Onirique Comics 7.1

Accueil > Chroniques > Image Comics > Maestros #1-7

Maestros #1-7

jeudi 6 septembre 2018, par Mathieu Doublet

(Image Comics / Steve Skroce)

Lu en VO.

Aux dernières nouvelles, Maestros devrait sortir en VF début 2019 chez Hi Comics.

William Little est un magicien. Pas un prestidigitateur, pas un illusionniste. Non, un magicien, un vrai. Un qui vous file une fiole de liquide bleu vous permettant de récupérer l’érection de vos vingt ans. Un aussi qui a beaucoup d’ennemis. Enfin, de ce côté-ci, il faudrait plutôt voir du côté de chez papa. Car le père de William est grosso modo l’équivalent de Dieu (peu importe la religion, c’est l’Être Suprême Avec Toutes Les Majuscules). Et ce Maestros, tout puissant soit-il, vient de voir son corps découpé en deux par le sorcier Mardok. Aucun moyen de se régénérer, aucune issue pour ressusciter, il est bel et bien mort. Voilà pourquoi Gah-ree, un des conseillers du Maestros encore en vie contacte la seule épouse humaine du Maestros et lui indique que le sorcier pourrait bien en vouloir à son fils. Alors que William vivait une vie paisible sur Terre, à base d’argent, de drogues et de sexe, le voilà confronté à une mission dont il n’a pas forcément envie : remplacer son père, gérer les affaires courantes du royaume et trouver un moyen de battre celui qui veut le tuer.

Steve Skroce est un artiste qu’on voit assez peu dans les comic-books. Après son run sur Doc Frankenstein (en compagnie des frères Wachowski avec qui il a aussi travaillé sur de nombreux films), il faudra attendre quelques années avant que Skroce n’illustre une autre minisérie, en l’occurrence la très bonne We Stand on Guard, brûlot politique pro-Canada.

Trois ans plus tard, l’artiste devient auteur complet avec ce nouveau récit en sept épisodes. Maestros permet à Skroce pas mal de choses : non seulement de créer un univers entier peuplés de créatures fantastiques et de coutumes étranges mais aussi d’aborder le thème du pouvoir sans limites. Car oui, au final, tout revient à cela : que faire d’un pouvoir identique à celui d’un Dieu, voire même encore plus puissant, une fois toute adversité éliminée ? Certes ce dernier point est minime dans le récit puisqu’il n’occupe qu’une partie du dernier numéro. Mais il est intéressant de voir comment tout s’enchaîne pour arriver jusque là, des flashbacks aux personnages secondaires qui ne le sont finalement pas tant que ça.

On verra aussi dans Maestros la destruction de l’image du père. Le Maestros qui s’est fait découpé en deux n’est clairement pas le paternel idéal et son immortalité en fait de lui un homme aux convictions répugnantes qui méprise finalement tout autre être que lui. Margaret, la mère de William est à ce titre un personnage assez unique en son genre, une femme qui ne s’en laisse pas dire et qu’il tient tête à absolument tout le monde. Les femmes, en général, auront un rôle très important dans la vie de William et ce dès les premières pages. Avec des personnages qui sont surpuissants mais dont les tracas sont parfaitement humains, Skroce arrive à captiver et même à faire ressentir de l’empathie pour le plus saignant des criminels.

Je parlais d’univers à construire et Skroce, en tant qu’artiste, cette fois-ci en met plein les mirettes au lecteur. Si les premières pages mettent en scène un massacre ultra-gore et une érection gigantesque ainsi que des créatures lovecraftiennes et végétales, toutes les scènes se passant dans ou hors du palais permettent d’admirer l’architecture somptueuse de bâtiments ou bien des créatures fantastiques. J’adore bien entendu Gah-ree, tournesol humanoïde, mais quand William est obligé de recevoir les cadeaux de différentes familles lors de son accession au trône, cela permet de voir toute une variété de peuples qui n’est pas sans rappeler les scènes de bar de La Guerre des étoiles.
Ajoutez à cela un trait fin qui sait se faire à la fois séduisant ou puissant selon les personnages, beaucoup de détails, une mise en scène limpide.

Maestros est donc une véritable réussite à mon goût : c’est visuellement un sacré tour de force avec un Dave Stewart en tant que coloriste de luxe, l’histoire est solide et se conclut de façon fort logique, avec le petit twist ironique qui permet de laisser une porte ouverte à l’imagination du lecteur. J’adorerai avoir une belle version cartonnée et surdimensionnée de l’engin, histoire d’en prendre encore plein les yeux.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.