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Heart in a Box

samedi 12 janvier 2019, par Mathieu Doublet

(Dark Horse / Kelly Thompson / Meredith McClaren)

Cet album a été publié en VF chez Glenat Comics.

Lu en VF.

Emma a le cœur brisé suite à une histoire d’amour qui s’est mal terminée. Elle ne veut plus sortir de chez elle et encore moins sortir faire la fête. Son colocataire réussit pourtant à la convaincre de mettre le nez dehors pendant la nuit. Mais Emma a bien du mal à s’amuser. A tel point qu’elle aimerait ne plus avoir de cœur, ne plus ressentir d’émotions. Ça tombe bien, son vœu va s’exaucer car d’autres qu’elles ont besoin de ce dont elle ne veut plus.
Sauf qu’une vie sans émotion, c’est pire qu’une vie avec douleur. Ainsi Emma va chercher à récupérer ce qui lui appartient. Accompagnée d’un être surnaturel qui est chargé de collecter les cœurs non désirés, elle va devoir aller rencontrer les nouveaux propriétaires (oui, « les », parce que son cœur a été réparti en morceaux) et les convaincre de lui rendre leur morceau de cœur sans jamais parler de ce qui lui arrive. S’ils refusent, elle devra aller chercher les cœurs elle-même au plus profond de leur cage thoracique. Autant dire que ça ne va pas être propre très longtemps.

Heart in a Box est donc un récit fantastique dont tout le décorum va surtout servir à l’héroïne afin qu’elle puisse mûrir et passer outre ce qui l’a fait souffrir. Elle rencontrera des personnages aux trajectoires diverses et devra en apprendre plus sur eux et indirectement sur elle-même.
Kelly Thompson nous propose un personnage de jeune femme véritablement désabusé, dont on comprendra plus tard qu’il n’y a pas que la rupture sentimentale qui fait d’elle un être fracturé. Ce qu’elle fait subir à son héroïne est souvent beau, relativement romantique (dans le sens le plus large du terme) et surtout fortement humain. Car bien entendu, au fur et à mesure du récit, Emma va certes récupérer une partie de son cœur mais sera aussi obligée parfois de faire face à des oppositions inattendues qui lui demanderont de faire contre mauvaise fortune bon coeur.

A ce titre, on est clairement dans le principe de la fable. Le récit peut difficilement paraître réaliste avec son pitch de départ mais il est aussi à noter que certains ennuis sont commodément mis de côté sans qu’on n’en reparle plus.
C’est peut-être ce qui m’a le plus titillé : ce récit est un début, un premier arc pour une série plus longue. On sent bien qu’il a été inscrit dans cette optique par Thompson qui espérait peut-être qu’Image Comics la prenne sous son aile. C’était l’éditeur idéal pour le lectorat idéal également. Ainsi les bandits du premier chapitre (voire les forces de l’ordre) auraient pu réapparaître sur le chemin d’Emma. On pense aussi à tous les cœurs qu’Emma récupère et doit redistribuer qui pourrait aisément allonger la sauce (sans forcément en faire perdre le goût, d’ailleurs).
Pourtant, même en VO chez Dark Horse, ce récit n’a jamais été publié sous forme de mensuel mais uniquement en graphic novel. J’aurais vraiment aimé connaître la vie de ce projet éditorial, je parie qu’on apprendrait des choses assez intéressantes.

Passons aux visuels. La couverture très accrocheuse est réalisée par l’artiste Meredith McClaren qui se charge également de l’intérieur (son tumblr est disponible ici).
Pour moi, McClaren fait partie de cette nouvelle génération d’artistes qui se sont affranchis de tout le côté super-héroïque et formaté de la production américaine. Mélangeant à la fois les artistes indépendants américains, une certaine culture de l’animation (tous horizons confondus – y compris toute la scène américaine des années 2000) et les divers blogs illustrés que l’on peut trouver sur Internet, la dessinatrice utilise des personnages énormément stylisés mais d’une régularité exemplaire sur la longueur. Son encrage fait en sorte que ceux-ci ressortent immédiatement d’un décor qui est souvent très discret, notamment grâce à des couleurs aux tons pastel tranchant avec les personnages aux couleurs plus vives.

Le découpage est sobre et les cases peu nombreuses ce qui fait que le rythme de lecture est soutenu. Les splash-pages (ou les grandes cases) sont assez rares et provoquent un effet de ralenti saisissant, d’autant que les couleurs et les effets de courbes changent du tout au tout par rapport au reste de l’album. J’hésite à parler d’Art Nouveau dans ses moments là, mais ce courant artistique ne doit probablement pas être totalement étranger à ces planches.

Malgré son potentiel de série réellement présent, Heart in a Box possède une fin bien à lui. Une fin ouverte donc qui laisse libre cours à l’imagination du lecteur mais sans que cela soit trop frustrant. Emma est attachante et ce qui lui arrive est agréable à lire avec des passages toujours très réjouissants à défaut d’être réellement drôles. Associé à un visuel qui détonne, voilà un récit qui mérite le coup d’œil.