Onirique Comics 7.1

Accueil > Para-comics / Meta-comics > Les manuels de la BD > Les manuels de la BD 5 : L’encrage

Les manuels de la BD 5 : L’encrage

vendredi 10 octobre 2008, par Mathieu Doublet

(Eyrolles / Jean-Marc Lainé / Sylvain Delzant)


Déjà le cinquième volume pour les Manuels de la BD : après La création d’un univers de fiction, L’écriture du scénario, La réalisation du storyboard et Le dessin des planches, L’encrage vous propose d’explorer un domaine souvent méconnu de la bande dessinée et néanmoins essentiel.

Comme Jean-Marc Lainé l’introduit, pour moi, l’encreur, c’était surtout cette fausse image qu’un fan en a dans Chasing Amy. Dans ce film de Kevin Smith où Ben Affleck et Jason Lee forment un duo de dessinateur / encreur de comics, Lee se fait taxer de simple copieur par un fan et il essaie de lui faire comprendre l’importance de son métier.
Ce qui me dérange dans le poste d’encreur, c’est surtout que je n’arrive pas à différencier le travail des différents artistes. Jusqu’à ce que je découvre le travail d’Andy Clarke sur la série Aquaman. Là, Clarke encrait les planches de Leonard Kirk et rendait méconnaissable les dessins de l’artiste de Freshmen ou Bloodhound. Cela m’a amené au poste d’encreur comme artiste concluant une page de bande dessinée. Mais j’étais encore loin du compte et je gardais encore le poste d’encreur comme quelqu’un qui, au mieux, conservait le trait d’un dessinateur, au pire le déformait.

Bref, L’encrage tombait à pic et c’est pour cette raison que je l’ai lu avant les autres tomes.

Au programme :
- La naissance d’un métier à part : le rôle de l’encreur du côté américain et européen.
- La panoplie de l’encreur : tout sur son matériel avec les avantages et les inconvénients associés à ce matériel.
- Passer les crayonnés à l’encre : le gros du boulot et toutes les problématiques qui se posent quand arrive l’étape de l’encrage.
- Les finitions : l’encrage est aussi la dernière étape avant une éventuelle colorisation. Après, il sera trop tard pour faire marche arrière. L’encreur a donc l’énorme responsabilité de vérifier que tout fonctionne au poil (de martre, forcément).
- L’encrage d’une BD en direct : On assiste petit à petit à l’encrage d’un court récit de six pages : Cuivremonde.

A regarder le sommaire de ce manuel de la BD, il y a tout ce dont on a besoin pour connaître l’encrage, soit en tant qu’artiste qui aimerait en savoir plus ou en tant que lecteur qui aimerait comprendre de quoi il retourne. Et c’est vrai qu’il y a tout ce qu’il faut, mais les choses sont-elles bien présentées ?

La réponse est malheureusement : non. Le livre est très bien écrit, on ne s’ennuie pas une seconde et la balance entre vulgarisation et explication technique est bien équilibrée. Lainé n’a pas perdu ce qui faisait déjà un des points forts du premier bouquin.

Mais L’encrage souffre aussi d’un énorme point noir (une grosse tache d’encre ?) : la répétition. Une répétition qui se présente de différentes façons :
- Les citations des auteurs très proches les unes des autres (on pourra lire durant deux paragraphes de suite que Nicolas Mitric est le dessinateur de Kookabura - page 30) : l’auteur aime être précis dans ses références et valoriser le travail de ses connaissances mais le fait un peu trop. Toutes les références aux différents artistes seront ensuite reprises dans des bibliographies en fin de livre qui n’apporteront quasiment rien.
- Le double-emploi de l’interview et du texte introductif : les interviews comme celles de Stéphane Péru ou Patrick Dumas arrivent après le texte principal de la double-page et deviennent redondantes. Dommage pour des professionnels qui aiment parler de leur métier et qui sont questionnés habilement.
- On retrouve aussi ce double-emploi entre le texte principal et les légendes des différents dessins. Un dessin vaut mieux qu’un long discours et les explications sont beaucoup plus compréhensibles avec une illustration.
- Certaines techniques sont reprises d’un chapitre à un autre mais sans ajouter de détails supplémentaires ou indiquer au lecteur qu’on a déjà vu ce point plus avant dans le livre. La base de la pédagogie est censée être la répétition. Alors d’accord, on peut lire et relire un passage pour bien le comprendre mais le livre est assez court (96 pages) et pourrait bénéficier de plus d’infos différentes.

On en arrive au point qui est à la fois une qualité du livre et aussi un défaut : la mise en page. C’est l’une des choses qui m’avaient déjà marquées lors du premier volume et qui prend ici tout son sens : les illustrations sont beaucoup trop petites. Là où je voulais admirer les différences d’encrages, où j’aurais aimé comprendre le bénéfice de telle ou telle technique par une comparaison de dessins, où je voulais voir des erreurs corrigées par une belle idée, j’ai été frustré par une mise en page avec du texte écrit en gros et des images en petit.
Contrairement à la Création d’un univers de fiction, on est ici dans le pur domaine de l’image. Dommage qu’elle n’ait pas eu plus de place.

Léger couac (mais il s’agit plus d’un agacement personnel et un combat en faveur du logiciel libre), Photoshop est cité à plusieurs reprises mais demeure un logiciel cher et qui peut être échangé par GIMP qui réalise les mêmes tâches. Manga Studio, lui aussi beaucoup cité, est, me semble-t-il au moins disponible en partagiciel.

L’encrage est donc un ouvrage complet dans le sens où il présente l’importance de l’encrage et la matériel nécessaire pour réussir un bon boulot. Au fil du livre, le lecteur pourra découvrir plusieurs "trucs" qui lui éviteront bien des déboires. Seulement, cette "satanée" maquette empêche de bien profiter du livre : on ne profite pas des interviews, pas des trucs qui sont trop disséminés (et qui auraient pu être compilés en fin de bouquin à la place du glossaire, de la biblio et des remerciements) et pas des images ce qui est réellement frustrant.
Il se révèle donc un très bon point de départ pour s’armer vis à vis de l’encrage mais manque de commodité pour de futures références.


Pour acheter ce livre :

Messages