Onirique Comics 7.1

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Tales of Ordinary Madness

lundi 1er janvier 2007, par Mathieu Doublet

(Oni Press / Malcolm Bourne / Michael Allred)


Il y a l’hôpital de Newtwon. A l’intérieur, des couloirs. Dans les couloirs, des salles. Dans les salles, des services. Dans l’un de ces services, des médecins et des patients qui passent à leur tour. Parmi les patients, il y a M. Schneider qui a l’impression que le monde entier complote contre lui ; il y a Jane Brown qui a décidé d’avaler plus de médicaments que prévu suite à une vie que ne la menait nulle part ; il y a David Wolff qui voit les gens complètement nus et qui ne se gêne pas pour se balader à poil lui aussi ; il y a Mme Yogeswarren qui a une peur maladive des chiens ; il y a Melle Lewis qui se lave de façon compulsive ; il y a John Oatkean, barman sombrant dans l’alcoolisme ; il y a Eve Nettlestone, qui se lacère les bras régulièrement avec une lame de rasoir.

Et face à tous ces gens, face à tous ces problèmes, il y a plusieurs psychiatres dont celui qui nous intéresse. Sa méthode est simple, plonger dans le vécu du patient, se mettant parfois dans une position de spectateur du trauma, parfois comme celui qui le subit. Mais notre bon docteur a lui aussi sa dose de problèmes personnels. Sans personne à qui les confier qu’une feuille de papier que nul autre ne lira, n’est-ce pas la vie du docteur qui est la plus compliquée ?

C’est ce que Malcolm Bourne, psychiatre lui-même et fils de psychiatre, s’est décidé de raconter au travers de cet album qui reprend les quatre épisodes d’une mini-série parue au départ chez Dark Horse et récupérée par Oni Press. La construction est intelligible et le récit se concentre sur les patients et leur drame. Du coup, le docteur est encore plus seul, plus anonyme, puisqu’il est le personnage dont on ne connaît pas l’identité. Personnage complexe, aussi bien dans sa méthode de travail (vit-il en pensée ce que ses patients lui racontent ou a-t-il vécu lui-même certains passsages traumatisants ?) que dans sa faculté d’accumuler et de traiter le stress de son travail (les lettres manuscrites qui ferment les chapitres), le psychiatre a visiblement besoin d’aide. Mais en aura-t-il dans un monde où chacun en cherche, où chacun veut que l’on fait attention à lui et uniquement à lui ?

La folie est un thème pas toujours facile à illustrer et Mike Allred ne s’en sort pas si mal. L’auteur de Madman (ben oui, forcément) va réaliser de superbes planches en noir & blanc, et s’appliquer sur des personnages dont il va falloir réussir à dépeindre toute la détresse et le stress de leur visage. Le dessinateur s’en sort comme un roi et réussit à mettre en place le parallélisme entre psychiatre et patients voulus par l’auteur.

Tales of Ordinary Madness est donc un récit assez inattendu pour une série de comic-book. Si le sujet est difficile, l’ambiance est prenante et la facture de l’album suffisamment classique pour que le lecteur ne s’y perde pas. Amateurs de récits qui se tiennent de par leur homogénéité, leur consistance, passez votre chemin. Si l’album est entier, on passera à côté de personnages dont on aimerait en savoir plus et c’est peut-être cette impression d’inachevé pour pourra en rebuter certains. Mis à part cela, l’ambiance de folie intérieure est plutôt bien rendue. Et peut-être que le scénariste Malcolm Bourne a réalisé sa propre psycho-thérapie, c’est tout ce que l’on souhaite.

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