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Hillbilly #1-12

samedi 29 septembre 2018, par Mathieu Doublet

(Albatross Funnybooks / Eric Powell / Eric Powell, Steve Mannion & Simone Di Meo)

Lu en VO. La VF est disponible chez Delcourt. Deux volumes (sur trois) sont déjà disponibles.

Il s’appelle Rondel et son truc, c’est de chasser les sorcières, toutes les sorcières. Il faut dire que Rondel a une dent contre les lanceuses de sort.

Rondel est né sans yeux et sans père. Autant dire qu’en ce début de XIXème siècle, la famille de sa mère a vite fait de les répudier. Il habite donc dans la forêt à la merci de toutes les bêtes sauvages. Les deux survivent pourtant relativement bien. Rondel rencontre un jour un oiseau attaché à une branche d’arbre. De mon cœur, il le libère et l’oiseau se révèle être une sorcière qui lui fait deux cadeaux. Le premier est un don de la vue, un don un peu particulier car elle ne fait que deux fentes sur le visage du garçon, fentes par lesquelles un liquide brunâtre coule et le maquille lui donnant un air des plus macabres. Le second est un hachoir issu des cuisines de l’Enfer même, un hachoir capable d’anéantir toutes les créatures démoniaques ainsi bien entendu que les sorcières.

Quand Mamie montre que la sorcière qui l’a transformée a aussi enlevée la mère du garçon, Rondel réagit d’une drôle de manière. Il pense que s’il n’avait pas libéré Mamie, rien de tout cela ne serait arrivé et que c’est donc aussi sa faute à elle si il a perdu sa mère. La sorcière sera la première d’une longue liste où Rondel parcourt le pays en long en large et en travers afin d’éradiquer les sorcières du pays. Il ne sera pas seul et l’un de ses compagnons les plus fidèles est un ours géant appelée Lucille.
Après l’épopée de The Goon (près de 15 tomes), Eric Powell revient au comic-book dans une série qu’il gère entièrement à travers son label Albatross (Exploding) Funnybooks. Le héros de Hillbilly a bien des points communs avec sa précédente création : l’image forte d’une mère manquante, l’absence de père, un ou plusieurs sidekicks pour poursuivre son chemin et bien entendu un destin tragique.

Cependant Rondel est seul (ou presque), là où The Goon possédait un territoire avec sa faune locale. Cela permet à Powell de faire vagabonder son héros et surtout d’écrire des histoires courtes où le héros fera face à beaucoup de monstres surnaturels et à des ignorants bien naturels, eux. Le regard posé sur les humains est loin d’être tendre mais en ces temps où tous les hommes n’ont pas encore compris qu’ils feraient mieux de vivre ensemble plutôt que chacun pour ça, comment penser que les choses pouvaient être meilleures à un moment où l’éducation était encore plus rare.

Ces histoires courtes ont deux avantages : elles transforment le personnage de Rondel comme un personnage de geste, sa légende étant oralement retranscrite dans les aventures de l’enfant de fer, un bébé qui savait déjà marcher en sortant du ventre de sa mère et qui a collé une baffe à l’obstétricien qui voulait lui mettre une claque aux fesses. Une pointe d’humour qui ne fait pas de mal dans des récits très noirs.
Elles permettent aussi à Powell de ne pas s’emmancher dans une histoire trop longue qui l’obligerait à suivre une parution serrée et régulière des numéros. Powell n’a jamais été un champion de la deadline et cela lui avait joué des tours sur The Goon. Pour Hillbilly, ce sera grosso modo la même chose et même la parution de recueil tous les quatre numéros ne lui permettront pas de suivre la cadence.
Mais Powell sait raconter des histoires courtes, sait comment les découper pour que les vingt-deux pages soient utilisées à leur maximum. Il jongle efficacement entre les descriptions et les dialogues et donne à ses récits un côté épique qui se mélange avec une culture redneck et un patois local auquel il faut s’habituer. Il n’y a que les derniers numéros qui se suivent et donnent encore plus d’ampleur à la légende. Pour le coup, le final est très abrupt mais difficile de voir comment il aurait pu en être autrement.

Visuellement, c’est du Powell pur jus avec les aquarelles que le dessinateur prend en charge (là où Dave Stewart lui avait donné un coup de main à la fin de The Goon). Du coup, c’est absolument sublime même si on traîne dans des tons gris, ocre ou verdâtres. Les personnages sont soignés, rarement à côté de la plaque, Rondel est majestueux et manipule son hachoir avec une grande dextérité. Tout juste pourrait-on se demander quelle est la stature exacte du bonhomme car la couverture du numéro 12 nous le présente beaucoup plus maigre que ce que j’avais imaginé, recouvert qu’il est de couches de vêtement et autres pièces d’armures.

Powell sera accompagné de Steve Mannion (un dessinateur que j’apprécie particulièrement – The Bomb) et Simone Di Meo sur des récits annexes à celui de Rondel. Les deux réalisent un travail qui est à la hauteur. Mannion sait depuis longtemps dessiner les créatures cauchemardesques et grotesques et Di Meo (peut-être par le biais de la colorisation) m’a semblé très proche du style de Powell, en peut-être plus réaliste là où Mannion est clairement plus cartoony.

Au final, cette maxi-série donne un ton doux amer, comme c’était le cas dans The Goon mais sans le côté complètement désespéré que pouvait parfois avoir le mafieux. Le récit épique d’un vagabond équipé d’un hachoir géant et traversant le Sud des Etats-Unis en compagnie d’un ours géant. La suite de Hillbilly paraîtra sous la forme d’une mini-série qui devrait démarrer sous peu.

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