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RASL

mardi 3 décembre 2013, par Mathieu Doublet

(Cartoon Books / Jeff Smith)


Un jeune homme salement amoché erre dans le désert. Alors que le soleil tape dur sur sa caboche, que le sang couvre son T-shirt
déchiré, il se rappelle comment il en est arrivé là : un vol de tableau, une échappée, un bidule qui ne fonctionne pas et un extra-terrestre sur ses basques.

Jeff Smith nous présente comme il l’avait dit dans l’interview présente sur ce site un nouveau récit loin de Bone, avec du suspense et de la SF, plus sérieux mais avec tout de même une pincée d’humour.
Le premier numéro, à défaut d’être très explicite, remplit ces promesses. Dans les deux numéros suivants, le récit patine un peu, et sans être désagréable à la lecture, présente un univers complexe sans vraiment faire avancer l’histoire. Tout juste a-t-on droit à un moment de flashback qui nous précise un peu la destinée du faux héros.

Le second arc (du #4 au #7) développe les divers côtés de l’intrigue avec des sources scientifiques et des événements historiques, ce qui rapproche le récit du Echo de Terry Moore. On retouvera aussi la fascination que les Américains portent à Nikola Tesla, après ses nombreuses apparitions dans Atomic Robo. C’est certainement la partie la plus longue à lire et Smith en donne donc à ses lecteurs et passe de 30 pages par numéro à 22. Etant donné qu’il y a plus à lire, le changement ne se fait pas du tout sentir. Bonus : on sait enfin ce que désirent les "méchants" et pourquoi.

Le troisième arc résoud en partie l’intrigue sur Annie. Si les éléments de destinée, de croyances diverses et de religion n’étaient qu’abordés dans les précédents numéros, Smith se penchera plus avant sur le sujet et retombera sur ses pieds en liant tout cela avec les croyances profondes de Tesla auquel Rasl ressemble de plus en plus.

Quant à final, il achève le bouquin avec un côté très "noir" (au sens policier du terme), le héros est des plus tragiques, les femmes se révèlent fatales et si jamais victoire il y a, elle ne peut avoir qu’un goût extrêmement amer.

Le graphisme de Smith est plus réaliste, les scènes d’action sont superbement menées et le héros très intrigant même si visiblement malhonnête se révèle assez complexe. Si le côté SF et le premier extra-terrestre laissaient imaginer une belle galerie de créatures plus étranges les unes que les autres, ça n’est finalement pas le cas. Le casting de personnages est relativement restreint et l’infinité d’univers possibles ne montre pas de changements véritables. Ceci étant, du héros aux visages multiples (de Robert à RASL, il y a une métamorphose physique impressionnante) à la petite fille ébétée, on reconnaît bien le talent de Jeff Smith pour nous offrir des personnages attachants et que l’on reconnaît en un clin d’oeil.

Est-ce un titre tout public ? Pas du tout : le héros boit comme un trou, fume comme un pompier et doit fricoter le plus possible pour pouvoir gérer les désagréments du passage entre les univers parallèles. L’occasion pour Smith de développer des personnages de femmes fatales pas forcément destinées à un jeune lectorat. Ceci étant, un public de lycéens pourra tout à fait y trouver son compte, le comics n’ayant rien de particulièrement gore ou ouvertement sexuel.

Finalement, pour l’instant, Rasl m’intéresse et me déçoit en même temps. Les personnages, l’intrigue et son développement m’intéressent et je suivrai la série jusqu’au bout (d’autant que Smith indique dans son courrier des lecteurs que la série devrait durer jusqu’au #15 ou #16). Ceci étant, je trouve que beaucoup d’éléments d’intrigue auraient pu aller beaucoup plus loin ou faire dans le plus spectaculaire. Mais c’est là qu’on retrouve une certaine façon de faire, du creator-owned pur souche qui ne cherche pas forcément à faire du "bigger than life".

En fait, RASL est impressionnant quand on le lit de bout en bout. Le récit est solide, tient aussi bien le choc dans ses flash-backs uniquement consacrés à Tesla que dans les différentes vies du héros. Le déroulement est logique avec ce qu’il faut de surprises, de rebondissements et d’incertitude quant à la crédulité du héros à la fin de l’histoire. Ce qui me fait dire que Jeff Smith est un auteur de bandes dessinées qui a besoin de temps et d’espace pour dire ce qu’il a à dire. La publication en fascicules de 22 pages n’était peut-être pas la meilleure façon d’offrir RASL même si elle a permis à Smith de financer les différents recueils et éditions. L’intégrale proposée par Scholastic (avec les planches mises en couleurs par Steve Hameker) le montre bien. A l’instar d’un Craig Thompson qui fonctionne par romans graphiques bien épais, le récit de Jeff Smith gagne à être lu d’un bloc, plus que Bone par exemple.

Au final, RASL est un récit vivement conseillé qui montre que Jeff Smith n’a rien perdu de son talent.

Bonus : l’image composée par les quatrièmes de couvertures des numéros #1-9.


Pour acheter ce livre : (afin de simplifier, je n’ai mis que l’intégrale en couleur. Des volumes souples en noir & blanc, soit reprenant des 4 arcs en grand format, soit reprenant la moitié de l’histoire mais en format digest, sont disponibles.)

En VO :

Sur Amazon.com :

Sur Amazon.fr :

Vous pouvez trouver tous ces livres sur le magasin du site Boneville.com.

En VF :

Il me semble que c’est Delcourt qui publiera RASL en VF.


Pour archive, mes petits paris :
Fin du récit : Oui certainement. Smith fait tout d’un bout à l’autre de la chaîne. Aucune raison qu’il ne finisse pas sa série alors que Bone marche bien et lui rapporte de l’argent pour continuer à dessiner et inventer d’autres histoires.
Parution en TPB : un jour ou l’autre, ça ne fait aucun doute.
Traduction en français : à mon humble avis, il y a fortes chances pour que certains éditeurs soient déjà sur le pied de guerre.