Onirique Comics 7.1

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Revolver

vendredi 3 décembre 2010, par Mathieu Doublet

(Vertigo / Matt Kindt)

Sam est un homme comme les autres qui vit une vie de couple tranquille plutôt harmonieuse et qui a un job pénible (recadrer des photos de gens qui font la fête) qu’il méprise au plus haut point comme il méprise beaucoup de ses collègues et qu’il exècre sa patronne, une femme aux allures hautaines. Sortie au bar, gueule de bois, 11 h 11 du soir arrivent, Sam s’endort et se réveille ... avec un mal de crâne carabiné. Un mal de tête si fort qu’il oublie de voir que le cadre dans lequel il vit est proche de celui qu’il connait mais radicalement différent. Ca n’est que quand il manque de recevoir une bombe sur la tête qu’il se rend compte qu’il y a quelque chose qui cloche. La grippe aviaire fait des morts par milliers, les bombardements des grandes villes américaines ont déjà commencé et les gens n’ont plus qu’une solution : survivre coûte que coûte. Pour Sam, cela réveillera en lui des compétences insoupçonnées. Arrive le soir et l’endormissement. Quand Sam se réveille, il est à nouveau dans son monde habituel, un monde qui lui parait maintenant bien fade. A chaque endormissement, un changement de monde s’opère et Sam ne peut pas vraiment continuer ainsi, persuadé qu’il a complètement perdu les pédales. Reste à savoir quel monde il va choisir ...

Matt Kindt, auteur des très bons 2 Sisters, Pistolwhip ou encore Super Spy (oublié de le chroniquer celui-là), passe de la case indépendant à l’éditeur un peu plus gros. Pour le coup, il quitte son genre de prédilection, l’histoire d’agents secrets pour aborder ce que j’appellerai le fantastique quotidien avec un très joli jeu de miroir à commencer par l’horaire qui fait somber le héros. Comme dans tous ces récits de genre, l’auteur présente la vie du héros et le changement à la fois si énorme et si subtil pour qui ne regarde pas autour de lui. Des lors, Kindt met en place le principe du "j’y crois pas, c’est pas possible, et je suis le seul à vivre ça" de bien belle manière. Mais s’il y a quelque chose à retenir de Revolver, c’est plus le personnage central de Sam qui va devoir prendre des décisions drastiques d’un monde à l’autre. De quoi révéler le côté animal et primaire qui sommeille en lui et qui retire toute saveur à un monde confortable certes mais extrêmement morne. Sauf que ce monde aussi, à ses avantages, dont le plus important : la sécurité. Important aussi la façon dont est transmise l’information et son effet sur les personnes, mais j’y reviens plus bas.

Kindt vient de la bande dessinée indépendante et a donc un style fort qui lui est propre. Il faudra pas vraiment chercher l’extrême ressemblance du personnage d’une case à l’autre mais ce n’est guère important, le principal est de reconnaître les personnages et avec un design bien pensé, on arrive bien à reconnaître qui est qui sans aucun souci. Le style est rond, souple mais aussi très dur. Une urgence des traits qui sied à merveille au monde détruit que Sam arpente et qui dispose de plus de détails que le monde habituel. Pour bien différencier les deux, l’auteur choisit d’imprimer ces planches en deux couleurs. Bleu foncé pour le monde dans lequel nous vivons, et ocre pour celui qui a vécu le désastre. Au final, c’est vraiment très très réussi. Et pour moi qui aime la bichromie des ouvrages précédentes et qui n’était pas convaincu par la mise en couleurs du récit de Kindt sur Strange Tales, le résultat est des plus satisfaisants. Kindt prend un soin particulier à toute la mise en page, y compris au bas de page qui inclut les numéros (de pages - oui, je sais ça fait trois fois). Chacun de ses numéros est en réalité un morceau de dépâche comme on peut en lire en bas de l’écran des chaînes d’informations. L’effet renforce la personnalité des mondes et montre les avantages et les inconvénients de chacun. Même si je m’en suis passé lors de ma lecture et ne les ai parcourus qu’après, cela ajoute un petit plus à l’univers de Revolver et explique en partie la finalité du bouquin.

Une finalité qui laissera songeur et permettra au lecteur de prolonger l’expérience du bouquin. Donc si vous aimez l’auteur, aucun souci, Revolver est un livre aussi bon que les précédents, dans un genre différent. Si vous aimez les récits à la "Un jour sans fin" mais beaucoup plus sombres, laissez-vous tenter par Revolver, vous ne le regretterez pas.


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