Onirique Comics 7.1

Accueil > Chroniques > Autres éditeurs > Swallow Me Whole

Swallow Me Whole

samedi 5 septembre 2009, par Mathieu Doublet

(Top Shelf / Nate Powel)

Swallow Me Whole a réçu l’Eisner Award du meilleur Graphic Novel de l’année 2009.

Ruth et Perry sont deux jeunes adolescents qui ont une vie passablement agitée : Ruth fait une fixation sur les insectes qui
lui parlent et perry voit constamment un petit magicien au bout de son crayon qui lui demande de dessiner des choses et d’accomplir
des "missions". Bien entendu, ils cachent tout cela à leur mère et leur beau-père comme ils le peuvent et à l’école même si les
choses ne sont pas toujours très faciles. Et puis, il y a leur grand-mère qui a été gardée à l’hôpital pendant de nombreuses années
et qui revient à la maison, dans un état de délire très prononcé. Chacun a ses hallucinations, les partage avec les autres et essaie
de voir sa vie la moins bouleversée possible. A moins que les hallucinations soient bonnes pour sa santé mentale ...

Swallow Me Whole n’est donc pas, vous l’aurez compris, la dernière rigolade en matière de comics avec cotillons et clowns aux grandes
chaussures. Nate Powell raconte ici la vie d’une famille complètement déconstruite par des personnalités qui sont bien dérangées mais
qui font preuve les uns envers les autres de beaucoup d’amour (avec des parents impuissants parce que leurs enfants ne veulent pas les
angoisser plus que ça). Si c’est Ruth qui est en couverture et qui sera le centre du récit, les autres personnages ne sont pas à oublier
avec son frère qui montre qu’on peut être, temporairement, maître de ses émotions (et qui montre aussi qu’un être fragile peut basculer
d’un moment à un autre sans crier gare) et sa grand-mère qui, avec ses derniers jours, revit des moments très agréables avec sa folie.

Powell est quelqu’un d’engagé aussi bien artistiquement (avec un label punk Harlan Records) que socialement (il travaille à plein temps
avec des adultes ayant des problèmes de développement intellectuel). Autant dire que son métier lui a appris à cotoyer des personnes fragiles
et à mieux les connaître. Pas étonnant donc que Swallow Me Whole soit composé de portraits très fins. Et la finesse du propos se retrouve dans
celle des lignes. Alors oui, les moments hallucinatoires où les personnages sont livrés à eux-mêmes, coupés du monde extérieur et sans l’ombre
d’un dialogue, ne sont pas des plus explicites (en même temps, c’est tout à fait normal) mais le lecteur se retrouve très bien dans le livre
même si quelques cartouches indiquant la progression du temps n’auraient pas été inutiles.

Moins déjanté que les oeuvres de Sam Kieth, plus sérieux aussi que I Kill Giants, Swallow Me Whole est un beau livre à la conclusion pas facile
du tout. En tout cas, un livre de qualité.


Pour acheter ce livre :

En VO :

Sur Amazon.fr :

Sur Amazon.com :

En VF : (à priori à paraître chez Casterman)