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Justice League #22-29 : Fable Mortelle

dimanche 28 avril 2019, par Mathieu Doublet

(DC Comics / Steve Orlando / Neil Edwards, Miguel Mendonça, Minkyu Yung & Hugo Petrus)

Ces numéros sont parus dans la revue Récit Complet Justice League #12.

Frost a toujours eu envie de redevenir normale. C’est donc tout logiquement que la puissance derrière le miroir la contacte. Et en acceptant ce que la force lui propose, la méchante repentie lui permet de s’incarner dans notre monde. Il s’agit en réalité de la reine des Fables, une créature aux pouvoirs basés sur l’imagination et qui entend bien, après avoir été une fois déjà exilée dans les livres de contes, retrouver son poste de pouvoir sur Terre. Si Frost a un peu plus de sympathie de la part de cet être tout puissant, c’est essentiellement parce qu’elle lui rappelle sa sœur Freya qui, elle aussi, se nourrissait de l’énergie des vivants et avait des pouvoirs liés au froid. Bien entendu, vous vous en doutez, tout cela ne va pas aller avec les plans de la Ligue de Justice d’Amérique.

Un peu plus tard, Batman décidera de régler une dernière affaire liée à la Ligue personnellement, avant de quitter l’équipe puisque ses collaborateurs ont montré qu’ils étaient capables de de réussir dans leur mission sans la présence du financier. Mais Black Canary n’entend pas laisser Bats’ tout seul et le rejoint dans le monde entre les mondes où ils aident un extrémiste à contrer Lord Havok tandis que l’univers est sous la coupe d’un juge qui est bien décidé à tout éradiquer une bonne fois pour toute, le monde en question n’ayant pas prouvé à maintes reprises qu’il était digne d’être sauvé.

Enfin, Ryan Choi retrouvera un vieil ennemi de son mentor, Chronos. Ce dernier, voleur parmi les voleurs et maître du temps, compte bien faire une affaire personnelle de la défaite de la Ligue. Pour cela, il compte bien tuer Ahl, le Dieu des Super-héros afin que ces derniers n’existent plus jamais.

Fin de série et rangement des jouets, Steve Orlando cherche à résoudre tout ce qu’il a pu laisser en plan avant que l’événement No Justice ne pointe le bout de son nez. Ainsi donc dans les numéros qui nous sont présentés, nous aurons droit à trois gros vilains que la Ligue devra combattre alors qu’ils semblent tout trois être beaucoup plus puissants que l’équipe. Le scénariste fera donc intervenir la ruse et le dialogue afin que les gentils puissent affronter les méchants.
Si dans le fond, je ne peux qu’applaudir cette initiative de changer, d’éviter de résoudre le récit par un conflit physique ou mental se résumant à une scène d’action gigantesque, je trouve que dans la forme, Orlando est bien trop bavard. Ça parle beaucoup, parfois pour rappeler ce que l’on sait déjà (le syndrome Stan Lee « tout comic-book doit être considéré comme un potentiel point d’entrée dans la série ») soit pour appuyer une idée qui en devient beaucoup trop pédagogique. Il faut dire aussi qu’Orlando n’y va pas avec le dos de la cuillère en matière de personnages introduits dans l’histoire. Si Aztek, une partenaire de The Ray a des pouvoirs bien pratiques pour vaincre Chronos, était-il nécessaire de faire apparaître Promethea (oui, celle inventée par Alan Moore) pour finalement, ne pas faire grand-chose si ce n’est susurrer quelques mots à l’oreille de Frost.

Des mots qui me seront très hermétique et je ne comprends toujours pas comment Frost peut avoir été inspirée par ce qu’elle a entendu. Cela rentre parfaitement dans ce que je trouve loupé dans la série : ça cause, c’est grandiloquent mais ça m’a aussi semblé très factice. La solution qu’utilise Frost pour vaincre la Reine des Fables est, au mieux, utopique ; Batman et Canary sauvent la mise en jouant du violon tandis que Chronos, lui, laisse place à une fin pleine d’espoir mais traitée de façon fort guimauvesque.

Heureusement, le tout se laisse agréablement regarder. Neil Edwards a un trait véritablement joli mais sa mise en scène se limite à l’exposition des personnages sous différents angles. C’est techniquement réussi mais le manque de cases d’exposition, de respirations, de repères pour le lecteur se fait grandement sentir.
Le style de Miguel Mendonça n’est pas désagréable, loin de là, mais ses personnages sont parfois assez laids et le fait que Minkyu Yung complète ses planches, avec un trait beaucoup plus fin, ne va pas faire pencher la comparaison en sa faveur. Il n’en reste pas moins que le dessinateur réussit à rendre plus de deux numéros avec un graphisme toutefois régulier. Avec le calendrier VF, on a même l’impression qu’il a été obligé de dessiner deux numéros à la fois mais je ne m’avancerai pas plus sur ce sujet, les parutions des différentes séries n’étant pas forcément synchrones.
C’est Hugo Petrus qui aura la charge de clore la série et les planches de cet artiste m’ont parfois beaucoup plu, parfois fait tordre du museau. On ne peut pas blâmer un éventuel encreur puisque Petrus se charge de la totalité des traits et ne laisse que les couleurs aux bons soins d’autres personnes. On peut se demander si tout cela ne constitue pas une charge de travail un peu lourde (à moins que l’artiste réalise tout à l’ordinateur et encre donc directement sur des croquis sommaires).

Ce Justice League of America aura donc eu des idées intéressantes et une volonté manifeste de faire triompher l’espoir (à ce titre, il réussit beaucoup mieux son pari que Bryan Hitch partant sur le même concept). Cependant, le traitement est à mon humble avis un peu trop lourd pour être réellement convaincant.

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