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Agent Double

dimanche 23 septembre 2018, par Mathieu Doublet

(Daniel O’Malley)

Le livre est publié par Little, Brown & Company et HarperCollins Australia en anglais sous le nom de The Rook : Stiletto.
Il est sorti chez Super 8 en grand format VF et Pocket pour la version poche.

Traduction : Valérie Le Plouhinec

Felicity Clements fait partie de la Checquy, une agence gouvernementale secrète composée d’agents ayant des pouvoirs surnaturels. Sa mission actuelle est d’être déguisée en clocharde afin de surveiller une maison. En effet, le Pion Clements (le terme Pion désigne les agents au bas de la hiérarchie) doit utiliser ses pouvoirs de vision afin de savoir si les personnes disparues dans le coin sont toujours vivantes et de quelle façon elles ont pu disparaître. Elle n’est bien entendu par toute seule sur cette mission et toute une escouade attend son rapport. Mais pour l’heure, un duo de gros bras se dit que violer une sans-abri serait une bonne idée. Ils ne s’attendent pas vraiment à ce que Felicity sache se battre. Tant pis pour eux …

Agent Double est la suite (que j’attendais vivement) d’Au Service Surnaturel de sa Majesté (non chroniqué ici, ce qui est une sacrée erreur de ma part). Daniel O’Malley avait écrit un premier roman où un agent placé dans la hiérarchie de la Checquy, la Tour Myfawny Thomas, se retrouvait dans son propre corps mais sans aucune idée de qui elle était. Tout cela devait bien entendu cacher une trahison au sein de la société secrète et révéler un personnage plein de ressources alors que sa personnalité précédente était des plus réservées. Le tome se concluait par une scène peu ragoûtante où la Tour Thomas passait un marché avec Ernst Leliefeld, le leader des Greffeurs, une autre société secrète, flamande, composée d’humains ayant repoussé les limites physiques de leurs corps.
Ainsi un traité de paix devait être signé entre la Checquy et la bande de monstres qui ont effrayé les agents britanniques depuis leur plus jeune âge.

L’auteur démarre donc son récit avec une situation des plus bancales dont on sent bien qu’il ne faudrait pas grand-chose pour qu’elle loupe et se transforme en guerre ouverte où il n’y aurait que peu de gagnants. Là où O’Malley désarçonne pour son plus grand plaisir le lecteur, c’est que la Tour Thomas ne sera pas la principale protagoniste de l’histoire. Elle sera belle et bien présente mais dans un rôle plus discret, manipulant son petit monde. Cela permettra peut-être de la revoir en héroïne dans un tome à venir.

A la place de Thomas, nous aurons affaire à deux héroïnes : Felicity Clements qui représente la Checquy et Odette Leliefeld, jeune greffeuse de son état, encore très inexpérimentée dans ce qu’on va lui demander, à savoir d’être agréable et diplomate. La première sera la garde du corps de la seconde mais une garde du corps qui a ordre de tuer sa protégée si cette dernière fait quoi que ce soit de suspect. Quant à la seconde, son plus gros souci, c’est qu’elle ne sait pas vraiment à quoi elle sert, pourquoi elle fait partie des pourparlers. Elle sait pertinemment aussi qu’elle a des choses à prouver à son « grootvater » et que cela ne sera pas aisé.
Deux nouveaux personnages donc avec qui il va falloir complètement connaissance. C’est habile de la part d’O’Malley car ces deux femmes représentent toutes les idées préconçues des deux camps, formatées depuis leur plus jeune âge. Si les membres de Checquy communiquent leurs peurs et leurs dégoûts des Greffeurs depuis leur éducation au Domaine en se racontant d’horribles événements ayant eu lieu au XVème siècle, les Greffeurs, capables de monstruosités en matière d’anatomie, considèrent leurs nouveaux alliés comme des erreurs de la Nature, leurs pouvoirs n’ayant rien de scientifique, ne reposant sur aucune spécificité physique. Bref, pour rester sur la comparaison historique, ils ne les prennent ni plus ni moins que pour des sorcières ou des démons.

Au départ, bien entendu, les deux jeunes femmes vont avoir à supporter une promiscuité forcée qu’elles ressentent toutes deux comme contre-nature et le scénariste ne va pas les ménager car s’il doit y avoir un semblant de paix, celui-ci s’installera au compte-goutte. Tout comme la présence de ce fameux « agent double » qui n’apparaît qu’assez tard dans l’histoire. Mais cela rend le lecteur paranoïaque cherchant à tout prix à deviner qui peut bien être le traître. Et vu le sac de vipère qui constitue les deux camps, il y aura du candidat.

Si je préfère bien entendu le titre original après avoir lu le bouquin, il souligne peut-être trop un côté féminin qui n’a pas besoin de l’être. J’ai pensé mentionner le fait que les personnages étaient essentiellement des héroïnes, qu’on se concentrait beaucoup sur des remarques féminines (beaucoup d’attention sera portée aux robes de ces dames) et puis, finalement, je me suis dit que ça ne changeait rien à l’affaire, que le roman était suffisamment agréable et non ciblé par rapport à son lectorat pour que ça fonctionne. J’imagine que chez les Anglo-saxons, il fallait clairement cibler le lectorat tandis que le titre francophone ouvre le livre à une palette de lecteurs plus large.

Pour terminer, Agent Double fait 860 pages et pour moi qui suis un lecteur assez lent, je dois avouer que l’écriture d’O’Malley et la traduction de Valérie Le Plouhinec ont rendu cette lecture d’une fluidité assez étonnante. Je ne me suis jamais endormi en tenant le livre dans les mains alors que ça m’est arrivé plus d’une fois sur d’autres ouvrages plus censés être plus faciles à lire. Si vous aimez les espions super-héros, les créatures difformes et parfois titanesques, si quelques touches d’humour ne vous font pas peur, alors foncez lire tout d’abord Au Service Surnaturel de sa Majesté et ensuite ce très bon Agent Double.