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Moving Pictures

dimanche 19 décembre 2010, par Mathieu Doublet

(Top Shelf / Kathryn Immonen / Stuart Immonen)


Ila Gardner est une conservatrice dans un musée français. Etrangère, elle a tout ce qu’il faut pour s’échapper d’une France occupée par les forces nazies. Pourtant, essentiellement par amour de l’art et même de la plus anecdotique peinture pour laquelle elle éprouve une attirance immense, elle décide de rester dans son musée et aide les résistants à cacher et cataloguer un maximum d’oeuvres d’art. Mais bien sûr, il ne faut pas longtemps pour que les Allemands fassent de même et embauchent Rolf Hauptmann afin de retrouver certaines de ces oeuvres d’art. S’en suit un combat mental lié à une relation particulière entre la femme et l’homme, unis par l’Art mais séparés par leurs convictions personnelles.

Moving pictures n’est donc pas un bouquin sur le cinéma mais bel et bien sur des oeuvres d’art qui circulent pour être protégées. Enfin, ça, c’est plus le cadre de l’histoire que le fond. Le couple Immonen nous raconte plutôt une histoire de convictions et d’éthique personnelle afin de répondre à la question "Jusqu’où aller pour rester intègre ?". C’est certainement la morale de l’histoire et celle d’Ila est forcément tragique. La jeune femme est confrontée à une suite de choix qu’elle assume complètement même si elle est loin d’en apprécier les conséquences. Chacune de ses décisions ne peut être prise à la légère dans un cadre comme celui de l’Occupation et même si le final semble relativement positif, on ne peut s’empêcher de penser en continuant le récit que la jeune femme, même vivante, est marquée à jamais.
C’est certainement le point fort de Moving Pictures. Kathryn Immonen consrtuit un récit composé de flash-backs et d’un interrogatoire qui se révèle plus complexe que ça. Si l’intrigue n’est pas véritablement complexe, ce sont les relations entre personnages qui sont réellement subtiles. La scénariste se garde bien de faire parler ses acteurs le plus franchement possible et laisse toujours la possibilité au lecteur d’imaginer les volontés et les plans de chacun selon sa connaissance et les images mentales que l’on a de la Seconde Guerre Mondiale. De quoi ajouter en finesse et aussi en romantisme à un récit classique.

Stuart Immonen prend le style que j’aime le plus pour illustrer ce récit. Très simple, épuré, ligne claire diront certains, le dessinateur reste sur du noir & blanc. Passées l’économie et la facilité à réaliser le livre pour du creator-owned, cela renforce aussi bien le côté cinéma d’époque (expressionniste allemand notamment) que celui, sombre, de la période historique. Les aplats noirs sont nombreux et les contrastes sur les visages renforcent des expressions qui cachent parfois le fond de l’affaire. Avec ce style, l’artiste peut aussi jouer sur les ressemblances de lieux et donc sur la temporalité des événements, afin de surprendre le lecteur.

Enfin, surprendre, c’est un bien grand mot. Le plus grand problème de Moving Pictures, pour moi, est peut-être ce manque de claque, de surprises, a contrario de ce qui est vanté dans le rabat intérieur. Par contre, cela reste une histoire humaine pleine de finesse et assez touchante avec une ambiance mélancolique.


Un peu de musique avec ça ? La chro du blog B.O.B.D

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