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The Umbrella Academy saison 1 (2019)

dimanche 3 mars 2019, par Mathieu Doublet

Une série développée par Steve Blackman d’après un comic-book de Gerard Way et Gabriel Ba.

Avec Ellen Page, Tom Hopper, David Castañeda, Emmy Raver-Lampman, Robert Sheehan, Aidan Gallagher, Mary J. Blige, Cameron Britton, Adam Godley, Colm Feore, Sheila McCarthy, Justin H. Min, …

En octobre 1989, 43 femmes donnent naissance à des enfants alors que rien ne leur laissait penser qu’elles étaient enceintes. Reginald Haargreeves, milliardaire excentrique, se débrouille pour acheter adopter sept de ces enfants. Chacun développe des capacités spéciales, mis à part Vanya, qui ne semble pas posséder de pouvoirs et qui se retrouve sur le carreau à chaque mission, voire même dans les séances de relation publique d’Haargreeves ou sur les photos familiales qui trônent dans la demeure.

Ainsi est constituée l’Umbrella Academy, une escouade de jeunes héros dont la destinée finale est de sauver la Terre d’une prochaine apocalypse. Mais les choses ne se déroulent pas vraiment comme prévu : un des enfants pouvant se déplacer dans l’espace-temps disparaît, un autre meurt en mission et les autres, dès qu’ils le peuvent, prennent la poudre d’escampette. Seul, Spaceboy, le numéro un, demeure fidèle à son père. Ce qui lui vaudra un passage aux frontières de la mort, une expérience qui lui sauve la vie mais lui donne un corps de gorille et une mission de surveillance sur la Lune. Bref, la « famille » Haargreeves, quand elle se retrouve aux funérailles du paternel, n’a pas grand-chose à pleurer.
C’est alors que Numéro 5, le jeune qui s’était enfui, réapparaît et il a une mauvaise nouvelle : l’apocalypse, c’est pour dans huit jours. Sauf qu’il ne sait pas vraiment à qui faire confiance, sachant que ses frères et sœurs d’adoption ont chacun eu une vie des plus mouvementées.

Alors, est-ce que cette série est une digne adaptation du comic-book du même nom ? Ma réponse est oui. Est-ce qu’elle est une adaptation fidèle du comic-book ? Ma réponse est non.

J’ai relu le comic-book juste avant de regarder le dernier épisode de la série. Et je comprends tout à fait les choix qu’a faits Steve Blackman, le showrunner de la série. Faute de moyens, de rythme propre à la série mais aussi de polissage afin qu’elle soit appréciable par une majorité de spectateurs, il y a des choix drastiquement différents par rapport aux personnages. L’intrigue générale reste très proche de celle de la BD même si le final change beaucoup. Mais si changements il y a, c’est bel et bien pensé en fonction du postulat de base de la série : on va parler d’amour au sein d’une famille dysfonctionnelle. Le personnage de la mère, quasi absent de la BD, a un rôle plus important dans la série, vis-à-vis de Diego notamment alors que Diego est celui qui est le plus proche de Vanya dans la bande dessinée.
Dans le rôle du père, Reginald Haargreeves est montré comme le père sans cœur dont le seul but est d’éviter l’apocalypse. On met complètement de côté sa nature (expliquée dans les comics et malheureusement expédiée dans la série TV par une scène beaucoup trop courte pour qu’on comprenne qui il est réellement) et on se concentre sur son manque d’amour et les supplices qu’il inflige aux membres de l’Académie. D’ailleurs, on notera que le valet indien a complètement disparu de la série. Il est vrai qu’il ne fait que le décor dans le comics mais il est plus présentable comme valet d’Haargreeves en public que Pogo, peut-être un des seuls personnages à être aussi identique dans les deux versions.
Choisir Ellen Page en tant que Vanya change considérablement la donne. Dans le comic-book, Vanya est une jeune femme qui a pris son indépendance, bel et bien écrit un bouquin sur sa famille, mais qui ne semble pas aussi frustrée (voire détruite) que sa version télévisuelle. De même, les médicaments qu’elle prend font une courte apparition mais n’ont pas du tout la même importance.

Ainsi la version télévisuelle est bien moins à l’aise que sa contrepartie de papier. Cela reste logique avec l’axe choisi : l’amour familial, celui qui vient d’un inconnu et l’amour trahi. Mais cela annihile complètement ce qui fait le ton très original de la série : le n’importe-quoisme. La BD démarre par une attaque de Tour Eiffel géante dont l’identité du pilote est l’occasion d’une belle surprise, d’un éclat de rire tellement il est à la fois cliché et pulp. Les ouvertures et les fermetures de numéro en utilisant un vocabulaire digne des présentations des années 50 apportent un décalage énorme par rapport à ce qui se passe. Il y a de la référence, du bris de quatrième mur, des clins d’œil au lecteur qui le font participer.
De tout ça, la série ne gardera en tout et pour tout que Hazel et Cha-Cha avec leurs masques. Les deux assassins (absents du premier volume de la BD) m’ont beaucoup fait penser aux personnages décalés de Dirk Gently et sont un ajout appréciable (d’autant qu’ils explorent eux aussi différentes facettes de ce que peut être l’amour). Leurs masques renvoient probablement à l’univers de Gerard Way, scénariste de la BD et chanteur de My Chemical Romance. Dans le dernier album du groupe, il avait développé le concept d’une bande de justiciers (les Killjoys) portant eux-aussi des masques gigantesques très étranges. J’ai aussi remarqué que si le groupe précité ne faisait aucune apparition dans la série, toute la bande son possède le même ton : celui d’une pop énergique qui surfe sur son côté guimauve sans jamais le franchir. Totalement dans le concept de la BD qui va très loin sans franchir les limites de l’écœurement.

Si Page ne m’a pas particulièrement convaincu (on la connaît déjà dans ce type de rôle), je ne connaissais pas la majorité des acteurs et je trouve que le casting est très réussi. Tom Hopper, dans le rôle de Luther, supporte assez bien le trucage de son corps modifié et gère de façon sympathique sa manière d’être un numéro un complètement débordé. Je regrette que David Castañeda ne soit pas plus Batman que ça alors que la référence BD est évidente (il est même aidé par une copie de Jim Gordon dans la version papier). Certes le personnage aurait été un peu moins intéressant et il fallait lui trouver autre chose à faire puisque celle qui va avoir le plus d’empathie pour Vanya sera sa sœur. Emmy Raver-Lampman fait très bien le job et on comprend mieux que dans la série pourquoi elle n’utilise pas ses pouvoirs. Si elle n’avait pas eu de relation avec Vanya dans la série télé, son personnage se serait limité au Love Interest de Luther. Si on ajoute le côté « actrice donc superficielle », un personnage féminin ne peut plus être que ça en ces années 2010.
J’avais déjà vu Robert Sheehan dans les Misfits et ici, il a encore droit à un personnage excessif, même si c’est dans un autre registre. Dans la BD, Klaus est bien plus dandy décadent que drogué compulsif et à mon humble avis, beaucoup plus classieux et cynique. La composition de Sheenan est pourtant assez juste et son passage dans le passé rappelle quelques clips de My Chemical Romance, faisant un autre lien avec l’univers de Gerard Way.
Je finis avec Aidan Gallagher qui est finalement le seul à ne pas avoir réellement de prénom. Toujours appelé Numéro 5, il est le prototype du personnage que l’on pense innocent mais qui est finalement le plus retors, violent et malin de tous. L’acteur joue la carte désabusée à fond les ballons mais j’ai trouvé que ça passait vraiment très bien. Numéro 5 est plus jeune dans la BD mais le fait d’avoir gardé un très jeune adolescent passe probablement bien mieux auprès du public.

Bref, j’ai passé un très agréable moment avec la série Umbrella Academy qui propose des personnages atypiques, pas mal d’aventures et une fin du monde à éviter dans un déroulement plus logique et cohérent que celui de la BD. Dans l’optique d’être un produit de qualité qui ne perd pas son public, The Umbrella Academy fait le job et se garantit une saison 2. L’ambiance de la BD est relativement respectée même si cette dernière est réellement beaucoup plus folle. Je vous conseille donc, si cela n’est pas encore fait, de garder la BD de côté et de ne la lire qu’après avoir vu la série. Il vaut mieux garder ce qui a le plus de goût pour la fin.