Onirique Comics 7.1

Accueil > Chroniques > DC Comics > DC Rebirth > Batman Tome 4 : La guerre des rires et des énigmes

Batman Tome 4 : La guerre des rires et des énigmes

lundi 19 novembre 2018, par Mathieu Doublet

(DC Comics / Tom King / Mikel Janin & Clay Mann)

Lu en VF.

Ce tome contient les épisodes 25 à 32 de la série régulière. Il est paru en librairie chez Urban Comics. Ces épisodes sont également parus en kiosque dans la revue Batman #13-16, toujours chez Urban Comics.

Il fait suite à Je suis Bane.

Suite aux événements concernant le Badge, Bruce Wayne a rencontré son père qui lui a demandé de remettre son costume au placard, de ne plus être Batman et d’enfin être heureux dans la vie. Cela va profondément chambouler le milliardaire qui va se décider et reprendre une relation régulière avec la voleuse Selina Kyle qu’il côtoie la plupart du temps sous le costume de Catwoman. Jusqu’à lui proposer de l’épouser.
Si cette femme n’est pas simple, on ne peut pas dire que Wayne soit particulièrement tranquille non plus. En effet, au beau milieu de la nuit, ce dernier veut parler à sa maîtresse de quelque chose de particulier, de quelque chose d’horrible qui s’est passé au début de sa carrière, de quelque chose qu’elle doit savoir avant de véritablement accepter sa proposition de mariage. C’est donc ainsi que Bruce Wayne démarre sa version de « La guerre des rires et des énigmes ».
Le principe est le suivant : le Sphinx est en prison. Les policiers lui demandent conseil, les gardes aussi pour des raisons diverses et variées mais Edward Nigma ne donne pas son expertise gratuitement. Au fur et à mesure, il compile des informations sur la vie privée des gardes ce qui lui donne un levier sur eux au moment de son évasion. Il rejoint le Joker dans son antre, lui annonce qu’il a réussi à lire la blague que ce dernier avait envoyée à Batman et lui propose un marché. Ils sont tous les deux intéressés par la mort de Batman car le super-héros annihile toute raison d’être de leur part. Alors puisque l’un ne pourrait pas laisser l’autre tuer Batman, le Sphinx propose qu’ils s’allient. Le Joker refuse et, ce faisant, déclenche une guerre terrible dans laquelle tout Gotham va se retrouver prise au piège.

A priori Tom King reprend un peu les billes de son prédécesseur Scott Snyder puisque ce dernier avait écrit une histoire appelée Year Zero (pas lue en ce qui me concerne). Ca n’est pas très important puisque l’histoire se lit sans avoir besoin de ces informations. Et on peut dire que King met son temps à démarrer la guerre des gangs. Deux numéros sont nécessaires pour l’introduction et si j’ai trouvé que les enjeux étaient bien placés, j’ai aussi trouvé que leur forme était trop identique pour être réellement intéressante, le final de chaque numéro étant un retour trouble au présent, comme si le lecteur avait oublié que Bruce se confiait (se confessait même) à Selina.
Par la suite, le scénariste met en scène des moments qui forcément jouent sur la longueur. Tout se raconte beaucoup en voix-off, ce qui est assez particulier comme récit car à peu de moment les paroles des personnages ont une réelle importance sur le déroulé de l’histoire. Si la voix-off de Batman est logique, d’autres le sont moins (je pense à Gordon notamment) et viennent alourdir un récit qui n’a pas besoin de finesse puisque c’est celui d’un massacre.
Ceci étant, King réussit aussi quelques jolis moments. Les premiers se sont les numéros qui sortent de la guerre pour s’intéresser à « La balade du cerf-volant ». A priori basée sur un super-vilain de troisième zone, Kite-Man, ces numéros sont plus importants qu’il n’y paraît. Certains scènes comme un Gordon essayant de négocier sont vraiment bien mises en scène. En ce qui me concerne, mon passage préféré de cet arc est le numéro 29 où Bruce Wayne va inviter le Joker et le Sphinx à sa table et tenter une négociation autour d’un repas complet comme seuls les aristocrates peuvent se le permettre. Si on passe sur la côté logique où les vilains assassinent le milliardaire le plus simplement du monde, ce numéro est vraiment superbe et se termine probablement sur la blague la plus drôle de tout l’arc, voir de tout le run de King. Mais ce dernier l’avoue lui-même au travers des mots du Joker « C’est devenu sinistre, la BD. »

Et pour l’épauler, King a ce qu’il se fait de mieux. Je passerai rapidement sur Clay Man qui s’occupe des épisodes concernant Kite-Man. C’est très propre, il y a du boulot dans les planches mais le trait reste assez dur, pas forcément très agréable à l’œil même s’il ne s’agit pas là de souci de proportionnalités ou de cadrage. C’est juste que le dessinateur possède un style pour lequel je n’ai pas eu de coup de foudre. Reste deux images qui restent gravées dans ma mémoire, la première page où Batman entre dans un bar alors que Kite-Man parle au serveur et celle où Kite-Man est pendu avec un mur couvert de posters du Joker en fond. Mann réussit à bien retranscrire tout le calvaire de ce personnage et c’est déjà ça.
Celui qui m’a réellement impressionné, c’est Mikel Janin. J’avais déjà lu des planches qu’il avait réalisées et son travail était déjà très agréable. Avec ces personnages si beaux (même Cobblepot est loin d’être répugnant), son découpage aux petits oignons (en début d’intrigue, je me suis imaginé que certaines doubles pages étaient dépliantes), c’est un parfait délice pour les yeux. Alors oui, son Sphinx à la chemise ouverte est un peu trop macho mais il diffère grandement de sa version classique et lui donne un aspect nettement plus sérieux.
A noter aussi, que son numéro sur le repas est absolument sublime avec un découpage correspondant à la rigidité du protocole. Son Joker est lui aussi une version qui restera probablement dans les mémoires avec des expressions et des passages qui ne sont pas sans rappeler le Joker de Brian Bolland sur Killing Joke (je dis bien « rappelle » et non pas « recopie »).
A mon humble avis, sans le travail de Janin, cet arc aurait probablement eu un effet différent, peut-être moins marquant. D’autant que l’artiste a une responsabilité énorme en se chargeant quasiment de tout l’aspect final de l’histoire qui sur ses trois-quarts est en mode silencieux. Seule la mise en page compte et on arrive sans problème à lire ce qui s’y passe.

Un peu comme le reste de son run, je ne peux pas dire que j’aime vraiment ce que King écrit sur Batman. Pourtant, il y a des idées qui sont vraiment bonnes une fois qu’on les a digérées. Heureusement, Janin est là pour rehausser le tout avec des visuels tout simplement superbes (et une colorisation de June Chung à l’avenant). Quant au final, les spoilers de la VO vous l’auront probablement gâché. Raaaaah, que Selina est jolie !!!