mardi 8 décembre 2009, par
(AdHouse / Jamie Tanner)

Tout commence par un vieil homme qui considère que les gens n’ont plus aucune conscience de la honte et se permettent de faire n’importe quoi. Cet homme voit dans le journal une annonce publicitaire pour le "Silencieux Homme-Bord" par la compagnie Casuality J. Organ. Un jouet quasi-vivant, en tout cas, aussi vivant que son propriétaire veut bien l’admettre, et qui jette un clin d’oeil complice réconfortant.
Un jouet qui aura, un jour ou l’autre, un rapport avec un scientifique dans un corps de chien, un jeune garçon qui demande à son meilleur ami de lui couper le doigt, un pornographe qui est spécialisé dans l’handicap humain, des soeurs jumelles qui rêvent ensemble, d’un homme-tronc comédien ou encore d’un homme à tête de chat embauché après sa mort pour une émission de télévision touristique. Et pour chacun de ces personnages se cache une histoire tragique et l’omniprésence d’un Casuality J. Organ dont on ne sait pas tout à fait ce qu’il cherche.
The Aviary, c’est plus de 300 pages de pur n’importe quoi. Jamie Tanner propose à son lecteur un voyage loin d’être linéaire et qu’il faudra reconstituer. Le livre est découpé en chapitres qui s’intéressent plus particulièrement à un personnage. Ces personnages trouveront le moyen de se rencontrer et peu à peu se dessine l’image d’une congrégation sévèrement barrée, d’un monde de plus en dérangeant. Car il y a une source à tout ce carnage, à toutes ces vies mutilées et à la fois l’oiseau cligneur d’oeil et Casuality J. Morgan sont au courant de ce qui se trame en réalité.
300 pages, ça peut sembler long à lire mais finalement pas tant que ça. Le livre a un format entre le manga et le comics et Tanner va dessiner de grandes cases avec peu de dialogues. L’occasion de laisser beaucoup d’espace aux personnages et au lecteur qui aura le moyen de lire le bouquin d’une traite (ce qui est plus pratique pour se souvenir de qui est qui). Le trait est très réaliste avec un style entre cinéma d’animation et comix underground. Le trait ne plaira pas à tout de monde mais permet d’affirmer que Tanner sait dessiner.
Autant dire que comme voyage mental, The Aviary est parmi les choses les plus surprenantes que j’ai pu lire. En observant comment se comportent les personnages, la fascination entre le corps et le désir de chacun, on ne peut s’empêcher de retrouver les thématiques chères à des cinéastes comme David Lynch (ou David Cronenberg). Je dirais que Jamie Tanner s’inscrit plus dans la lignée du premier avec une ambiance étrange, vaguement surnaturelle qui laisse penser que The Aviary pourrait bien se passer dans une ville voisine de Silent Hill. Bref, The Aviary est vivement conseillé si vous souhaitez lire quelque chose de barré qui ne porte pas la signature de Grant Morrison.
Pour vous rendre compte de ce que ça donne, http://www.aviarybook.com/ et http://www.jamietanner.com/
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