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Spell Checkers volume 1

mercredi 16 juin 2010, par Mathieu Doublet

(Oni Press / Jamie S. Rich / Nicolas Hitori De & Joëlle Jones)

Jesse, Kimmie & Cynthia sont trois jeunes filles qui abordent le lycée avec une certaine confiance. Elles sont ensemble depuis qu’elles sont toutes petites et leur présence fait trembler tous leurs camarades sur leur passage. Il faut dire que cette confiance vient peut-être d’un livre de sort qu’elles se sont procurées dans le passé, qu’elles récupèrent chacune à leur tour pendant une semaine et qui fait d’elles de véritables sorcières jetant des sorts du style rendre un contrôle sans faute ou créer un clone pour subir l’heure de sport hebdomadaire.
Mais quand Cynthia reçoit un message ordurier sur son casier et que celui-ci est inscrit en lettres de feu (ou presque), c’est qu’il y a deux solutions : soit une nouvelle sorcière est arrivée, soit c’est une de ses copines qui lui a fait le coup. Et quand un jeune homme entre en scène et qu’il y a compétition au sein du trio, c’est très très mauvais signe.

Spell Checkers est la nouvelle création de Jamie S. Rich (Douze raisons de l’aimer, You Have Killed Me, ou encore l’anthologie Four Letters World) chez Oni Press. Le scénariste s’essaie à tous les styles et attaque donc le récit de sorcière en lui appliquant les recettes qui ont déjà fait le succès de séries comme Charmed ou bien Buffy. La première série est bien entendu celle qui vient le plus rapidement à l’esprit puisqu’elle met en scène tout comme le comic-book, un trio de sorcières. La différence majeure, c’est que dans Spell Checkers, les héroïnes sont de véritables petites pétasses qui abusent de leur pouvoir, qui cherchent à manipuler les autres pour leur bien personnel (il n’y a qu’à voir comment elles se sont procurées le grimoire de sort), bref, si elles grandissent, elles risquent fort de tourner plus comme Baba Yaga que comme une bonne fée marraine de princesse.
Du coup, en temps que lecteur, j’ai été assez agréablement surpris. J’ai apprécié que les héroïnes aient parfois le dessus (parce que ça permet à l’intrigue d’avancer, parce qu’elles ont cette image de badass qui fait fureur chez tous les lecteurs de comics) mais aussi qu’elles en prennent sur la tronche parce qu’elles sont foncièrement mauvaises et qu’il est toujours agréable que le Mal en prenne pour son grade.
Les dialogues sont aussi particulièrement réussis. Je n’ai pas forcément saisi toutes les allusions très référencées ’adolescence’ et donc éphémères (dire que ça fait déjà presque 20 ans que je suis censé avoir passé le cap) mais il y a des bons mots, des bonnes vannes et un dynamisme très agréable à suivre.

Si j’ai pris ce bouquin, c’était aussi pour les dessins de Joëlle Jones (cf les deux premières références plus haut parmi les bouquins du scénariste). Je savais pertinnement que celle-ci ne réalisait pas la totalité du bouquin mais j’ai été faible et j’ai voulu soutenir une équipe créative que j’apprécie. Malheureusement, c’est certainement la partie graphique qui pêche. Jones dessine les flash-backs qui racontent la prime jeunesse des héroïnes qui se passe pendant l’école maternelle et là, ça coince : les enfants qui sont dépeints sont plus ceux d’une école primaire que ceux d’une école maternelle (surtout vu leur comportement). Bref, j’ai peut-être mal compris ce à quoi faisait référence le kindergarten américain et ça n’est finalement qu’un détail.
Le reste du bouquin est confié à Nicolas Hitori De, un compatriote venu d’Amiens. Le dessinateur a un style manga très prononcé pour Spell Checkers et je n’ai rien contre personnellement. Ce qui m’a le plus embêté, c’est que ces héroïnes sont interchangeables au niveau du corps et du visage. On ne peut les différentier que par la coiffure et éventuellement les vêtements. Du coup, dès qu’un gros plan entre en scène et qu’on ne voit plus que le visage, il faut suivre pour savoir qui on est en train de regarder. Le comic-book aurait été en couleur, je m’y serais peut-être plus retrouvé. Pour le reste, la mise en page des scènes et l’évolution de l’histoire, rien à redire, c’est du très bon boulot.

Alors est-ce que j’ai cherché à me faire mal en lisant Spell Checkers ? C’est vrai que le bouquin s’adresse majoritairement à un public lisant du shôjô manga. Pourtant, j’ai bien aimé lire Spell Checkers et ai passé un bon moment ce qui veut dire que ce livre est, passé son ciblage, un bouquin de qualité. Maintenant, vous avez toutes les pièces en main pour savoir si vous aussi, vous aimeriez lire cette bande dessinée. Si le côté "adolescente" et les visages identiquent ne vous rebutent pas, foncez, vous ne le regretterez pas.


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