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It’s a bird HC

vendredi 6 février 2009, par Mathieu Doublet

(Vertigo / Steven T. Seagle / Teddy Kristiansen)


Il y a beaucoup de choses que Steven T. Seagle n’aime pas : les bureaux qui ressemblent à celui d’un proviseur qui l’aurait convoqué pour le réprimander ; les salles de gym, où les bellâtres exposent leur musculature parfaite afin d’abaisser les autres et puis les hôpitaux, avec leur odeur étrange et le fait que les nouvelles vont souvent en empirant.
Quand il a eu cinq ans, le scénariste s’est retrouvé dans un hôpital en famille sans bien savoir pourquoi mis à part le fait que leur grand-mère était concernée. La tension était plus qu’élevée et son père leur a donné, à son frère et à lui, un comic-book de Superman. Vu que les parents encouragent les enfants à lire des comics, forcément, ceux-ci s’empressent de ne pas le faire. Au revoir les comics dans l’enfance de Seagle.

Alors quand on propose au scénariste d’écrire pour la série Superman, un des séries du super-héros le plus célèbre de tous les temps, il hésite d’autant que des souvenirs du passé et un terrible "secret de famille" ressurgissent. En réalité, derrière Superman, se cache bien plus de choses qu’il n’y paraît et le Kryptonien est bien plus qu’un héros de papier sur lequel on aurait imprimé un mélange de quatre couleurs.

Cela fait un petit moment que It’s a bird est paru. Pour moi, il fait partie de ses livres qui semblent très intéressants mais qui passe en dernier dans les priorités de lectures après des choses plus palpitantes, plus dans la continuité, plus drôles aussi. Mais une fois qu’on a fini le bouquin, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit d’un très bon moment de lecture. Alors oui, It’s a bird, aurait très bien pu être publié chez L’association avec leur récits intimistes et personnels. En lisant It’s a bird, on pensera parfois à certains de ses albums comme Le journal d’un album de Dupuy et Berberian. Mais forcément, là où les papas de Monsieur Jean parlent de leur vécu et de bande dessinée à la française, Seagle lui parle de Superman qui représente des valeurs peut-être plus universelle. Il en explore beaucoup de facettes aussi d’un point de vue philosophique que de la façon dont il touche les gens. De la théorie aux hypothèses pratiques de sa création. Ce côté "meta-comics" est franchement bien exploité et donne beaucoup de respirations dans une histoire d’un homme qui s’enferme sur lui-même, avec beaucoup de choses qui lui tombent dessus en même temps.

Alors forcément, si It’s a bird avait été illustré comme un comic-book classique, l’effet aurait certainement été diminué. Il fallait un graphisme particulier, hors du commun, personnel. Et Teddy Kristiansen, avec qui Seagle avait déjà travaillé sur House of Secrets, est un très bon choix. Il retranscrit subtilement les personnages avec un style très sympathique et des couleurs douces, parfois même mélancoliques. Les respirations sont l’occasion d’expérimenter des choses différentes et Superman n’aurait jamais été dessiné de cette façon.

It’s a bird est donc pour le lecteur français une bien bonne histoire qui mériterait de se repencher sur tout le run de Seagle sur Superman (du 10 cent adventures à Superman #200) afin de voir si on peut y lire une seconde lecture. Ca n’est pas forcément d’une originalité folle (surtout si on a lu un peu d’albums autobiographiques) et d’autres ont réussi des albums plus forts (comme Maus bien sûr, mais aussi Pedro & moi de Judd Winick). Ceci étant, cela n’enlève rien à la qualité d’un bouquin fort sur la vie d’un scénariste de comics à qui on offre "le boulot pour lequel on tuerait père et mère".


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