Onirique Comics 7.1

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Maus

vendredi 1er août 2008, par Mathieu Doublet

(Art Spiegelman - VF : Flammarion)


Il y a plusieurs façons de se prendre ce qu’on appelle ’Un pain dans la gueule’. Une de ses façons est de porter un T-shirt ’Vive le Front National !’ en plein concert de NTM. Une autre est de lire Maus de Art Spiegelman.

Suite à la lecture de Réinventer le comics de Scott Mc Cloud, j’ai décidé de me faire violence afin de lire Maus de Art Spiegelman . Et grand bien m’en a pris.

Ce n’était pourtant pas gagné d’avance. Tout d’abord, le thème : la déportation juive ; ensuite le style : la réputation de Spiegelman est celle d’un style underground que j’ai souvent eu du mal à supporter.
Et pourtant, Maus est un véritable chef-d’œuvre ! Je sais, tout le monde l’a déjà dit avant, mais il faut dire que c’est bel et bien vrai ! C’est d’ailleurs le genre de chef-d’œuvre que personne n’a lu ...

Maus est un comic-book autobiographique dans lequel Art Spiegelman interroge son père sur son expérience (et celle de sa mère qui se suicidera 20 ans après les camps) en tant que polonais juif pendant la seconde guerre mondiale. Autant vous dire tout n’est pas rose (d’ailleurs, le trait gras et N&B de Spiegelman semble dire que jamais il n’a fait beau pendant 6 ans) et qu’il est vraiment surprenant que quelqu’un puisse survivre à tout cela ...
Maus prend aux tripes et touchera le plus endurci des lecteurs grâce à sa narration impeccable (la métaphore du chat et de la souris étant particulièrement simple à comprendre) et son découpage choc.
Art Spiegelman utilise la métaphore animale pour représenter les personnages et même si certains clichés surviennent (le français en grenouille notamment), elle adoucit parfois et renforce souvent les images de terreur que contiennent Maus et permettent à Spiegelman une certaine distance que ne lui aurait pas permis un dessin photo-réaliste et qu’on lui aurait, de toutes façons, reproché.

En parallèle à ce témoignage bouleversant, Spiegelman raconte sa façon à lui de vivre cet épisode douloureux de l’histoire, car toute son éducation, ses rapports avec ses parents et la concurrence d’un frère mort en 1942, prend racine dans les camps d’Auschwitz et la souffrance que ses parents ont endurée ...
Maus est donc aussi une réflexion sur le moyen d’exprimer tout cela à sa façon : la bande dessinée, média dont Spiegelman même doutait de l’efficacité au moment de la création de Maus.

Ce qu’il y a aussi de très bon dans Maus, c’est la franchise qui en émane : si les juifs sont présentés comme des pauvres souris persécutées et les allemands comme les chats dictateurs, Spiegelman n’oublie pas d’évoquer que son père est parfois un sacré connard (raciste, même) ce qui rajoute en authenticité et en relativité à sa bande dessinée.

En refusant que l’on voit Maus comme une leçon de morale ’pour ne pas oublier’ ou comme une thérapie personnelle, Spiegelman fait de son œuvre quelque chose d’universel, un récit qui incite à une certaine réflexion.

Bref, Maus coûte un peu cher et n’est pas une lecture facile mais reste un monument incontournable du monde du comic-book et tout le monde devrait au moins le lire une fois sinon l’acheter. Incontournable.