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Scrambled Ink

vendredi 12 septembre 2008, par Mathieu Doublet

(Dark Horse / David G. Derrick Jr, David Pimentel, Ennio Torresan, Ken Morrissey, Keith Baxter, Jenny Lerew & JJ Villard)


Quand Mike Richardson, patron de Dark Horse, vient causer un brin chez Dreamworks, il ne se doute pas qu’il attirera l’attention de quelques animateurs (ou s’en doutait-il ?). Bref, il propose aux animateurs d’envoyer leurs propositions et hop, voilà une nouvelle anthologie.

Au programme de laquelle :
- Kadogo : The Next Big Thing : ou comment les tout petits oiseaux réussirent à survivre dans la jungle cruelle en aidant les animaux les plus gros.
Kadogo a tout du conte africain mais si David G. Derrick Jr. est un fabuleux dessinateur, on peut dire qu’il ne réussit pas son coup à 100%. Visiblement le travail dans l’animation formate et alors qu’on aurait pu avoir un récit avec l’ambiance magique, quelque peu cynique mais logique des contes africains, Kadogo, le texte transforme toute l’oeuvre en quelque chose de "cool", d’ "à la mode". Ce qui est bien dommage.

- Burger Run : un homme passe au fast-food du coin, commande un menu et ne voyant pas réapparaître la caissière, s’enfuit comme un voleur. Ce qu’il va apprendre par la suite, c’est qu’un véritable cambriolage a eu lieu au fast-food. Et que c’est son voisin d’en face qui l’a commis.
Très fun, sauf peut-être pour la conclusion très acide, Burger Run est un trip cartoon à fond les ballons très réussi.

- The Guy From Ipanema : un homme laid et maigre crame doucement sur la plage de Rio. Ce sont les appels d’une femme en train de se noyer qui vont le réveiller. Et ce sauvetage lui vaudra les faveurs de trois bombes brésiliennes. Dommage pour le bonhomme dont le truc est plutôt la bagnole.
Très étrange que ce récit d’un homme qui se baladera toujours en maillot de bain (comme il le dit dans le prologue à son aventure). Non-sensique, The Guy From Ipanema est un récit qui sort du lot : dynamique mais pas très joli ou alors dans pour les amateurs d’underground. Ennio Torresan se lâche visiblement et dans les grandes largeurs.

- Greedy Grizzly : les ours sont des gros mangeurs et le grizzly est apparemment l’un des plantigrades qui se goinfre le plus. Alors quand il lui vient l’idée de manger deux fois plus pour pouvoir hiberner deux années consécutives, le grizzly passe toutes les bornes et va même jusqu’à bouffer tous les marshmallows d’une innocente petite fille.
Greedy Grizzly est un récit diablement sympathique avec un ours qui semble bien crétin, un graphisme de dessin animé léché et un texte de livre de jeunesse tout en rimes. La morale est sauve et l’ensemble très agréable à lire.

- Point & Shoot : une jeune Américaine photographe va découvrir Paris. Pas facile pour elle qui ne connaît pas un mot de français. Heureusement qu’un toutou du coin va l’aider à se repérer.
Bah, il y a un chien et il est trop craquant. La photographe aussi. Du coup, j’ai beaucoup aimé cette histoire très joliment illustré, certainement trop "carte postale" avec le Paris fantasmé par beaucoup d’Américains, mais bon, j’m’en cogne, c’est un récit doux et charmeur.
- Dig Dig Die Die : franchement, je n’ai pas compris de quoi il s’agissait. Jean Jacques Villard semble mettre en scène un homme visiblement pas en très bonne santé aussi bien physique que mentale. Celui-ci délire sur des chauve-souris et des cimetières, tout cela dans une ambiance colorée qui rappelle le plus souvent les récits de prise de LSD. Il y a certainement une queue et une tête à cette histoire mais j’avoue que le traitement graphique, la mise en page des planches m’a complètement rebuté. Que voulez-vous, JJ Villard est un artiste reconnu et exposé dans des musées.
Ce qui est assez amusant, c’est de considérer ce "Dig Dig Die Die" comme le défouloir d’un animateur qui aurait fait une overdose non pas de LSD mais de Disniaiseries et qui aurait envie de faire tout l’inverse.

Au final, ce Scrambled Ink est un OVNI particulier dans le monde du comic-book. Je ne pense pas qu’il aura beaucoup de succès car finalement, il fait le grand écart entre le récit pour enfants et le délire paranoïdo-psychédélique purement underground. Du coup, les lecteurs susceptibles d’être intéressés sont surtout les fans d’animation qui prendront surtout ce livre pour les illustrations et qui bénéficieront de quelques jolies histoires. Dommage pour Greedy Grizzly ou Point & Shoot qui sont deux pépites qui n’auront pas la couverture méritée.
Par rapport à Flight ou Popgun, Scrambled Ink manque de récits différents à défaut d’un nombre de pages (le livre en contient presque 180 ce qui est certes moins que les autres anthologies mais qui est loin d’être déshonorant). Bref, pour public averti, dans tous les sens du terme.


Pour acheter ce livre :

En VO : (notez que le bouquin n’est pas très cher pour du hardcover et un nombre de pages tout à fait convenable)

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