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All-Star Batman #10-14 : Le premier allié

samedi 8 décembre 2018, par Mathieu Doublet

(DC Comics / Scott Snyder, Rafael Albuquerque & Rafael Scavone / Rafael Albuquerque & Sebastian Fiumara)

Lu en VF.

Ces épisodes sont parus dans la revue kiosque Batman #12-16 ainsi que dans le troisième volume librairie. Le tout chez Urban Comics.

Quelque chose d’important et de potentiellement dangereux doit être importé sur le sol américain par le port de Miami. Ceci étant les bandits de la ville floridienne n’acceptent pas de faire affaire avec ceux de Gotham. Alors Tommy Eliott aka Silence a décidé de se faire passer pour Bruce Wayne et a placé une belle enchère sur l’objet tant convoité. Mais une ruse comme celle-ci ne passe pas inaperçue et ce sont les concurrents de Silence qui ont lâché le morceau. De quoi faire tendre l’oreille de Batman qui ne manque pas, en compagnie d’Alfred, de faire parler le sosie. Et quelle est donc cette fameuse découverte ? Rien d’autre que le Moteur Genesis. Développé par les scientifiques qui ont crée KGBeast, ce moteur permettrait en théorie de vaincre la mort. Pour Wayne, l’idéal serait que tous les 27 ans, il puisse reprendre le combat dans un corps neuf et prêt à l’usage.
Mais quelque chose cloche : Wayne se présente bel et bien en tant que lui-même lors de la vente mais il se trouve confronté face à des pirates qui le prennent pour Eliott et lui font comprendre que l’affaire est annulée. Si les choses tournent mal de ce point de vue, il se trouve que le réel vendeur a été tué et qu’Alfred pourrait bien connaître le tueur, un ancien mentor qu’il a eu dans sa jeunesse.

Ainsi donc Snyder jette son dévolu sur Alfred Pennyworth et va écrire une bonne part de son passé. On va donc parler de paternité et de récits de pirate. Je n’aime pas la façon dont le scénariste écrit le rôle du majordome, car il est surtout couard, trouillard, sujet aux émotions depuis le début du run de All-Star Batman, devenant un frein aux aventures du chevalier noir et plus un réel allié.
Du rôle comique de mentor sage à l’allure toute britannique, Pennyworth devient un jeune délinquant que l’absence de père a fortement marqué. Il passe ensuite chez les militaires et devient le sujet d’attention d’un certain Briar qui cherche à réaliser un Batman avant l’heure, un chevalier noir sans aucune émotion, capable de réaliser n’importe quelle mission. On apprendra donc lors d’un jeu de flashbacks (entre la course au moteur Genesis et le destin d’Alfred) que le majordome et son employeur ont donc beaucoup en commun.

Si j’avoue que faire d’Alfred un ancien employé du MI6 (la version pré-New52 du personnage) peut expliquer ses compétences militaires et martiales (voire même comment il peut porter le costume de Batman et paraître convaincant un court instant), cette version de Snyder est une fois de plus trop poussée.
Il faut absolument que Snyder fasse des parallèles entre les personnages, construise Alfred comme un Batman avant Batman. De cette façon, Alfred devient un père conscient de ce qu’implique de porter le costume de la justice. Un père qui pousse son fils dans des situations extrêmement dangereuses mais qui s’auto-flagelle dans le même temps (ce que ne fait jamais Briar). On est au rayon du pathos forcé, souligné par la voix-off du majordome qui nous explique ses cas de conscience.
Etait-ce nécessaire d’en passer par là ? Je ne crois pas. Alfred est déjà montré comme un père pour Bruce et leur relation n’est plus à expliquer. Il met toujours en garde le milliardaire contre les dangers qu’il affronte sans que cela change grand-chose. Et franchement, le danger de cet arc, ce Nemesis (dont l’identité secrète est logique mais ridicule), n’est pas plus important que ce que Batman affronte habituellement.

Aux dessins, on retrouve un ancien partenaire de Snyder, Rafael Albuquerque. Un partenaire historique pourrait-on dire puisque les deux ont contribué aux débuts de Snyder chez Vertigo sur American Vampire.
L’artiste se charge de toute la facture visuelle des planches : dessin, encrage et couleur. Si certaines cases possèdent une puissance indéniable (la toute première scène avec un Batman en mode über), la suite ne cache pas qu’Albuquerque ne peut se charger de tout. Habituellement les couleurs sont parfois utilisées pour cacher le manque de détails ou de décor, tout l’effort du dessinateur étant placé dans les personnages. Ici, les couleurs n’arrivent pas à atteindre ce but. J’imagine que ç’aurait été encore pire si un autre coloriste s’était chargé de l’affaire et au moins a-t-on droit à des planches homogènes avec de jolies couleurs qui donnent l’ambiance. Il n’en reste pas moins que j’aurais aimé plus de détails dans les planches.

A noter qu’Albuquerque se charge, en compagnie d’un comparse, du récit en back-up. Un récit dont la finalité le relie complètement à celui de Snyder. Ca n’est pas complètement inutile même si j’avoue qu’apporter Princesse Vik à Gotham commence à complexifier le passé de Batman. Voir ce récit en soutien n’est pas incohérent puisque le concept de paternité y est aussi fort. A part ça, c’est classique, il y a du rebondissement mais le final est grotesque.
C’est Sebastian Fiamura qui s’occupe des planches et celles-ci sont réussies. Plus précises, pouvant être apparentées à celles de Dan Panosian ou Darrick Robertson, elles font plaisir à voir.

All-Star Batman continue dont pile poil dans la lignée des précédents numéros et donc mon avis n’a pas beaucoup changé : ça n’est toujours pas pour moi. Aux moins la facture graphique n’est pas mauvaise.