Onirique Comics 7.1

Accueil du site > Interviews > Interview Justin Gray et Jimmy Palmiotti - avril 2006

Interview Justin Gray et Jimmy Palmiotti - avril 2006

dimanche 17 décembre 2006, par Mathieu Doublet

Cette interview date d’il y a 4 semaines. Ainsi par mal de news sont arrivées entre temps. Je placerai les news en notes. Bien entendu, merci beaucoup à Jimmy Palmiotti et Justin Gray qui croulent sous le nombre de projets.


OC : Bonjour, Jimmy et Justin, nous avons eu l’occasion sur France Comics de discuter de vos travaux à l’époque où sortaient Beautiful Killer et 21 Down et où The Resistance était annulé.

Success Story

OC : Le temps a passé et vous produisez (et avez produit) un bon paquet de titres (Jonah Hex, Punisher Bloody Valentine et Daughters of the dragon étant les plus récents - NdOC : depuis il y a aussi Crisis Aftermath : Battle For Blüdhaven, chroniqué sur ce site). Vos premiers titres ont été rapidement annulés (21 Down, Resistance, Monolith) et vous écrivez maintenant les histoires de personnages emblématiques (comme Hawkman ou la faune de Blüdhaven). Est-ce une success story ? Quelle est l’étape suivante dans votre plan de conquête du monde ?

JUSTIN : Je crois qu’avoir publié quelque chose professionnellement est déjà une success story. Tu peux apprendre beaucoup à propos sur toi-même et sur ton travail en ayant des titres annulés.

JIMMY : Les personnages importants sont amusants à écrire, mais je les laisserais tous si on me permettait de continuer 21 Down et Monolith pendant une année supplémentaire.. Quant à la conquête du moinde, je ne vise pas si haut personnellement. Plus je vieillis, plus je me rends compte que je ne cherche qu’une île que nous puissions contrôler et où nous faisons en sorte que chacun puisse se comporter le mieux possible.

OC : Vous avez travaillé dans différents genre (western - Jonah Hex, science-fiction - Twilight Experiment, thriller - New West, récit d’horreur - le début de votre run sur Hawkman, et même de la parodie - avec l’histoire de Vampirella en 6 parties parue dans Vampirella Magazine). Quel genre aimeriez vous aborder et avec lequel vous sentez vous le plus à l’aise ?

JUSTIN : Tous. Mais je suis encore gêné à propos de l’histoire de Vampirella. C’était vraiment mauvais et ça n’a jamais représenté ce que nous souhaitions faire.

JIMMY : Si je ne revois plus jamais cette histoire, ce sera encore trop tôt. C’est ce qui arrive quand un artiste ne lit pas un script et quand un éditeur n’arrête pas de téléphoner.

Les genres ont tous de grandes qualités, mais pour moi ce sont les interactions entre les personnages qui rendent une lecture intéressante.

Vues croisées

OC : Vous travaillez ensemble la plupart du temps mais vous avez aussi travaillé en solo (sur New West pour Jimmy - à paraître chez Bamboo, Cloudburst pour Justin), quel est le travail de votre collaborateur que vous préférez (en solo ou en co-écriture) ?

JUSTIN : En fait, nous avons aussi collaboré sur Cloudburst. (Note de OC : j’ai honte ...) Je suis fier de presque tout ce que nous avons fait. Chaque projet ou bouquin apporte ses récompenses.

JIMMY : Je ne pourrais pas faire ce que je fais maintenant si Justin n’avait pas été là. C’est quelqu’un de très motivant. Et en ce moment, je prends beaucoup de plaisir avec les Freedom Fighters. (NdOC : mini-série de 8 numéros dessinée par Daniel Acuna à venir chez DC et liée à Battle for Blüdhaven.)

OC : Que vous apportez vous mutuellement au bout de 4 ans de travail ?

JUSTIN : Je crois que nous avons grandi à la fois en tant qu’équipe et en tant qu’individus grâce à ce travail. Nous apportons aussi des sensibilités et des perspectives différentes dans tout ça et cela semble de qualité suffisante pour nous garder sur le marché. La dynamique de l’équipe a changé un peu au fil des ans car j’ai appris beaucoup de Jimmy et je comprends mieux le medium à présent. Je crois que ce qui est fondamental, c’est que nous nous lançons des défis et que nous demandons de plus en plus de choses de l’autre.

JIMMY : Nous avons tous les deux les mêmes buts et petit à petit, nous nous en approchons ... mais comme tous les artistes, tu n’es pas entièrement heureux de tout. Je suis simplement content de faire un bout de route avec un autre complice frustré. Et je lui envie son énergie.

Daughters of the Dragon / les femmes et les comic-books :

OC : Dans la plupart de vos titres, nous pouvons voir deux personnages qui, au départ, ne peuvent pas se supporter puis qui apprennent à vivre ensemble et tout cela finit souvent en histoire d’amour. (Vous aviez même réussi à suggérer la scène entre Carter Hall et Kendra Saunders dans Hawkman #48). Verra-t-on quelque chose dans le genre avec Daughters of the Dragon ?

JUSTIN : La tension dramatique entre personnages est évidemment importante. En fait, quand nous avons pris Hawkman en main, la relation entre Carter et Kendra existait déjà. Et pour le sexe dans Daughters of the Dragon, nous parlons de superbes personnes avec des pouvoirs extraordinaires et en danger constant. Comment ne pourrait-il pas y avoir de sexe ? Il n’y a qu’à voir ce qui se passe quand on met Angelina Jolie et Brad Pitt ensemble sur le même plateau.

JIMMY : intrigue, altercation et fornication … ce sont les clés de n’importe quelle histoire. Misty et Colleen sont des jeunes femmes qui ont transofrmé leur vie en film d’action et sont plus à l’aise quand elles sont seules ensemble. Si la série était publiée en Europe, il y aurait déjà eu 3 scènes de sexe.

OC : En parlant de Daughters of the Dragon et des personnages féminins, Alex Fiévet avait réalisé une interview avec Devin Grayson qui pose des questions intéressantes aux scénaristes hommes

JUSTIN : Le lien est mort. Concernant Devin, je l’ai rencontré une fois en soirée.

JIMMY : Amanda et moi sommes de bons amis de Devin.

OC : Tout d’abord, ma question : Est-ce difficile d’écrire une série avec deux jeunes héroïnes alors que vous êtes deux hommes forts ? Comment arrivez vous à vous glisser dans la peau du personnage ?

JUSTIN : Un peu de lotion étalée sur tout le corps.

JIMMY : Uggg, tu en dis trop, Justin. La réalité de tout ça, c’est que si tu penses que les femmes sont au fond aussi différentes des hommes, c’est que tu ne connais pas les femmes. Les besoins les plus évidents sont complètement différents, mais nous cherchons tous la même chose.

Je trouve plus facile d’écrire un personnage féminin parce que les femmes sont plus à l’aise pour montrer leurs émotions.

OC : Puis les questions de Devin : Trouvez vous difficile d’écrire des personnages féminins de manière crédible ?

JUSTIN : Absolutement. mais une fois de plus, il est difficile d’écire n’importe quel type de personnage de manière crédible sans en faire un stéréotype. Ca s’applique pour les hommes, les femmes et les enfants de toute race ou de tout milieu. Par exemple, je ne suis pas un jeune homme africain et homosexuel vivant dans un village pauvre, sdonc naturellement il serait difficile pour moi de dépeindre justement le personnage sans des recherches approfondies.

JIMMY : Je vis avec une femme, j’ai eu des aventures, et je suis très proche de ma mère, donc je ne vois pas de problème. Une fois de plus, j’ai l’impression de faire mieux que les hommes. LOL

OC : Etes vous gênés par le fait que ne vous vous adressiez pas à des lectrices ou passez vous du temps à chercher comment les séduire ?

JUSTIN : J’ai passé la majeur partie de ma vie à chercher comment séduire des femmes. Pour ce qui est de l’ignorance vis à vis du public féminin, tout dépend du bouquin. Il y a des sujets qui n’intéressent pas les femmes, peu importe comment tu les présentes. J’ai des amies qui ne liront aucun bouquin horrifique, tout simplement parce qu’elles n’aiment pas le genre. Je n’ai pas beaucoup d’amis qui adore les romans victoriens non plus. Les super-héros peuvent souvent avoir le même effet.

JIMMY : C’est difficile de ne pas préparer un bouquin particulier pour un public pré-établi, mais je pense qu’une bonne histoire bien solide fonctionne pour les deux sexes. Pour séduire le public féminin, nous essayons de créer les personnages féminins et leurs relations avec les autres aussi crédibles que possible et nous essayons d’éviter toutes les clichés qui pourrait les rebuter. Au bout du compte, nous voulons tous l’attention et le respect du sexe opposé.

OC : Vous sentez vous responsable de cette mission ? Pensez vous que c’est le travail de vos collègues féminines ?

JUSTIN : En tant que scénariste, je me sens une obligation d’écrire ce qui me plait et puis d’espérer que cela se transmette à un public plus large. Je ne me pose pas de question sur comment attirer plus de femmes vers les comic-books (pas plus que pour les hommes).

JIMMY : Je me sens la responsabilité d’écrire une bonne histoire solide pour la personne qui paie. Tu sais comment faire lire du comic-book aux femmes ? En se débarrassant un peu plus des super-héros.

OC : Pensez vous que les hommes et les femmes aient des intérêts différents concernant leurs lectures ?

JUSTIN : Je pense que tout le monde aime une bonne histoire mais ce qui fait une bonne histoire peut être différent pour les hommes et les femmes suivant le sujet abordé.

JIMMY : C’est évident, regarde les 100 premières ventes de comics aux Etats-Unis. C’est le guide pour savoir qui lit quoi. Ces crétins pensent que les femmes ne recherchent que des BDs romantiques ... ils ne pensent pas que n’importe quel genre, s’il est bien raconté, peut plaire à une femme. Ils doivent présenter les comics de manière différente pour élargir le public.

OC : Quand vous créez un personnage féminin, mettez vous quelque chose de spécial dedans ? Peut-être demandez vous à l’une de vos amies des infos ou donnez vous des directions particulirèes pour l’artiste en ce qui concerne son apparence, son allure, sa vie personnelle ou psychologique ?

JUSTIN : Bien sûr, toutes ces choses contribuent au développement de n’importe quel personnage. J’utilise les personnalités des mes amies et leurs traits de caractère. Tu vois, je suis un homme blanc mais ça ne me fait pas une référence en la matière. Je dois toujours faire des recherches, suivant qui est le personnage, ce qu’il fait, comment il parle et quel style de vie il a. Ce n’est pas comme si je me réveillais un matin avec la même vie que Jonah Hex, je dois bosser pour ça.

JIMMY : Il doit y avoir une pensée spéciale dans chaque personnage puisqu’ils sont complètement différents. Le sexe du personnage importe peu, en tout cas moins que son passé et que ce qui le fait tiquer. Nous voulons tous les mêmes choses, mais les hommes et les femmes, à certains moments, prennent différents chemins pour y arriver.

OC : Vous sentez-vous la responsabilité de créer des héroïnes réalistes qui ne sont définies au départ par leur relation avec un héros ou un ennemi ?

JUSTIN : Je me sens une responsabilité quand je crée n’importe quel personnage peu importe les paramètres à gérer. Et les personnages, tout comme nous, sont définis par les relations qu’ils entretiennent entre eux, avec leur environnement et nous-mêmes.Les super-héros établis sont restrictifs de par leur nature. Nous n’avons pas créé Misty Knight et Colleen Wing et du coup, nous devions utiliser les bases des personnages qui guident le travail pour leurs personnalités.

JIMMY : A chaque fois que je crée un personnage, il est de ma responsabilité d’en faire le meilleur et le plus intéressant possible, parce que je sais qu’un jour, quelqu’un d’autre va travailler avec ce personnage et je n’ai pas envie qu’il le change jusqu’à ce qu’on ne le reconnaisse plus. Mieux vous définissez un personnage, plus longtemps il durera.

OC : Beaucoup de gens supposent que les femmes sont naturellement plus intéressées et plus compétentes dans les dialogues et les interactions entre personnages.

JUSTIN : Tu sais ce qu’on dit des suppositions.

JIMMY : Les hommes et les femmes sont identiques, et pourtant différents. Voilà la vraie réponse à toutes ces questions.

OC : Vous sentez-vous désavantagé en tant que scénariste puisque vous ne pouvez pas avoir autant de don pour les dynamiques entre personnages que vos collègues féminines ? Comment compensez vous ce manque ?

JUSTIN : Tous les avantages qu’un scénariste a sur un autre dépendent de sa capacité ou non à écouter et absorber les informations. Tu dois être ouvert d’esprit et séparer les jugements personnels du travail de création d’un personnage crédible. Tu dois connaître les gens personnellement, ou avoir suffisamment de compréhension concernant leur vraie vie et d’apprendre à les adapter pour un personnage fictif.

JIMMY : J’écris d’après mon expérience et mon coeur. J’ai beaucoup d’empathie pour les autres et je fais toujours le mieux que je peux. J’ai eu 14 relations sérieuses dans ma vie. J’ai une bonne mémoire de toutes les peines et les joies. Je m’en sers quand j’en ai besoin.

OC : Avec qui sortez vous ?

JUSTIN : Je me suis marié avec quelqu’un de bien meilleur que moi.

JIMMY : Amanda Conner et moi sommes mariés.

OC : Pourquoi pensez vous que l’on pose cette question à vos collègues féminines ?

JUSTIN : Je ne sais pas. Les gens qui posent ces questions n’ont rien d’autre à faire dans la vie ?

JIMMY : Je pense que l’intervieweur cherche à coucher avec quelqu’un.

Plus précisément concernant Daughters of the dragon :

OC : Jusqu’où avez vous eu la permission d’aller dans la veine "Blaxploitation / Sexploitation / 70’s-ploitation" ?

JUSTIN : Jusqu’à 10% de ce qu’on aurait aimé faire.

JIMMY : Et Justin est généreux.

OC : Comment avez-vous trouvé un dessinateur aussi talentueux que Khari Evans ? Comment avez-vous travaillé à trois ?

JIMMY : J’ai rencontré Khari lors d’une convention à Los Angeles, nous avons discuté et il m’a montré son travail. Ensuite, j’ai essayé de lui trouver un job et Daughters of the Dragon est arrivé. Nous avons montré ce qu’il savait faire à Marvel et Khari a décroché le poste en un jour. Un seul regard sur son travail et on comprend pourquoi. Le travail se fait de façon très souple et très fluide et le bouquin est une vraie tuerie.

OC : Quand votre mini-série se situe-t-elle dans la sacro-sainte continuité Marvel ? Avant la mini-série Toxin (puisque Razorfist a ses deux mains) ?

JUSTIN : On s’est fait avoir avec la continuité pour certains personnages qui apparaissent dans le numéro 3. On a essayé de corriger le tir avec autant d’humour que possible.

OC : Allons nous revoir Colleen et Misty ? (ou est-il trop tôt pour le dire ?) - NdOC : quand l’interview a été réalisée, l’annonce de la série Heroes for Hire n’avait pas été encore divulguée.

JUSTIN : Oui, et c’est tout ce que je dirai.

JIMMY : SUR UN TITRE MENSUEL.

A propos de tout

OC : Quels comics lisez vous actuellement et lesquels conseilleriez vous ?

JIMMY : Je lis Concrete, tout Garth Ennis, et tout Warren Ellis en dehors des titres avec des personnages Marvel ou DC, tout ce qui est dessiné par Phil Noto, Darwin Cooke et Amanda Conner.

OC : Duquel de vos travaux êtes vous le plus fier ?

JIMMY : Pour l’instant, The monolith, la série 21 Down et Beautiful killer.

JUSTIN : Repose moi la question quand je serai sur mon lit de mort.

OC : Les Humanoïdes Associés ont beaucoup de titres produits par une équipe créative franco-américaine. Seriez vous intéressés par des expériences du même type et avec qui aimeriez vous travailler (si vous pouviez le faire avec un artiste français) ?

JIMMY : Nous n’avons jamais été contacté ce que je trouve étrange puisque nous sommes tous les deux des gros fans des bouquins sortis chez cet éditeur. A un moment, ils avaient quelqu’un qui bossait aux Etats Unis, mais il n’était pas très combattif et cherchait surtout à chasser les stars la plupart du temps.

Je suis un grand fan de beaucoup d’artistes et de scénaristes européens. J’en mentionnerai une poignée : Moebius, Jordi Bernet, Manara, Argumento, Ange, Desenhos, Varanda, Jodorowsky, Boucq, Canales, Guarnido, et Ralph Meyer, qui est vraiment quelqu’un de bien et de talentueux.


Les livres de Jimmy Palmiotti et Justin Gray :

En VO :

En VF (chez Bamboo) :

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0