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Strange Girl The Complete Series

jeudi 15 avril 2010, par Mathieu Doublet

(Image Comics / Rick Remender / Eric Nguyen, Jerome Opena, Harper Jaten, Nick Stakal, Micah Farritor & Peter Bergting)

Ce coffret contenant les quatre TPBs contient les épisodes 1 à 18 de la série (détail des TPBs : #1-4, #5-10, #11-15, #16-18)

Bethany est une petite fille dynamique d’une dizaine d’années, pas forcément modèle, un peu trop effrontée et rock’n’roll pour ses parents sont des
personnes très religieuses et très strictes. Bethany en général supporte les remontrances de ses parents sans que quoi que ce soit ne change vraiment.
Jusqu’à aujourd’hui où le sermont parental pour une absence de quelques minutes va être interrompu par un événement plus que particulier. C’est en effet
à ce moment que se produit l’heure du jugement dernier : les bonnes âmes montent au ciel tandis que celles qui n’en valent pas la peine sont laissées sur Terre avec l’opportunité de servir de chair à pâté aux démons dont les portes de l’Enfer viennent de s’ouvrir. Tandis que ses parents et son frère partent
sans regarder derrière eux, Bethany est clouée au sol. Mais qu’a-t-elle donc bien fait pour mériter ça ?

C’est ce que bon nombres d’humains ont dû se dire ce jour-là tandis qu’ils étaient considérés comme du bétail par des démons qui n’en attendaient pas tant. Pourtant, dix ans plus tard, on peut dire que la jeune fille s’en est plutôt bien sortie. Contrairement à d’autres humains vendus comme esclaves et dont le sort ne dépend que de leur possesseur, elle travaille dans un bar avec Bloato, un mini-démon bleu qui est quasiment son familier. Chose des plus étranges dans la zone des démons rouges contrôlée par le Lord Belial qui a apposé sa marque sur Bethany, la protégeant contre beaucoup d’attaques.
Quant une bagarre de bar se déclenche une fois de plus, c’est une fois de trop pour le patron qui décide de cuisiner le minable Bloato. Mais Bethany ne peut le laisser faire, sauve son camarade et se tire avec plus qu’elle ne devrait. C’est partie pour une course-poursuite qui va emmener les deux amis jusqu’aux portes du paradis, la seule échappée possible pour cette étrange fille qui est capable de lancer des sorts de démons.

Rick Remender est maintenant un scénariste aguerri et reconnu (ne serait-ce que pour l’excellent Fear Agent). Comme beaucoup d’autres, il a fait ses premières armes chez Image avec différentes mini-séries (Fear Agent y était avant de passer chez Dark Horse, Sea of Red, Sorrow, ...) et Strange Girl fait partie de ces débuts. Des débuts bien fichus car le scénariste part d’un récit d’aventures avec moults poursuites et scènes d’action (un récit qui démarre par une scène de bar avec baston intégrée ne peut foncièrement pas être mauvaise). Cette partie du récit est des plus réussies avec un couple Bethany / Bloato qui flirte gentiment tout en remplissant les conditions du buddy-movie (le mini-démon bleu est des plus irritants mais aussi des plus poseurs et plus comiques) avec des répliques sympathiques et des caractères bien trempés. Leur pérégrination sera bien sûr remplie de seconds rôles parfois comiques, parfois plus tragiques (qui se passe plus on avance dans l’histoire).
Mais Remender ne se contente pas d’une série comique poussée à fond les ballons. Il y est forcément question de Dieu, des anges et des démons, du père Jesus et d’éventuels Antéchrists. Il y est question de foi et de bonté d’âme et du pourquoi certains ont décollé alors que d’autres non. Il y a bien entendu une très bonne raison à la présence sur Terre de Bethany mais avant d’arriver, cela permettra à la jeune fille de se poser des questions que nous nous posons tous, croyants ou non, pour peu qu’on ait envisagé un jour une question théologique. Et c’est là que c’est très fort : bon j’avoue que je me pose les mêmes questions que Bethany et que j’en suis arrivé aux mêmes conclusions mais le scénariste arrive à amener ça très finement (avec peut-être un peu de sur place dans les deux premiers TPBs) avec surtout une fin loin du casse-gueule que ce genre de thèmes pouvait amener.

Graphiquement, je vous avouerai que je ne pourrai pas être aussi dythirambique qu’à propos de l’histoire. Alors non, le travail des différents dessinateurs n’est pas "mauvais". Disons plutôt que chacun a un trait des plus particuliers. Ca commence avec Eric Nguyen qui s’occupe de la première partie du récit (les 9 premiers numéros et donc les 2 premiers recueils). Son style est très déformé, on n’est pas loin des expériences animées d’un Liquid TV avec des personnages très expressifs mais qu’on ne pourrait désigner de "jolis". Les couleurs sont châtoyantes même pour l’Enfer sur Terre et on en prend plein les mirettes. C’est à partir du numéro 10 (et apparemment d’une reprise de la série, la fin du neuvième épisode sonnant véritablement comme une fin ouverte) que le ton change drastiquement.
Harper Jaten initie le changement avec un trait plus épais au niveau de l’encrage et un design plus cartoon et plus standard. Nick Stakal prend le relais avec un passage aux Enfers et un changement d’ambiance qui correspond : beaucoup plus d’ombres, des formes torturées, si l’ombre de Mike Mignola est apparemment présente, on dirait aussi que Tomm Coker ou Ted McKeever (en quand même moins barge) ne sont pas si loins. Les passages de Micah Farritor pendant cette période ressortent nettement. Là encore, c’est l’histoire qui fait que le style de dessin change et l’alternance entre les deux traits est très sympathique pour l’oeil.
Peter Bergting se chargera des trois derniers numéros (avec un final giant sized !) et un style finalement beaucoup plus classique que tout ce qu’on a pu voir depuis le début de la série. Le dessinateur ne s’embarasse pas franchement des détails mais réussit tout de même à rendre des planches agréables à regarder.

Voilà donc de quoi sont faites les aventures de cette jeune fille étrange : un mélange d’aventures bien rocambolesques avec toute une réflexion sur la religion et surtout une fin digne de ce nom. Le coffret qui contient les quatre TPBs permet de se faire une petite réduction par rapport à l’achat des recueils séparés et est accompagné d’une illustration de Michael Kaluta - la couverture du premier TPB - signé par Rick Remender (enfin c’est ce que j’ai cru comprendre). Une lecture fort conseillée si vous n’avez pas encore abordé la série et que vous n’êtes pas contre des graphismes qui vous titillent un peu la rétine en la sortant de l’ordinaire.


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En VF :

Le premier tome de Strange Girl est paru chez Bamboo dans la collection Angle Comics et se trouve donc disponible dans toutes les brocantes et autres braderies de super-marchés. Espérons qu’un éditeur se risque à publier toute la série qui le mérite amplement.

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