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Asterios Polyp

samedi 26 décembre 2009, par Mathieu Doublet

(Pantheon Books / David Mazzucchelli)

Asterios Polyp est un architecte et un bon, une de ces personnes si universellement connue qu’elles en oublient qu’elles peuvent être imparfaites. D’autant que la renommée de Polyp ne se fait qu’au point de vue intellectuel : en effet, aucun de ses projets n’a jamais été transposé dans le dur. En clair, il n’a jamais rien construit que des plans. Il faut dire que voir Asterios Polyp, subir ses cours ou sa formation, c’est toute une expérience et que rien d’autre que lui-même ne peut avoir grâce à ses yeux. A part peut-être le travail d’une jeune sculptrice dénommée Hana.

Et quand, seul dans son appartement, à cinquante balais passés, dans un appartement aux lignes si soigneusement conçues mais si froides, un éclair vient frapper et brûler le bâtiment, Asterios doit faire vite, il n’emporte avec lui que l’argent dont il dispose, un couteau suisse, un vieux briquet et une montre. Finalement, alors que sa vie si parfaite est devenue un véritable cauchemar, il va devoir par cette nuit de déluge faire l’impossible : démarrer une nouvelle construction, celle de lui-même.

Asterios Polyp est désigné par de nombreux sites comme étant un des meilleurs comics, si ce n’est LE meilleur comics, de l’année 2009. Un nombre pour le moins épais de pages, une couverture dure et un prix très abordable (par rapport à ce que les concurrents proposent) et voilà l’aventure tentée.
Autant dire que David Mazzucchelli n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Son personnage principal a toutes les qualités pour lui, y compris la faculté d’être très souvent détestable. Entre supériorité pédante et savoir gigantesque, on ne pourra pas vraiment en vouloir à Asterios d’être ce qu’il est mais on ne pourra pas non plus lui pardonner certains de ces agissements. De quoi faire changer le coeur du lecteur qui rencontrera au fil des pages d’autres personnages très riches, même si moins détaillés qu’Asterios.

Si au niveau des sentiments, le livre n’est pas avare, il ne l’est pas non plus du point de vue intellectuel. Mazzucchelli y abordera la philosophie et bien entendu, toute une théorie sur l’art. Vous n’y connaissez rien ? Vous avez peur de ne pas vous y retrouver ? Ca n’est pas vraiment le plus important. Il y a à la fois la fluidité avec laquelle les thèmes sont abordés et une utilisation des références suffisamment explicite pour ne pas être perdu. Après, forcément, si vous vous êtes renseignés sur ces thèmes, vous pourrez certainement amener votre réflexion plus avant.

Et graphiquement, c’est forcément de la très bonne qualité. Le design des personnages (Asterios Polyp en tête), l’utilisation des polices de caractères, la forme des bulles, le choix des couleurs pour définir chaque personnage ou chaque instant, est précieusement choisi. De quoi en prendre plein les mirettes et vivre pleinement cette bande dessinée.

Alors Asterios Polyp est-elle la meilleure bande dessinée de 2009 ? Bonne question. En tout cas, elle est très facilement dans le top 10 de l’année sans aucun doute. Après, il y a certainement un côté personnel qui intervient. J’ai préféré le côté vécu de Stitches, le côté barré de The Aviary, le fun de Johnny Hiro ou le côté épique de Mouse Guard : Winter 1152, mais si je devais offrir le même cadeau à plusieurs personnes qui aiment la bande dessinée, je choisirais certainement Asterios Polyp.


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Le bouquin devrait sortir chez Casterman courant 2010.