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Kill Audio #1-6

vendredi 7 mai 2010, par Mathieu Doublet

(Boom ! Studios / Claudio Sanchez & Chondra Echert / Mr Sheldon)


Dans la série "équipe dysfonctionnelle improbable", je voudrais celle de Kill Audio, petit homme coiffé entre l’afro et les rastas. Celui-ci ne peut pas mourir et se voit pourchassé inlassablement par un homme au nez de marteau qui a pour but de le tuer. Kill Audio va rencontrer
un coq qui sniffe de la coke (et beaucoup de coke à vrai dire), un oreiller appelé DJ et Bone Beaver, un squelette dans une peau de marmotte avec un os qui dépasse de sa tunique au niveau du bas-ventre si vous voyez ce que je veux dire. En ayant un peu assez de faire éliminer sans
que cela ne serve à rien, Kill Audio décide d’aller voir Clockwork, le grand manitou de l’univers de Sight & Sound. La rencontre avec celui qui fait tourner le monde ne va pas se passer sans encombres mais l’équipe arrive tout de même à ses fins. C’est là que Kill Audio apprend
qu’il fait partie du Void, une association de quatre personnages qui s’occupe de réguler l’Art. En effet, si la créativité prend trop d’importance, si on la laisse aller dans tous les sens, cela va rapidement devenir le chaos. Les quatre donc ont un rôle prépondérant qui consiste
à éliminer les Demis (comme Demiurges) qui font n’importe quoi. Le domaine de Kill Audio est, vous l’aurez deviner, celui de la musique. Clockwork lui demande donc d’aller à la recherche de tous les courants musicaux qui se trouvent éparpiller de ci de là et dont le nombre ne cesse
de croître, ce qui va à l’encontre de l’objectif du Void et de Clockwork.

C’est bon, vous êtes encore là ? Vous l’aurez compris, Kill Audio est avant tout une série improbable tant au niveau des personnages complètement barrés, du politiquement incorrect (à mon avis, bien plus corrosif que The Unfunnies de Mark Millar) que du meta-langage artistique. Il est d’ailleurs
très surprenant que le titre sorte chez Boom ! Studios, une maison d’édition qui cherche surtout des concepts à placer à Hollywood et qui ne tente pas franchement la carte de l’expérimentation (a contrario d’une maison d’édition comme IDW par exemple). Pourtant, c’est là que Claudio Sanchez
(dont Kill Audio est l’équivalent comiquesque) et sa femme Chondra Echert ont réussi à placer leur production. Durant six numéros, c’est du délire king-size avec une bande son variée (dont des suggestions vous sont données en troisième de couverture). On sent que le couple a bossé son sujet et le
monde de Sight & Sound semble immense et complètement à la ramasse avec des bouches géantes à la Rolling Stone omniprésentes, des sirènes au baiser empoisonné, des créatures gigantesques représentants des courants musicaux parfois improbables ...

A ce délire conceptuel, il semble difficile de trouver un artiste commun dans le monde du comic-book. Je vois difficilement un Jim Lee, un Andy Kubert ou un Bryan Hitch coller à un script pareil. Non, là, il faut chercher quelqu’un au style un poil cradingue qui n’a pas peur de réaliser des
pages surchargées, des dessins exagérés aux proportions oniriques. Et ce quelqu’un, c’est Mr Sheldon. Alors le style est voisin de celui de Jim Mahfood, de Dan Hipp (Amazing Joy Buzzard) mais au final, il garde une personnalité unique. Les planches sont en noir, blanc et rouge avec quelques teintes
de gris. Il est vraiment que certaines cases sont parfois difficiles à déchiffrer et que les créatures improbables qui peuplent le monde de Sight & Sound, entre machine et humains, sont parfois indescriptibles, indéchiffrables. Il n’en reste pas moins que le tout possède un véritable dynamisme qui donne
à la fois une ambiance très rock / métal ou bien électro. A ce titre, le lettrage est aussi effectué par le dessinateur et retranscrit à merveille le son qui joue un rôle très important dans la mini-série.

Bref, Kill Audio est le genre de comics difficile à décrire. Si vous voulez quelque chose de puissant, qui sorte de l’ordinaire, avec une histoire qui a du fond et que vous n’êtes pas une petite nature (parce que franchement, parfois, ça saigne fort), alors Kill Audio est fait pour vous !

Le compère Franck Mars me fait remarquer que Kill Audio a déjà fait une apparition dans l’anthologie Popgun Vol. 2. Merci Franck !


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Messages

  • Hé, de rien !

    Suite à ta critique, je vais peut-être me laisser tenter par le TPB. A vrai dire, je n’avais même pas connaissance de son existence, vu que je ne suis pas franchement client de ce que propose Boom Studios. Merci d’avoir corrigé cette lacune.

    Voir en ligne : Comics from Mars

    • J’aime bien ce que fait Boom et ils ont parfois de très bons artistes mais je suis aussi souvent déçu par le fait :
      1) qu’ils ont des HC qui coûtent vraiment la peau des fesses et des TPBs plus petits que la concurrence
      2) que leurs histoires ont un goût d’inachevé.

      Pour l’instant, il n’y a qu’Irredeemable qui reste une ongoing intéressante et qui donne à manger à chaque recueil.