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Brooklyn Dreams

dimanche 11 avril 2010, par Mathieu Doublet

(Futuropolis / J.M. DeMatteis / Glen Barr - VO parue chez Paradox Press / DC Comics)


Vincent Carl Santini est un homme déjà bien mûr et celui-ci va partager avec vous un moment crucial de sa vie : son année de terminale. Tout ce qu’il va vous raconter est la pure plus des vérités, au léger détail que Vincent ne croit absolument pas dans les "histoires vraies". Ce sont nos souvenirs toujours exempts de certains détails que nous prenons pour vrais alors qu’ils ne reflètent pas une exacte vérité. Alors même s’il fabule quelque peu, une chose est à garder à l’esprit, tout cela est vrai.
Mais avant de parler de son année de terminale, il faut bien entendu replacer les choses dans leur contexte : Vincent Carl Santini a grandi à Brooklyn avec une mère juive extrêmement nerveuse, un père parano hypocondriaque et limite bipolaire et une soeur qui, bizarrement, n’avait pas de tare particulière si ce n’est celle de faire enrager ses parents. Bref, un contexte des plus colorés ce qui va causer à un tout petit bien des désagréments ou de bonnes occasions d’aller chez le psy plus tard. Et quand on pense que tout a commencé avec un chien errant, pouilleux comme pas deux ...

Alors forcément, nous français, on passe à côté de la très fine allusion dog / god avec la traduction mais ça n’est finalement pas très grave. C’est de J.M.DeMatteis dont il s’agit, on y retrouvera donc forcément de façon plus subtile une partie de spiritualité et l’image de Dieu en filigrane (le personnage démarre d’ailleurs son monologue par des allusions à Blood et à, je crois, The Last One) . Mais pas que. Comme tout ado des années 70, on y parlera de mort, de drogues, d’amour, d’amitié et aussi de sauvetage d’âme grâce aux bouquins de Dostoievski.
Le scénariste ne s’embarasse pas de l’étiquette d’autobiographie, ce qui lui permet d’écrire tout ce qu’il lui chante. Quand on voit à quoi ressemble le cercle familial très large de la famille Santini, le fait que son père lui dise subitement à neuf ans, un jour d’école, qu’il n’est pas son vrai père ou encore qu’un enterrement se transforme rapidement en match de catch, on se demande si tout cela n’est pas un poil exagéré. Alors peut-être que cela l’est un peu mais ça n’est finalement pas très gênant parce qu’il y a dans Brooklyn Dreams, des sentiments forts, un humour toujours présent et un fil conducteur qui tient la route malgré de très nombreuses digressions.

Si Brooklyn Dreams est aussi réussi, c’est que la transposition graphique est tout bonnement superbe. Glen Barr (à qui Vincent Carl Santini ressemble aussi parfois) utilise principalement deux types de dessin. Un dessin super réaliste pour tout ce qui est actuel qui contrastera de manière forte et explicite avec les souvenirs qui sont eux plus cartoons. Qui dit "cartoons" dit humeur légère et Barr réussit son coup de bien belle manière. Tout y est : les mimiques des personnages, la composition des planches qui renforcent le rythme des gags et puis aussi une case, paf, placée là où on retombe dans le réalisme et où un silence pesant montre au spectateur que si certaines choses paraissent drôles, elles laissent aussi entendre un certain drame dans la vie du héros.
C’est ce jeu graphique des sentiments du personnage et, du coup, de ceux du lecteur qui fait de Brooklyn Dreams, à mon humble avis, une telle réussite. Des contrastes qu’on retrouvera aussi dans l’utilisation de la "colorisation" des planches et où on passera du noir et blanc tout simple, tout plat, à des planches ou des cases, avec plus de relief et un travail sur de superbes dégradés de gris.

Compliqué de dire autre chose sans défleurer une anecdote dont Brooklyn Dreams est essentiellement composé. Je dirais que le seul défaut de ce bouquin, c’est que les silences du personnages laissent entendre qu’il a beaucoup d’autres choses à raconter. Pour l’heure, le bouquin est déjà bien épais mais se lit très rapidement, se laisse dévorer tout simplement. Il n’y a plus qu’à attendre que le duo réussisse à commettre un second exploit du même calibre. Et s’il leur faut du temps pour le réaliser, qu’ils le prennent, Brooklyn Dreams ne mérite pas une suite bâclée. En attendant, jetez-vous sur ce bouquin.

P.S. Et merci aux mecs de France Comics de m’avoir encouragé à le lire. :)


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