il a déjà publié des oeuvres dans son pays natal mais rien que je connaisse ou dont j’ai entendu parler (il y a un visiblement un strip qui fait une petite apparition clin d’oeil dans ce livre). C’est donc une véritable découverte que ce Elmer qui parle de toute une famille et d’une véritable révolution culturelle et sociale. Alanguilan y va franco dès le départ avec un personnage sympathique mais aussi très colérique, il réussit à introoduire sa surprise de façon fort efficace et développe le concept d’une race émergente avec beaucoup de finesse. Par la suite, il conjugue histoire personnelle de son héros et Histoire du monde entier en permettant à son personnage principal d’évoluer et d’être mieux compris par le lecteur. Il en ressort forcément des questions intéressantes qui donneront le sourire aux végétariens les plus endurcis sans que ce livre ne soit ressenti comme un plaidoyer contre la viande.
Dans les moments plus personnels, l’auteur sait aussi se montrer très discrets. Je me suis posé la question sur la force des scènes de discussions entre membres de la famille et dans les non-dits, les cadrages utilisés et si j’ai trouvé à la lecture qu’il n’y avait pas de moments très forts, je me suis aussi dit que l’auteur se rapprochait beaucoup de la réalité et utilisait beaucoup de finesse et de recul par rapport à ces personnages. Ce qui ne m’a nullement empêché de ressentir des choses aussi bien pour la famille Gallo que leur voisin fermier (dont l’interprétation de l’air souvent gêné sera laissé à la discrétion du lecteur).

Le dessin d’Alanguilan est lui aussi fort intéressant. Ceux qui s’attendraient à retrouver un Leinyl Yu bis en seront pour leur frais. L’auteur a un style qui mélange plusieurs courants ce qui me semble tout naturel vu sa nationalité. On a donc des planches qui ont des éléments asiatiques (pour ne pas dire manga) mais aussi d’autres inspirations surtout au niveau du découpage. Si quelques raccourcis sont parfois pris, l’ensemble du bouquin dégage une véritable qualité et un savoir-faire d’autant plus bluffant que le dessinateur réussit à nous dessiner des poulets réalistes mais aux expressions très humaines. Il y a aussi de superbes paysages avec un amour de la nature évident et des planches détaillées qui ne trompent pas les intentions de l’auteur. Que ce soit lors de scènes très violentes ou émouvantes, le dessin réussit à faire passer l’émotion.

Elmer est donc une lecture vivement conseillée et d’autant plus si vous abordez un âge plus proche du demi-siècle que de l’obtention du Bac. J’ai trouvé un réel plaisir à le lire et du coup, coup de chapeau à mon frangin qui me l’a offert.


Pour lire la première partie du bouquin en VO, voilà un PDF fourni sur le site de SLG

Pour acheter ce livre :

En VO (ou tout comme puisque le comic-book a été publié en anglais originellement d’abord par l’artiste puis par SLG)

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En VF :

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