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Stitches - a memoir

mercredi 16 décembre 2009, par Mathieu Doublet

(Norton / David Small)


David est un garçon de 6 ans. Ses problèmes de respiration font de lui un enfant assez maigre et comme son père est médecin, il peut le bombarder à loisirs de rayons X pour soigner son mal. Si son père est considéré comme un héros de la science (malgré qu’il traite ses enfants plus comme des patients sur lesquels il peut tout faire), les relations avec sa mère sont beaucoup plus compliquées. Femme pour le moins taciturne, renfermant toute sa rancoeur au plus profond d’elle, il est difficile pour David et son frère de comprendre tout ce qui se passe à la maison. Et c’est d’autant plus étrange pour David qu’il s’exprime de façon complètement différente du reste de sa famille, sa mère claque les portes des meubles de la cuisine, son père frappe un punching-ball accroché au plafond et son frère s’use sur sa batterie. David, quant à lui, dessine.

C’est grosso modo le début d’un livre de plus de trois cents pages que j’ai eu la chance de lire vierge de toute info si ce n’est qu’il a reçu sur différents sites spécialisés bandes dessinées l’honneur d’être parmi les meilleurs comics de l’année. Je vous conseille donc de ne pas lire les rabats de ce bouquin ni certaines chroniques quitte à perdre ce sentiment de découverte totale. Oui, ça parle de santé, oui, ça parle de cicatrices mais autant en savoir le moins possible.

David Small signe donc une autobiographie sélective qui comprend quelques moments clés de son enfance. On passe de six ans à onze puis à quatorze avant d’avoir la révélation du bouquin qui met un crochet directement dans le ventre et qui coupe le souffle. L’auteur choisit ses moments avec soin et dépeint une famille qui fonctionne à sa propre manière, une manière qui n’inclut pas beaucoup d’amour avec une mère, statue de pierre centrale, autour de laquelle gravitent ses trois hommes avec plus ou moins de bonheur. La famille maternelle en prend elle aussi pour son compte avec une grand-mère complètement azimutée. La famille est donc un thème central dans Stitches et on comprend très rapidement pourquoi David Small aimait Alice (celle de Lewis Carroll) : il n’y a pas de meilleure façon de s’échapper du réel qu’en se plongeant dans un monde fantasmé.

Stitches est donc un livre dur mais très facile à lire. Les 300 pages et quelques disposent d’un rythme très soutenu et Small arrive toujours à viser juste et ses cases sont vraiment d’une précision chirurgicale. Les mots et les images font souvent très très mal et le lecteur ne doit pas penser pouvoir rigoler. Si le graphisme est caricatural, très réaliste et uniquement colorisé en teinte de gris, il arrive parfois que l’auteur se lâche et tente des passages plus cartoons. Si le dessin connaît un changement radical (et superbe), le fond lui ne change pas et il y a toujours cette mélancolie très présente.

Heureusement, tout cela se finit bien (enfin, si on veut) et Small continuera sa carrière de dessinateur et d’illustrateur en partie sur des livres pour enfants. Stitches m’a beaucoup fait penser à Blankets ou bien Pedro & moi pour ce côté autobiographique puissant mais par rapport à Blankets, il est bien plus dur, direct et moins pleurnichard. Si vous avez donc envie de passer un moment intense mais pas drôle du tout, lisez ce livre. Il mérite bien sa place parmi les meilleurs de l’année.

Pour en voir plus : http://stitches.davidsmallbooks.com/


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