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Spider-Man 2 (2004)

mercredi 7 juillet 2004, par Mathieu Doublet

réalisé par Sam Raimi. Avec Tobey McGuire, Kirsten Dunst, James Franco, Alfred Molina, ...


Deux ans sont passés. Sam Raimi a annoncé que ce film ne serait pas plus grand, plus gros, plus fort que le premier. Rich Johnson nous annonce que les jouets Spider-Man 2 sont retirés des rayons alors que le film n’est pas encore sorti.

Le logo de la Columbia arrive, suivi par la très cool animation Marvel, les toiles apparaissent et laissent place à quelques tableaux peints retraçant les événements majeurs du premier film. Ca y est, on y est. Ce Spider-Man 2 va-t-il avoir autant de mérite que X² ou va-t-il se vautrer tel un Punisher mal fagoté ?

Peter Parker est dans la dèche et ce, assez profondément. Etudiant au cours du docteur Connors et préparant un exposé sur les travaux du docteur Octavius, le pauvre Parker arrive en retard en cours ce qui ne plait pas du tout à son enseignant qui lui demande de se resaisir. Et pour payer ses études, ça n’est pas la tante May (qui va d’ailleurs bientôt se faire expulser de chez elle par la banque) qui va pouvoir l’aider. Mais là encore, même le job de livreur de pizza ne lui réussit pas. Etre Spider-Man lui prend tout son temps et casse tous ses projets. Tout cela serait encore supportable si Peter ne devait endurer les attaques répétées de son logeur qui veut absolument récupérer son loyer du mois.
Et vous savez quoi ? En plus, le Peter, il semblerait bien qu’il ait perdu ses pouvoirs ...

Allons-y attaquons la bête en commençant par les très bons points de ce film :
- les acteurs. Tout simplement à l’aise dans leurs rôles, ils se donnent à fond. Mention spéciale à Alfred Molina qui en Docteur Octopus joue à mon sens plus finement que Dafoe qui dans le premier film en faisait tout de même des tonnes. Le personnage d’Octopus est à la fois fourbe mais aussi très ambigû et l’acteur retranscrit à merveille ce sentiment de dualité.
James Franco va aussi gagner en intensité. Son rôle effacé de fils écrasé par son père va se transformer en homme obsédé et cherchant la vengeance. Son jeu gagne en agressivité et tout cela est fort agréable.
Reste le couple Tobey MacGuire et Kirsten "Schwing !" Dunst qui sont égaux à eux-mêmes, avec toutefois un petit bémol indéfinissable pour la demoiselle.
- l’action. Les enfants, ça va défourailler sévère. Le grand Sam Raimi est revenu. Oui, celui des Evil Dead et des Darkman avec des plans de caméras à ras de bitumes qui virvoltent dans tous les sens. Chaque scène d’action est un monument de virtuosité et tous les combats entre Octopus et Spidey sont tout simplement bluffants de "réalisme comic-bookesque". On est dans la BD à n’en pas douter. Jamais Spidey n’aura été aussi vif et aussi souple que dans ce film.
- les effets spéciaux. Ben, ils arrachent tout simplement. Mais c’est aussi une des raisons pour laquelle le Doc Ock paraît si imposant et si majestueux. Ses tentacules semblent dotés d’une vie propre et on comprend presque les discussions que le docteur entretient avec eux.
- quelques passages de l’histoire, dont une partie vers la fin, qui n’est pas sans rappeler quelque part le second film des X-men. Il y a aussi bon nombre de détails du premier opus qui reviennent comme le Daily Bugle bien entendu, mais aussi le coup de lunettes ’je vois bien sans’, le sauvetage de l’incendie, la scène MJ / Peter derrière la maison de tante May. Bref, il y a des clins d’oeil au premier film de partout ce qui permet de garder une certaine homogénéïté. D’ailleurs, pour le coup, le visionnage de Spider-Man premier du nom est indispensable.

Toujours dans les clins d’oeil, on retrouve le frère Raimi toujours dans le rôle du "valet" de JJJ et Bruce Campbell, cette fois-ci en ouvreur de salle. Et on retrouve aussi Mary Jane sous la pluie avec des vêtements moulants ... miam !
On notera aussi les efforts du film pour bien montrer les réactions du public lors des affrontements de Spider-Man contre un super-vilain ou un criminel de base. Si les réactions sont souvent les mêmes (les femmes crient et les enfants pleurent), Sam Raimi les caricaturise tellement que cet élément crispant du scénario se transforme en clin d’oeil au cinéma d’horreur. De clins d’oeil, Raimi en fera plus d’un avec notamment, l’apparition d’une tronçonneuse célèbre et relookée pour l’occasion, les amateurs apprécieront.

Bien tout ça, c’est 80-90% du film. Restent les 10-20% du film qui vont quelque part foutrent le bronx dans ce tableau parfait.

Et comme je vais être obligé de spoiler, j’avertis. Sachez donc que Spider-Man 2 est un bon film mais qu’il est loin d’être aussi parfait qu’un X². Les fans de Sam Raimi seront aux anges, les intégristes des aventures du tisseur serreront les dents.


SPOILERS


De voir les noms de Alfred Gough et Miles Millar au scénario ne m’a pas trop rassuré. Rappelons qu’il s’agit des deux énergumènes qui ont signé Smallville et qui semblent avoir une certaine réticence à coller aux diférents éléments que l’on peut lire dans les comics. Ils sont accompagnés par Michael Chabon, romancier qui a écrit "Wonder Boys" autre film avec Tobey McGuire, mais aussi "Les aventures de Kavalier & Clay", pour lequel il a reçu un Pullitzer et qui est très influencé par les comics.

Et le trio s’en donne à coeur joie pour révéler à qui veut l’entendre l’identité secrète de Spidey. Pour faire avancer le film par rapport au comic-book, il fallait naturellement qu’Harry Osborn et MJ prennent connaissance de la double identité de Parker, voilà qui est fait et ce, suffisamment logiquement pour que cela ne choque pas le spectateur. Par contre, à la suite d’une superbe scène d’action, Peter retire son masque (on ne comprend pas pourquoi) et se retrouve démasqué devant une bonne trentaine de personnes qui lui diront par la suite "Ne t’inquiète pas, on ne dira rien à personne." Mais c’est n’importe quoi !

Dans le métro, il n’y a pas un seul blaireau capable de vendre l’identité secrète de Spidey ? Alors que le Daily Bugle serait bien prêt à débourser quelques centaines de dollars. En fait dans ce Spider-Man 2, les gens sont trop gentils. Où est donc passé le travail de sappe organisée par le Daily Bugle ? Jameson crie victoire quand Peter perd ses pouvoirs et jette le costume de Spider-Man à la poubelle. Est-il conscient de son échec ? Il me semble que dans le comics, il réussit plus ou moins son coup et qu’une partie de la population new-yourkaise est bien convaincue que Spidey est un danger. De voir Spidey soutenu par les mains des personnes qu’il a sauvé dans une scène assez lourde à la limite du grotesque, voilà qui casse l’ambiance.

Dès le départ, il faut dire que les passages de comédie sont vraiment limite-limite. Si il est amusant de voir Peter laver son linge et découvrir que son costume de Spider-Man a déteint sur ses autres habits, le faut de le voir à la Fac avec les mêmes comportements qu’il avait au collège (on le bouscule, on lui marche dessus) est diablement énervant. D’un jeune homme plutôt sûr de lui et proche de l’âge adulte qui vit en colocation avec son meilleur ami, on retrouve un pauvre nerd coincé dans son trou à rat (mais comment est-il arrivé là ? Mystère ...) Un retour à la case départ qui n’est justifié nulle part dans le film.

Pour en finir avec l’histoire des identités secrètes, même Doc Ock est au courant. Contre-sens majeur à la version papier. On atteint là les limites du cinéma dont les règles exigent la disparition du vilain pour la victoire du héros. Si il semble bien qu’Osborn soit mort, la fin d’Octavius est laissée à la discrétion du spectateur. Tout laisse à penser qu’il meurt mais rien n’est moins sûr. Octavius meurt d’ailleurs dans une action de sacrifice ce qui dénote singulièrement là encore du personnage de comic-book.

Donc Spider-Man 2 se trouve être un film assez jouissif dont les moments purement excellents sont souvent ruinés par des passages de comédie assez affligeants. Dommage, on espérait une suite à la hauteur de X² mais un mauvais choix pour les scénaristes l’en a empêché.