lundi 1er janvier 2007, par
(Vertigo / Grant Morrison / Steve Yeowell & Jill Thompson)
Dane McGowan est un adolescent de 17-18 ans. Il vit à Liverpool, père absent, mère qui le fout à la porte pour recevoir son petit ami, élément moteur d’une bande de malfrats qui prend un malin plaisir à envoyer des cocktails molotovs un peu partout. Bref, un type à problèmes selon les autorités. Et ce besoin de révolte, d’expériences interdites va s’intensifier jusqu’à la mise à feu de l’école, rien de plus. Puisque les 3 garçons laissent leur professeur d’histoire cramer dans le bâtiment, ils finissent tous trois à Harmony House, maison de réhabilitation où le but est de transformer les jeunes rebuts de la société en éléments neutres, sans esprit, sans conscience, ne gênant aucunement le status quo.
A l’intérieur du pensionnat, le jeune McGowan va prendre une sacrée claque. Les jeunes sont réellement vidés de leur personnalité. Et alors qu’il va être le prochain sur la liste, un type venu de nulle part tue tout le personnel de l’établissement. Le bain de sang terminé, cet homme propose à Dane de rejoindre une société secrète, les Invisibles.
Mais Dane au moment où il aimerait bien avoir quelques explications se retrouve seul. Il va bientôt rencontrer un clochard Tom O’Bedlam qui lui apprendre deux trois trucs sur la vraie vie et la magie du monde. La vie de Dane était déjà bien space mais ça n’est rien à côté de ce qu’il va découvrir.
Accrochez vous bien. Parce que The Invisibles est une série assez indéfinissable avec des héros qui ne le sont pas vraiment. Plongés dans un monde illusoire (hein ? quoi ? Matrix ? Vieux débat.), ils sont les seuls à pouvoir en échapper et réussir à contre-carrer les plans de l’ennemi qui veut asseoir son autorité sur tous les gens, qui veut les plier à sa volonté, qui veut simplement leur retirer leur libre arbitre, histoire de pouvoir gérer ses petites histoires tranquillement.
Grant Morrison tisse là une ode à la rebellion où les comportements déviants sont autant de façon de se rendre unique et imperméable à l’autorité et à la norme. Cependant, son récit n’est pas que politique. Il y a une bonne dose de psychotropes dans The Invisibles, de culture pop (les Beatles, le psychédélisme, la religion indienne, ...) et essayer de remettre les pièces en place relève d’une sacrée gageure. Bien entendu, on passe allègrement dans la science fiction, dans les voyages dans le temps mais aussi dans la poésie, la deuxième moitié de ce TPB mettant en scène Lord Byron et le couple Shelley (dont Mary qui est l’auteure de Frankenstein).
En lisant le synopsis, on n’ose immaginer quel producteur suicidaire s’embarquerait dans une adaptation cinématographique de The Invisibles. On se demande même comment l’esprit passablement délabré de Morrison a pu mettre tout cela en scène et comment ceux de Steve Yeowell et Jill Thompson ont pu comprendre où Morrison voulait en venir. Cependant, le récit de ce premier TPB ne perd pas trop le lecteur. The Filth par exemple est à mon avis beaucoup plus complexe à saisir que ce premier TPB. Mais à n’en pas douter "Say You Want A Revolution" doit nécessiter de nombreuses lectures (et certainement la lecture de toute le série) pour dévoiler toutes ses qualités.
N’allons toutefois pas dire que The Invisibles est une série facile à appréhender, loin de là. Il va falloir s’accrocher pour réussir à en voir le bout. Mais il ne fait aucun doute que le jeu en vaut largement la chandelle.
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