Onirique Comics 7.1

Accueil > Chroniques > Autres éditeurs > Demo

Demo

mercredi 31 janvier 2007, par Mathieu Doublet

(AIT-Planetlar / Brian Wood / Becky Cloonan )


Mike vient chercher Marie chez elle. Les deux ados s’entendent bien, même mieux que ça. Et c’est aussi pour cela que la mère de Marie l’oblige à prendre ces satannées pilules. Parce que si Mike la voit telle qu’elle est vraiment, peut-être la quittera-t-il ? Pourtant aussitôt Marie dans la voiture de son copain, elle recrache les médicaments et les jette par la fenêtre. Pour le couple, voilà une expérience qu’ils ne sont pas prêts d’oublier, réussir à vivre sa propre vie même si elle est entièrement différente de ce que peuvent vivre les autres.

Demo est une anthologie en douze numéros dont le thème central est l’adolescence avec les changements qui vont avec. Brian Wood utilise le concept d’ados avec des super-pouvoirs même si cet énoncé est bien souvent trompeur. C’est aussi ce qui fait une des qualités du titre. Les super-pouvoirs, quand ils existent, ne sont jamais mis en scène de façon évidente, ce qui laisse au lecteur le soin de découvrir quel personnage en possède et jusqu’à quel point ceux-ci influent sur l’histoire. La tromperie dans l’affaire, c’est qu’il n’y a parfois aucun pouvoir à démasquer et le concept fantastique s’envole souvent sur la dernière page. D’où un sentiment étrange, comme si on ne savait pas bien où on allait.

Demo est en plein dans la frange des comics indépendants à la fois dans le fait qu’il propose quelque chose de différent des grosses maisons d’édition mais aussi dans tout ce qu’on peut trouver de clichés du genre. Les ados ne sont jamais bien dans leur peau, cherchent toujours à se distinguer. Les adultes, quant à eux, sont toujours caricaturés comme des stéréotypes, des personnes formatées et le plus souvent sans aucune vie. Sans beaucoup d’espoir, sans vraiment d’humour, Demo ressemble parfois à de la bande dessinée élitiste.

En tout cas, ce qui est sûr, c’est que Becky Cloonan enfonce le clou concernant le public ciblé par Demo. La dessinatrice est énormément influencée par le manga, elle ne peut pas le cacher. Le point négatif est que cela ressemble parfois à du manga amateur, pourtant Cloonan réussit à changer de style sur les douzes chapitres du recueil, parfois SD, parfois kawai, parfois manga horrifique. Les chapitres que j’apprécie le plus sont toutefois ceux qui s’écartent le plus du style japonais pour proposer un style plein d’aplats noirs avec une certaine ressemblance avec Mike Huddleston (Sarcophage, Deep Sleeper) par moment.

Il est vrai que Demo parle des sentiments humains, on ne peut pas le nier et il est certain que j’aurais encore plus apprécié le bouquin si j’avais eu quinze ans et pas trente. Demo est donc un bon bouquin mais il faut s’attendre à de grandes plages de romantisme-grunge-shojo ce qui pourra rebuter certains lecteurs.

Pour acheter le livre :

Messages

  • Sans beaucoup d’espoir, sans vraiment d’humour, Demo ressemble parfois à de la bande dessinée élitiste.

    Ca veut dire que la majorité des séries DC actuelles ou les X-Men sont de la bande dessinée élitiste alors ? ^^

    Après oui Becky Cloonan est une des artistes à suivre du moment, vu que ce n’est pas souvent qu’un dessinateur, dessinatrice en l’occurence, change son trait pour se mettre autant au service de l’histoire. Même si je n’ai pas trop vu d’amateurisme, même lorsque son trait devient plus oriental et parfois plus fragile. Mais c’est toujours maîtrisé.