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Batman : The Dark Prince Charming tomes 1 et 2

mardi 19 février 2019, par Mathieu Doublet

(DC Comics – Dargaud / Enrico Marini)

C’est l’anniversaire d’Harley Quinn et le Joker est bien décidé à lui faire un joli cadeau. Un collier de perles, par exemple. Un collier qu’il aurait volé de préférence, on ne se refait pas. Mais un casse, ça se passe parfois assez mal. Il y a les policiers de Gotham qui sont bien entendu sur le coup mais il y a aussi Batman et même Catwoman qui avait elle aussi ses vues sur le bijou. Du coup, après un plongeon dans le fleuve, le Joker revient les mains (presque) vides. Et ça n’est pas un collier fait maison, avec ses propres mains et les dents des collaborateurs qui va ravir l’ancienne psychiatre.
La colère d’Harley ne dure cependant jamais longtemps et l’annonce de la vente aux enchères du « Chat Bleu », un collier encore plus spectaculaire, va rapidement la consoler. Sauf que le Joker, sauf à s’imposer par la force, ne peut pas rivaliser avec les plus grandes fortunes. Le clown du crime a pourtant un plan dans ses cordes qui implique un kidnapping, une rumeur et Bruce Wayne. Forcément, Batman ne sera pas bien loin.

Panini et DC avaient déjà tenté les aventures outre-Atlantique avec plus ou moins de réussite mais cette fois-ci, l’initiative vient entièrement d’Enrico Marini qu’on connaît pour ses albums de BD Gypsy, L’étoile du désert, Rapaces ou encore Les aigles de Rome. Marini a un style complètement international, qui flatte l’œil et répond aussi bien à ses inspirations mangaïsantes qu’aux comics.
En voyant ses héros habituels, il n’est pas très surprenant que l’auteur se soit entiché de Bruce Wayne, comme il aurait très bien pu maîtriser Clark Kent. Certes Batman est plus proche, plus humain, plus facile à cerner dans son luxe et permet d’avoir une galerie de super-vilains et de personnages féminins glamour.
De ce côté-ci, il n’y a rien à dire. C’est superbe, bourré d’action, Harley, Selina et une étrange barmaid sont absolument sublimes chacune dans leur genre (même si j’aurais aimé une Sélina moins caractérielle). Bien entendu, publication internationale oblige, le cahier des charges a certainement limité les ardeurs du dessinateur. Il n’y aura donc qu’une version plus sage qu’habituellement et ses dames resteront plus ou moins vêtues.
Côté masculin, rien à redire non plus. Wayne, Pennyworth, Gordon sont tous sublimement rendus dans leur version canonique. Le Joker sera peut-être le personnage le plus légèrement modifié (si, si). Marini rend parfaitement le côté très versatile du personnage en le rendant réellement menaçant sans verser dans l’hystérique. Une balance pas aussi facile à équilibrer qu’il n’y paraît. Le Joker, comme l’indique le titre, aura une belle présence dans ces deux tomes se travestissant même (ce qui paraît out-of-character mais finalement passe très bien).

Passons maintenant à l’intrigue. Je ne vais pas dire qu’il s’agit là d’une histoire inoubliable de Batman. C’est plutôt ce que l’attend de Marini : un bon récit spectacle / pop-corn avec toutefois quelques bonnes idées. Le départ de l’album est un poil flou car l’auteur va volontairement mélanger les pistes chronologiques. J’ai trouvé ça relativement inutile. D’une part, parce que ça donne de mauvaises infos au lecteur qui émet des hypothèses qui se révèleront fausses par la suite. Par exemple, on démarre avec l’info que le Joker connaît l’identité secrète de Batman, puis avec le reste de l’histoire où cette info est contredite par le comportement du vilain. Ce ne sera qu’à la toute fin des deux tomes que l’on comprendra dans quel sens il fallait lire les séquences. Pour un récit comme « Dark Prince Charming », ça ne fonctionne pas vraiment. On n’est pas vraiment sur du whodunnit, ni sur du suspense. Par contre, j’ai bien aimé le twist final qui laisse certes en suspens pas mal d’informations mais qui laisse entrevoir pas mal de possibilités et de subtilités sur le couple Batman / Joker. La dernière page du tome 2 laissera donc la porte ouverte à pas mal de débats entre fans, bien entendu dans le cadre d’un récit comme celui-ci qui est à la limite du « Elseworlds ».

Finissons sur le rythme de l’histoire et son format : deux albums, ça n’est finalement pas beaucoup mais on obtient tout de même presque 120 pages. L’histoire, dans le temps, aurait très facilement tenu sur la moitié de pages mais n’aurait pas permis une publication en recueil comme cela sera probablement le cas aux US. Cela permet de placer pas mal de scènes d’action et de donner une bonne impression du temps qui passe.
Les deux albums ont aussi un format très particulier : plus longs et plus étroits, ils ne ressemblent ni à un format franco-belge, ni à un format comics (quoique si, peut-être qu’il s’agit d’un format comics). J’imagine que cela a dû faire hurler les collectionneurs sans que je ne comprenne vraiment son utilité.

Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un certain investissement si on achète les deux albums franco-belges neufs. Sachant que Dark Prince Charming coche toutes les cases du cahier des charges Batmaniens et dispose d’une histoire qui se résume facilement avec quelques twists sympathiques, il n’est pas forcément prioritaire en termes d’achat. Si jamais vous tombez dessus en occasion ou que vous avez l’occasion de l’emprunter en bibliothèque, vous devriez passer un bon moment.