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Royal City tome 1 : Famille décomposée

lundi 10 septembre 2018, par Mathieu Doublet

(Image Comics – Urban Comics pour la VF / Jeff Lemire)

Lu en VF.


A Royal City vit la famille Pike. Le père et la mère, vieillissants, ne se supportent plus vraiment et parmi les enfants, ça n’est guère beaucoup mieux.
Patrick est un écrivain qui a eu beaucoup de succès pour son premier roman, nettement moins pour le second, et qui fait actuellement tourner chèvre son agent alors qu’il n’a toujours pas écrit un mot du troisième.
Tara est une agent immobilière qui propose au patron de l’usine Royal Manufacturing de la raser et de la transformer en hôtel de grand standing avec parcours de golf afin de redynamiser la ville. Le fait que son mari soit le contremaître de l’usine ne semble pas changer grand-chose à l’affaire.
Richard travaille justement à l’usine, mais alcoolique et joueur, il a du mal à non seulement vivre au quotidien mais aussi à régler ses dettes ce qui n’est pas sans lui apporter quelques ennuis.
Et puis, il y a Tommy, celui avec qui chaque membre de la famille parle. Mais Tommy est mort, voilà plus de vingt ans.

Alors quand le patriarche fait une crise cardiaque, la famille a un semblant de rapprochement. Mais cela ne veut pas dire que les choses vont forcément s’améliorer.

Jeff Lemire, après ses aventures vertigoesques (Sweet Tooth, Trillium) et marveliennes (All-New Hawkeye, Old Man Logan), avait envie de retourner à un genre qui lui est un peu moins confortable, celui d’Essex County. Un récit plus réaliste, qui va toujours mélanger des éléments d’intrigue un peu étranges mais qui ne sera pas un récit de genre en tant que tel. Pourtant Lemire n’a pas écrit que pour les deux grands (ou même Valiant) et il a aussi réalisé entre temps The Underwater Welder ou bien encore Roughneck.

Ainsi avec ce premier tome de Royal City, on plonge dans la ville et au sein de la famille Pike, une famille décomposée comme l’indique le titre. La mort de l’un de ses membres a été non seulement un choc mais aussi un moment de séparation de ses membres, là où on aurait pu attendre un phénomène de soutien et de cohésion. Ce premier tome ne nous permet pas vraiment d’en apprendre plus sur les griefs que chacun entretient vis-à-vis des autres membres de la famille. Si Richard avec son comportement autodestructeur est vu par le reste de la famille comme perdu, la mère semble avoir quelque chose à se reprocher. Patrick a une bonne raison d’être obsédé par le fantôme de son frère, reste à savoir si sa culpabilité se limite à un cahier de notes ou va plus loin.
Bref, ce sera mon plus gros bémol concernant ce livre : on n’apprend pas grand-chose sur l’histoire qu’on nous présente. Et comme la série ne comporte que quatorze numéros chez Image Comics, cela nous fait un premier tiers qui n’apporte pas beaucoup de matière.
Pour le reste, c’est du Lemire qui maîtrise son sujet et ses personnages. Toujours sensibles, toujours facilement identifiables et dont on se prend d’empathie (plutôt que de sympathie puisque chacun a son caractère tranché et pas franchement commode), ils sont la pièce centrale du récit et très bien écrits. En fin de recueil, on a une lettre manuscrite qui apporte un petit twist. De quoi permettre une nouvelle lecture avec un autre angle.

En ce qui concerne la facture graphique, c’est du Lemire pur jus. Le trait est reconnaissable entre mille et l’auteur s’occupe également de la colorisation à l’aquarelle. C’est efficace, c’est joli (si on aime le style) et pour moi qui suis souvent à cheval sur ce point, même la représentation inégale des visages des personnages ne m’a pas dérangé. Il faut dire que chacun à une allure qui lui est propre et les confusions ne sont à mon avis pas possibles (sauf peut-être entre Pat’ et son père qui se ressemblent le plus, nous verrons bien par la suite).
La mise en page est comme d’habitude avec Lemire très simple. On est au grand maximum dans un gaufrier de neuf cases et cela n’arrive que très rarement. De quoi accélérer la lecture de l’album, ne pas permettre de tout raconter, mais aussi de laisser la place dans chaque case au décor et aux ambiances. Le style de Lemire demeure toujours aussi cinématographique.

Royal City est donc pour l’instant une chouette lecture mais je réserve un avis plus définitif à la lecture de sa conclusion. Pour l’heure, le tome 2 est déjà sorti chez Urban mais pas encore le tome 3. Etant donné que ce dernier ne contiendra que 4 numéros, j’imagine que l’éditeur français cherche de quoi gonfler le volume.

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