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The Impostor’s Daughter : A true Memoir

samedi 12 juin 2010, par Mathieu Doublet

(Little Brown & Company / Laurie Sandell)

Laurie Sandell est une rédactrice pour divers journaux comme Esquire, GQ, New York et In Style. Elle a un poste de rédactrice chez Glamour où elle écrit
différents types de papier : événements, critiques et "essais". C’est aussi et avant tout la fille de son père. Cette dernière phrase pourrait paraître des
plus élémentaires et pourtant, s’il y a bien quelqu’un qui compte dans la vie de Laurie et qui a fait basculer son univers pendant l’adolescence et le début de la vie d’adulte de la jeune femme, c’est bien son paternel.

Monsieur Sandell est un homme des plus énigmatiques : réfugié politique, professeur de maths craint de ses élèves, il est aussi quelqu’un de très secret qui est toujours le premier à relever le courrier. Et pour cause, si vous arriviez à trouver le courrier avant lui, vous pourriez vous apercevoir que les lettres, pourtant arrivées à destination (donc à la bonne adresse) étaient destinées à des personnes ne s’appelant nullement Sandell. Et non, ce ne sont ni des anciens locataires ni des erreurs. Autre bonnes questions : pourquoi demande-t-on des étrangers au téléphone ? pourquoi monsieur Sandell part-il de longs moments en voyage et dont le seul moyen de communication est une cibie (désolé pour l’orthographe, je n’ai rien trouvé dans le dico). Laurie ne se rendra compte du subterfuge que bien tard, quand elle se rendra compte qu’elle a du mal à se créer un compte en banque par exemple. Car en effet, son père a déjà créé un compte à son nom, a pris un crédit et s’est bien gardé de le rembourser. Voilà le souci, son père chéri, celui avec qui elle entretenait des relations privilégiées aussi bien des moments très agréables que de vrais coups de gueule aux allures de coups de tonnerre, est un escroc, un imposteur, qui a déjà arnaqué bon nombre de personnes. Et personne dans sa famille ne veut le croire. Pas ses soeurs et bien entendu, pas sa mère dont le comportement est aussi très étrange.

En fait, The Impostor’s Daughter est la BD qui permet de comprendre comment la BD a été écrite. A peu de choses près. Laurie Sandell dévoile donc les grands moments de sa vie (qu’ils soient glorieux ou pas - et quand ça ne l’est pas, ça ne l’est vraiment pas) qui sont autant de pas vers l’acceptation d’un de ses parents, une fois que le secret est découvert et que l’amour est mis à rude épreuve. S’il y a bien quelque chose de mis en avant, c’est tout ce côté "amour inconditionnel" que l’on doit à ses proches, tout du moins à sa famille directe. Un amour inconditionnel qui, suivant le caractère de chacun, est plus ou moins facile à éprouver.
Sandell réussit son autobiographie en bande dessinée en nous donnant tous les éléments pour la comprendre. Une introspection, une quête d’identité qu’elle ne réussira à mener à bien que bien tard (son adulescence est à l’image de son paternel, une suite d’aventures où elle n’est pas elle-même de façon inconsciente) mais aussi la recherche de l’identité de son père, pas par des papiers administratifs mais par sa réelle histoire, un peu comme d’autres feraient de la généalogie. Chose d’autant plus difficile que la personne sur qui vous enquêtez (espionnez ?) est encore vivante ... Dès ces moments, le lecteur se rend compte que la jeune femme donne un visage honnête à son propre personnage : loin d’être idéale (et idéalisée), cela permet de s’identifier au personnage ou au moins de le rendre humain et sympathique.

L’auteure démarre son histoire par son enfance, par ses premiers dessins (avec des reproductions de ceux-ci), chose dans laquelle son père l’a longuement encouragé (ce qui en fait du coup, l’instigateur d’un livre particulier dont il est la source dans le fond et dans la forme et qui renforce le lien entre Laurie et son père). Alors c’est vrai que gamine, la petite Sandell avait des dessins qui étaient fort sympathique. Désormais adulte, je ne peux pas dire qu’elle soit une excellente dessinatrice. Ce qui n’empêche pas son bouquin d’être bon. Les personnages sont caricaturés mais pas franchement comme ils pourraient l’être par des satiristes (celui qui reconnaîtra la véritable Ashley Judd dans le dessin de Sandell pourra me jeter la première pierre) ce qui donne un style qui pourra accrocher certains lecteurs (dont ceux, prétentieux, qui aiment le véritable "indé") et en horripiler d’autres (les amateurs de comics de super-héros auront du mal, mais ce livre ne leur est pas franchement destiné). Cependant, je n’ai jamais décroché du bouquin, au contraire même. Les cases sont grandes, la mise en scène des plus claires. Le récit n’a pas besoin de batailles, d’explosions, d’une multitude de personnages dans diverses positions. Les expressions sont suffisamment maîtrisées pour être synchros avec les textes et les paroles des personnages. Bref, si ça n’est pas du grand art, c’est en tout cas un travail efficace qui correspond à la tâche à accomplir.

Alors c’est vrai que le côté "ami des stars", le fait que l’auteure fasse partie de l’équipe rédactionnelle de Glamour m’a un peu éloigné de l’héroïne et même si dans le domaine de l’autobiographie, des bouquins comme Stitches sont mille fois plus forts et réussis, The Impostor’s Daughter m’a bien plu. Ca n’est pas le bouquin que je garderais à tout prix dans ma bibliothèque mais n’étant certainement pas la cible du bouquin, le livre a tout du même réussi à me captiver.


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