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Bear Immortal TPB

lundi 1er janvier 2007, par Mathieu Doublet

(Slave Labor Graphics / Jaimie Shaft)

Ce TPB reprend les numéros suivants ;
- Bear hurts
- Bear Trips
- Bear B
- Bear Rawks
- Bear Vengeance


Karl est un type normal, enfin tout est relatif. Il travaille dans le rayon disque d’une grande surface vendant des produits culturels et ne peut pas supporter les jeunes clients aux cheveux longs qui achètent du neo-métal. Il ne supporte pas non plus les vieux qui lui cassent les pieds. Et le pauvre cherche une femme.
A la maison, c’est encore pire. Karl a deux animaux domestiques : un chat dénommé Looshkin et un orus en peluche dénommé Bear (quelle originalité !). Bear bouge et parle comme un vrai ours malgré son petit corps tout frêle bourré de coton. Tout se passerait bien si Looshkin n’était pas un psychopathe en puissance cherchant en général à causer le plus de dégâts possibles et en particulier, à découper le pauvre Bear.

Karl prend ça avec bonhomie, Bear avec cynisme et Looshkin ... Looshkin, du moment qu’il a un couteau tranchant dans la main ou qu’il est aux commandes d’un tank, plus rien n’a d’importance.

Les gens de Slave Labor Graphics sont assez tarés et se spécialisent dans les comics que les autres éditeurs refusent. C’est quasiment ce qu’avoue Jamie Shaft, l’auteur (dont je n’ai toujours pas réussi à savoir si c’était un homme ou une femme) dans une interview. Il faut que l’auteur scénariste et dessinateur est déjà lui-même passablement fracassé.
Pendant tout le bouquin, ce ne sont que des hystéries, des personnages se courrant après avec comme but principal de se blesser mutuellement et le plus gravement possible. Tout ça dans un univers peuplé d’éléphants tombant du ciel, de cochons side-kicks de super-héros et d’ourson en peluche ayant participé à la guerre des tranchées (oui, oui, celle de la première guerre mondiale).

Présenté comme ça, Bear aura un côté diablement sympathique qu’il n’usurpe nullement. Graphiquement, c’est aussi plutôt réussi. Et pourtant, difficile pour moi de vous conseiller l’achat d’un tel bouquin. Car ce livre est vraiment trop bordélique. Les planches sont toutes encombrées et font suffoquer le pauvre lecteur. Shaft utilise tout l’espace dont il dispose. Si ce ne sont pas des dessins, alors ce seront les commentaires (pas franchement indispensables) de l’auteur. Du coup, y en a partout, c’est parfois écrit super petit et on s’arrache les cheveux à trouver un sens à quelque chose qui n’a pas de sens finalement.

Tout n’est pas à jeter loin de là et chemin faisant, on s’habitue au style de Shaft tout en noir & blanc, avec un encrage savamment maîtrisé et qui met en scène des personnages stylisés et plutôt mignons (dans la grande veine "kawai" des japonais) qui jurent comme des charretiers. Et là, vous ne serez pas déçus. Du juron, de l’argot, il y en a par paquets, c’est pire qu’un numéro d’Hellblazer, c’est tout dire.
Et c’est certainement cet abus de langage dont je ne comprends pas la moitié des mots qui m’a fait endormir dans mon lit après deux histoires de 4 pages de Bear. C’est parfois assez amusant, quand Shaft parodie les romans victoriens de Jane Eyre par exemple, ou encore le clip "Thriller" de Michael Jackson. L’auteur se plante sur la fin avec une comédie musicale qui aurait assez bien marché dans un épisode des Simpsons mais qui ne fonctionne pas bien en BDs.

Bear n’est pas le seul héros du bouquin, la marmotte action, Elliot The Dunk, propagateur de l’illumination ou encore Justin et son cerveau vomissant des monstres permettent au lecteur de souffler parmi toutes les aventures de Bear qui ont parfois de bons moments mais qui tournent un peu en rond.

C’est là le gros défaut du bouquin : on a la nette impression que l’auteur tape dans les mêmes mécanismes de gags. Je ne parle pas d’un comique de répétition qui aurait certainement fait des merveilles mais bel et bien d’un ennui qui gagne le lecteur. Ennui parfois brisé par un bon (voire très bon) gag, mais les occasions sont trop rares pour que ce TPB soit un achat prioritaire.

Bear fait donc dans l’indépendant. L’auteur y fait clairement ce qu’il veut, c’est-à-dire n’importe quoi. C’est parfois réjouissant, parfois somnifère. Un achat à réserver à un public averti.

Pour acheter ce livre :

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