Onirique Comics 7.1

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Bone

lundi 17 mars 2008, par Mathieu Doublet

(Jeff Smith / Cartoon Books)

Tout commence quand les trois cousins Bone se font chasser de Boneville. Il y a Fone Bone, le sympathique et dévoué cousin, Smiley Bone, le simplet de service dont la bonne humeur permanente lui simplifie bien la vie et Phoney Bone, le "méchant de service", intéressé par l’argent et le pouvoir. C’est Phoney Bone qui a mis ses cousins dans le pétrin. Il faut avouer que prétendre vouloir être le maire de la ville, renverser la statue du père fondateur avec une effigie géante de soi-même et filer la courante à toute la ville en donnant des tartes cuisinées avec des fruits pourris sont de très bonnes raisons pour se faire virer à grands coups de pied dans les fesses.

Avant que la lapidation ne tourne au drame, Fone et Smiley sauvent Phoney et s’enfuient. Ils atteignent rapidement un désert et voient leurs vivres disparaître. Arrivant au bord d’une falaise, ils entendent le son d’un énorme nuage de sauterelles qui les oblige à courir sans bien voir où ils vont. Fone Bone tombe au fond du gouffre et remonte du mauvais côté. En espérant retrouver un pont qui le mènera du bon côté et auprès de ses cousins, il arrive dans une forêt où toute une bande de créatures étranges croise sa route. Aussi bien des gentils comme Ted l’insecte que d’hostiles tels deux rats garous. Heureusement qu’il y a un dragon fumeur de cigares pour lui sauver la mise.

Il ne faudra pas bien longtemps à Bone pour retrouver ses cousins mais ceux-ci se sont mis dans un joli pétrin : suite à une nouvelle arnaque (pourtant pas préméditée, ce qui est étrange pour Phoney) , ils se retrouvent à faire la plonge et la cuisine dans la taverne du Barrelhaven, tenue par le costaud Lucius Down. Fone a eu plus de chance en tombant sur la jolie Thorn et sa grand-mère. Grand-mère Ben est bien particulière puisqu’elle s’entraîne pour gagner la course à la vache. C’est l’occasion pour le village de faire différents paris et de se retrouver autour d’une bonne fête. Qui dit pari, dit pari truqué surtout dans l’esprit de Phoney qui espère faire fortune d’une manière ou d’une autre. On pourrait penser que c’est une mauvaise idée et c’en est bien une. Mais d’une importance toute négligeable quand on sait que Phoney a rencontré une silhouette cachée sous cape et capuchon lui disant qu’elle veut son âme.

Ce résumé ne correspond qu’aux premières pages de la grande histoire qu’est Bone (qui en compte plus de 1300). Si cela équivaut grosso modo au premier album et demi de la saga, il faut savoir que Jeff Smith y plante de ci de là les graines qui prendront racine et produiront une série d’événements importants bouleversant les vies de personnages ne s’imaginant jamais prendre part au grand conflit du bien contre le mal. C’est aussi l’occasion pour l’auteur de faire rire ses lecteurs. Je me souviens avoir lu le premier album dans un train entre Paris et chez moi et avoir ri tout du long à la grande surprise des autres passagers. Car si le fond de l’histoire est sérieuse, Smith ne perdra jamais une occasion de détendre l’atmosphère, permettant à Bone de garder ses objectifs importants en vue sans sombrer dans un récit sombre et démoralisant. Il y a toujours une étincelle de joie et de bonne humeur même au moment où tout semble perdu.

Ca n’est certainement pas innocent et Jeff Smith permet du coup à un éventail très très large de lecteurs de se retrouver dans Bone. Car oui, il y a des batailles, oui, il y a des morts mais la violence du livre est tout à fait montrable aux plus jeunes (dès 8 ans, la lecture de Bone peut être abordée, il faut simplement bien savoir lire). Les personnages sont pour le plus souvent sympathiques et ceux qui sont monstrueux le sont comme Darth Vador a pu l’être pour moi, marquants mais pas traumatisants. Les plus vieux lecteurs trouveront dans Bone une superbe saga menée de main de maître et trouvant une conclusion tout à fait logique.

Les prochains commentaires ne révèlent en rien la teneur de l’intrigue de ce livre mais pour ne pas vous gâcher le plaisir en donnant trop de compliments à Bone, je cache les prochaines lignes (lisibles en surlignant le passage avec votre souris) : Jeff Smith a concocté dans Bone un mélange subtil d’action, de suspense et de mystère. Les personnages sont peut-être mignons mais auront tous l’occasion de montrer qu’ils sont capables d’héroïsme et de courage. Des moments grandioses qui sont comme autant de situations épiques et dramatiques dont les aboutissements chez moi auront été autant d’occasions de verser une larme tellement j’étais rempli de joie à lire ces aventures. Ce qui n’empêche nullement des moments émouvants mais jamais mièvres évoquant de belles amitiés.
Le paysage français de la bande dessinée est rempli de sagas d’heroïc-fantasy.
Bone les surpasse toutes, se plaçant à côté d’épopées telles La quête de l’oiseau du temps ou bien les Légendes des contrées oubliées mais doté d’un graphisme faussement enfantin et permettant à un plus large panel de lecteurs d’aborder l’histoire.

Bone est à mon humble avis l’un des comics à posséder dans sa collection au côté de Maus, un travail à la hauteur des 12 ans de boulot nécessaires à sa réalisation et tout cela en étant produit à compte d’auteur. Un travail titanesque et formidable tout simplement.


Pour acheter ce livre :

Pour ne pas encombrer cette partie de l’article sous trop de références, je me contenterai des articles disponibles chez Amazon.fr.

En VO :

Version "un volume" en noir & blanc (légèrement plus petite que la version TPB mais aussi très économique) :

Version albums séparés : (beaucoup d’albums sont indisponibles ou introuvables sur Amazon.fr)
En voici la liste :
Out of Boneville
The Great Cow Race
Eyes of the Storm
The Dragonslayer
Rock Jaw : Master of the Eastern Border
Old Man’s Cave
Ghost Circles
Treasure Hunters
Crown of Horns

En VF : (Sachez que Bone est d’abord un comic-book publié originellement en noir à blanc. Delcourt a d’abord publié les volumes en noir & blanc et est actuellement en train de publier une réédition en couleur.)

Rééditions 2007-2008 des tomes 1 à 4 (donc probablement en couleur) :

Les tomes 5 à 11 n’ont pas encore été réédités et sont donc en noir & blanc : (il y a visiblement un souci pour le tome 10)