lundi 26 novembre 2007, par
(DC Comics / Peter David / David Lopez)
Bête Noire, Louisiane. Un des endroits les plus pourris de la planète dont la réputation est telle que traverser la ville de nuit est synonyme de sciemment y chercher des ennuis. A moins que vous n’arriviez à atteindre le bar "Furors", géré par un allemand appelé Dolf et dont l’histoire est pour le moins trouble.
Dans ce bar, il y a un coin libre. Un coin où personne ne vient s’asseoir. Tout simplement parce qu’il est parfois occupé par celle que Dolf appelle "Fallen Angel". Et cet ange déchu, tombé un jour à Bête Noire, est un peu comme l’Agence tout risque : le dernier recours pour ceux qui se sentent victimes d’une injustice. Mais la rousse peut très bien refuser de vous venir en aide si jamais elle trouve la requête déplacée. Comme tout le petit monde de Bête Noire géré par le magistrat Juris, on ne plaisante pas avec l’ange déchu.
Les six premiers numéros permettent à Peter David de présenter ses personnages avec toute l’ambiguïté qui les caractérise (Lee, le prénom de l’éhroïne) en tête ainsi que son premier arc avec un tueur invisible au pouvoir plus qu’impressionnant qui mettra le doute chez l’ange déchu. Et David s’en sort à merveille. Le premier numéro à lui seul est un exemple d’efficacité : on comprend très bien qui est qui et qui fait quoi, on est préparé pour la suite et en plus, on a une histoire complète. De quoi en mettre dans le crâne des scénaristes qui mettent plus de six numéros pour introduire leur nouvelle version d’une série.
Les numéros 7 à 11 confrontent l’héroïne avec les conséquences de ses actions, sa relation particulière avec la vilaine Black Mariah et ses tentatives de rédemption. Tout réside dans le traitement des relations entre personnages et de l’absence de tout manichéisme. Si l’on part du principe de l’héroïne est "bonne", il faudra tout même accepter qu’elle a des manières assez particulières. Si les personnages adverses sont "mauvais", alors pourquoi y a-t-il association entre gentils et méchants ? Et ces adversaires sont-ils si mauvais que cela au fond ?
Quant au numéro 12, il raconte la première rencontre entre Doc Juris et Lee. Une rencontre sur fond de Mardi Gras en Louisiane, ce qui signifie beaucoup d’excès.
Les numéros 13 à 20 continuent d’explorer Bête Noire, le couple de Black Mariah et Shadow Boxer sachant que Lee va devoir se débrouiller avec une explosion, un bébé, une élève en difficulté, un couple de justiciers pour le moins particulier et les personnes réellement en charge de la ville. Tout ça dans le désordre.
Jamais l’humour n’aura été aussi noir et les personnages aussi sombres. Pourtant le cocktail de Peter David fonctionne toujours aussi bien et même si la série fonce droit vers son annulation, le scénariste apporte moults informations et moults ouvertures à son histoire.
David Lopez apporte sa touche personnelle au comic-book. Sans être très loin d’un Ryan Sook, il n’en a pas la beauté. On pourrait aussi rapprocher le style de Lopez de celui de Jesus Saiz, mais tout en étant différent. Lopez réussit aussi bien à rendre ses personnages humains que tous les monstres et les scènes sanguinolentes.
Car Fallen Angel, comme il est indiqué sur la couverture, est réservé à un public averti. Les personnages fricotent dans les lits les uns des autres (mais vous ne verrez rien, en tout cas pas les parties cachées dans les autres comics) et la violence est souvent au rendez-vous associée à un sadisme assez prononcé. Mais comme il est habituel avec David, il y a toujours suffisamment d’humour pour désamorcer le côté glauque et plutôt sérieux de la série.
Fallen Angel n’a pas eu le succès escompté chez DC Comics. Bizarrement, la série n’a pas non plus été proposée pour Vertigo (peut-être parce que Fallen Angel est considérée comme une super-héroïne, d’autant que des rumeurs circulaient comme quoi Lee serait la Supergirl morte du scénariste). DC a toutefois commencé à sortir des TPBs (pour les 12 premiers numéros). La suite se passe chez IDW Publishing et rencontre nettement plus de succès. Ceci étant, si les TPBs ne couvrent pas la totalité de la série, vous n’aurez pas de mal à vous procurez les numéros mensuels qui sont assez facilement dénichables.
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Le fait que David ait récupéré les droits de la série et ait pu la continuer chez IDW, laisse planer un doute sur la possibilité de voir un éditeur publier la série en français. Panini pourrait publier toute la période DC mais ouvre la porte pour un concurrent qui publierait les épisodes d’IDW. A contrario, il n’est pas sûr qu’un autre éditeur que Panini puisse publier à l’étranger les épisodes parus chez DC. Un joli sac de noeuds en somme.