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King City #1-6

mardi 5 octobre 2010, par Mathieu Doublet

(Image Comics & Tokyopop / Brandon Graham)

Il s’appelle Joe et c’est un Cat-master. Un maître de chats quoi. Ou plutôt quelqu’un qui sait comment utiliser la boule de poils qui est en train de ronfler dans son seau. C’est un "chat" un peu particulier qui, une fois une certaine potion injectée, se transforme ou acquiert des facultés particulières : de la copie d’objet à l’arme à distance, rien n’est impossible pour le chat. Et en l’occurrence, Joe s’en sert pour ouvrir un coffre-fort, en piquer une clé et en faire une copie (qui permet bien entendu de laisser croire qu’aucun crime n’a eu lieu). Le souci, c’est qu’il a dû être repéré à un moment ou à un autre. Comment pourrait-il se faire agresser juste en revenant de son méfait s’il en était autrement ? Et vu que son assaillant était du genre plutôt mortel (même avec une simple crotte de nez), cela signifie certainement que Joe est dans la mouise jusqu’au cou et que sa planque au Nowhere. Alors est-ce qu’il lui fait emménager chez Pete, son pote, qui va rapidement se retrouver lui aussi dans une sale histoire et surtout est-ce que les deux hommes pourraient vivre une vie tranquille au sein de King City s’ils le souhaitaient ?

King City est une série particulière à plus d’un titre. Tout d’abord, elle a été publiée chez Tokyopop en ce qui concerne sa première moitié (donc les six premiers numéros dont je vous parle) et puis revient chez Image Comics en remasterisée avec un découpage mensuel. Pour Brandon Graham, c’est aussi l’occasion d’avoir un confort plus grand pour la publication de son titre et donc sa régularité (le monsieur a l’air d’avoir plusieurs projets, dont l’excellent Multiple Warheads publié chez Oni Press qui ne dépasse malheureusement pas le one-shot et dont j’espère lire la suite un jour ou l’autre).
Et King City, c’est aussi le grand terrain de jeu de l’auteur. Il faut dire ce qui est : l’intrigue n’est pas forcément le point fort de la série. Je me suis bien intéresser au sort des personnages et à leurs diverses relations mais le fait est que l’intrigue en elle-même est très diluée et que six numéros de plus ne donneront au final qu’une histoire assez basique (à moins que la seconde partie soit nettement plus trépidante en termes de rebondissements et de retournements de situations mais je n’y compte pas trop). Reste donc tout un univers qui nous servi par Joe et son chat qui se trouve être un véritable foutoir où tous les alphabets possibles se rencontrent, où chaque écriture est le ressort potentiel d’un jeu de mots (plus ou moins finauds d’ailleurs) bref, où le mot a sa place et laisse autant de marques pour créer une ambiance particulière où se côtoient ville forcément pourrie jusqu’à la moelle, technologie digne des meilleurs films d’anticipation et guerre des gangs et anarchisme latent.

Une impression renforcée par le graphisme de Graham qui a plusieurs cordes à son arc (dont celle de dessinateur pour magazines pornos - des grafittis explicites parsèment King City) et une certaine culture qui contient forcément une bonne dose de hip-hop en son sein (tous les petits détails à la Mahfood et la street culture). On prend donc un certain plaisir à regarder tous les petits détails qui pullulent dans certaines cases, les autres étant souvent complètement dénuées de décor. C’est le côté "manga" de l’affaire et l’explication que Tokyopop se soit un jour chargé de la publication. Il est donc souvent question de découpage suivant l’action mais heureusement, en 32 pages, si Brendan Graham n’a pas forcément le temps de faire beaucoup remuer l’intrigue, on n’est pas non plus dans le travers shônen avec un seul combat.

King City vaut donc surtout pour son univers si particulier à l’intersection d’une multitude d’inspirations. Si vous aimez les jeux de mots, le délire et oui, une certaine influence manga, le titre devrait vous faire passer un très bon moment.

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