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Deathstroke #1-11 + Rebirth

mercredi 3 octobre 2018, par Mathieu Doublet

(DC Comics / Christopher Priest / Carlo Pagulayan, Larry Hama, Joe Bennett, Cary Nord, Denys Cowan & Bill Sienkiewicz)

Lu en VF dans la revue Suicide Squad #1-7 publiée par Urban Comics.
La VF est aussi disponible en librairie et les numéros sont repris dans les tomes 1 et 2.

Slade Wilson a toujours eu la mort dans le sang. Qu’il soit soldat ou mercenaire, il aime souvent mettre fin aux jours de son adversaire. On ne peut pas dire qu’il soit particulièrement friand d’émotions ni même de faiblesses, notamment de la part de ses deux fils, dont un ne veut pas entendre parler de cette façon si virile de se comporter où la force compte plus que tout.
C’est à se demander comment un abruti pareil a pu trouver une femme qui le comprend et comment il a pu avoir des enfants. Sa femme, d’ailleurs, ancienne militaire elle aussi, a du mal à concevoir que son mari continue ses missions sur le terrain alors qu’elle doit rester à jouer la mère au foyer.

Malgré tout cela, Slade a des amis. Son plus ancien, Wintergreen, est un collègue militaire anglais cette fois avec qui il a fait les quatre cent coups. Il faut dire que son associé a tendance à voir en Wilson un anti-héros, un personnage qui fait mine de ne s’intéresser à l’argent mais qui a, quelque part bien caché au fond de lui, un penchant héroïque et des valeurs qu’on pourrait qualifier de justes.
A voir discuter Deathstroke avec Matthew Bland, un dictateur africain qui tente une purification ethnique, on pourrait vraiment douter de la santé mentale de Wintergreen. Mais le super-vilain a un plan. Un plan à facettes multiples dont personne ne sait bien jusqu’où il peut aller.

Deathstroke est un personnage bien connu des lecteurs de l’univers DC, notamment parce qu’il est l’un des plus grands adversaires des Teen Titans et que sa filiation (que ce soit Jericho ou Ravager) a suivi des chemins complètement opposés aux siens. Cela en fait un personnage ambivalent, complexe que Christopher Priest a décidé de prendre en main. Et autant dire que le scénariste (d’un long run sur Black Panther entre autres) le fait très correctement.
Pour Priest, il va s’agir de dépeindre Slade Wilson à la fois comme une machine à tuer mais aussi comme un père qui semble vouloir rattraper le temps perdu et reprendre contact avec ses enfants. Malheureusement, il est complètement conscient d’avoir dépassé les bornes avec chacun d’entre eux et sa tentative de contact est aussi désespérée que sa conviction qu’ils ne l’aimeront jamais. Du coup, Wilson s’embourbe dans des plans tordus qui se retournent parfois contre lui, même si leurs effets ne semblent pas avoir beaucoup d’emprise sur sa conscience. Après tout, il lui semble avoir déjà tout perdu donc perdre un peu plus, ça n’est pas un gros problème.

A ce personnage de père indigne, Priest nous propose une belle série de barbouzes avec son lot de retournements de situations, des plans encore plus alambiqués venant de toute part. On a l’impression d’avoir à faire à des joueurs d’échec se tirant dans les pattes et manipulant des pions qui semblent aussi vouloir tirer la couverture à eux. Si cela est assez vertigineux à la première lecture des épisodes, cela devient beaucoup plus clair lors d’une seconde. Et oui, cette seconde lecture est agréable. Priest aura beau du faire le coup du résumé donné par un personnage secondaire qui n’y comprend pas grand chose ou qui veut mettre un des manipulateurs devant la responsabilité de ses actes, ça n’est pas forcément d’une grande aide. Autant poser le comics, y réfléchir à deux fois et se mettre les idées au clair en récapitulant toutes les informations que l’on possède.
J’ai aussi beaucoup aimé le fait que Priest n’explique pas tout, qu’il laisse dire aux personnages ce qu’ils ont compris même si cela est complètement faux (Ravager est convaincue que son père l’a laissé aux côtés d’une bombe atomique alors que Batman défonce un carreau avec le sac contenant la dite bombe). Ca en dit long sur la personnalité de chacun et surtout cela permet au lecteur de prendre une sacrée distance par rapport à ce qui est raconté. En découle forcément un sentiment d’imprévu car ce qui est sûr et certain est forcément ce que l’on peut voir de nos propres yeux. Bon, le numéro 11 pourrait presque contredire ce que je viens d’écrire mais ce qui est certain, c’est que Deathstroke est une série qu’on pourrait considérer comme intelligente.

Afin de mettre tout cela en image, Priest est accompagné d’une belle brochette de dessinateurs. Carlo Pagulayan lance les hostilités avec le numéro Rebirth et le premier de la série. Tracé fin, planches détaillées, visages d’un réalisme assez réussi, c’est de l’excellent boulot. Est-ce pour maintenir ce niveau de finition que Larry Hama intervient pour découper les pages des numéros suivants ? Excellente question. En tout cas, cela fonctionne parfaitement. Arrive ensuite Joe Bennett, dessinateur régulier chez DC qui fait acte de second artiste sur le titre. Là encore, c’est d’une propreté et d’une clarté remarquable. C’est du travail peut-être moins personnel, plus passe-partout mais on voit que Bennett en a sous le crayon et que son expérience est un atout.
Malgré ses deux excellents artistes, il y aura 3 numéros réalisés par d’autres dessinateurs. Une histoire en deux parties par Cary Nord qui démarre superbement puis qui accélère franchement ce qui donne toujours des planches satisfaisantes mais des planches que l’on voit nettement moins finies. La colorisation fait passer le tout et donne dans l’homogénéité. Puis un numéro 11 très étrange, quasi hors-continuité, dont le dessin laissé à Denys Cowan est totalement recouvert par la personnalité de Bill Sienkiewicz qui fait typiquement ce qu’on attend de lui.

Deathstroke fait partie des séries que je ne compte pas suivre en librairie, maintenant que sa parution en kiosque est terminée. Pourtant, si je garde un œil critique sur ses débuts, je dois avouer que c’est une série qui a une personnalité propre et qui apporte quelque chose de différent en matière de super-héroïsme (ou d’anti-super-héroïsme). On verra si les numéros suivants gardent cette qualité.

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