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Ice Cream Man #1-4

lundi 13 août 2018, par Mathieu Doublet

(Image Comics / W. Maxwell Prince / Martin Morazzo)

Ah, le camion de glace, le truc si Américain, la petite musique qui tourne en boucle et qui dit aux enfants « Sortez de chez vous, les enfants, y a de la glace qui vous attend ! ». A bord, un monsieur si gentil, si poli, qu’on lui donnerait le bon Dieu sans confession et qu’on lui ferait une confiance totale. Un homme si gentil qu’il s’inquiète de vous voir acheter un cornet sans la présence de vos parents.
Et si Tom McAllister est venu prendre une glace sans ses parents, c’est peut-être parce que ses parents ne bougent plus mais que cela ne semble pas l’inquiéter plus que ça. Mais tout cela a de quoi inquiéter les employeurs des dits-parents qui appellent la police et mettent deux inspecteurs sur le coup. Ça va les changer de la présence prétendue d’un loup-garou dans les bois qui dépèce les chats des vieilles dames du quartier …

Vous êtes toujours là ? Oui, Ice Cream Man a un sens, ou plutôt plusieurs. Le premier, c’est de faire en sorte que le personnage titre ne soit jamais au grand jamais le protagoniste principal de l’histoire. Dans la première, c’est bel et bien Tom McAllister qui est celui dont on doit se préoccuper le plus, viendront ensuite un couple de junkies, une rock star vieillissante qui n’a jamais remonté le cap du « one-hit wonder » et un homme qui doit faire un discours à l’enterrement d’un ancien ami perdu de vue parce que personne d’autre n’est là.

Le vendeur de glace dans tout ça ? Oh, il a son rôle à jouer, variable en importance mais toujours irrémédiablement présent. C’est une figure quasi-démoniaque qui se sert plus des sentiments acides humains que de véritable tentation. S’il y a quelque chose qui pourrait vous faire basculer, c’est lui qui donnera la pichenette mais avouez-que vous avez fait le plus gros de l’effort.

W. Maxwell Prince (One Week In The Library, The Electric Sublime, Judas : The Last Days, The Pursuit of Beautiful Things) réussit à écrire quatre numéros particulièrement intriguants. On est à la limite de récits à la “Conte de la crypte » mais avec le personnage bannière qui joue un rôle dans l’histoire. Cela me fait penser à Wraith : Welcome to Christmasland et à son personnage croque-mitaine. Ceci dit avec le final du numéro 4 et la fin du premier arc, il ne serait pas surprenant que notre mystérieux vendeur ne prenne pas plus d’importance dans l’histoire.
Les récits sont ordinaires et pourtant touchants. On sent bien que les héros ont fait des choix malheureux mais ils ont aussi une innocence tellement bien rendue qu’on ne peut qu’éprouver que de la sympathie (ou de la pitié) pour eux. Prince réussit aussi à ajouter un peu de poésie dans tout ça, une poésie forcément mélancolique, forcément morbide, avec ces quelques grains d’humour noir.

C’est Martin Morazzo qui doit mettre tout ça en image. Le dessinateur a déjà réalisé pas mal de choses : tout d’abord Great Pacific et Snowfall en compagnie de Joe Harris puis The Electric Sublime avec Prince. Je relisais ce que j’avais écrit de lui lors de la chronique du #1 de Great Pacific et mon avis n’a pas vraiment changé. Le dessin est vraiment bien maîtrisé, c’est fin, précis, la construction des planches est parfaite et le jeu avec le texte fonctionne à plein. Maintenant, sur les visages en gros plan, je trouve ça moins convaincant mais sur ce point, c’est réellement une question de goût. Morazzo est d’une belle constance dans la qualité. Il retranscrit parfaitement les ambiances différentes de ces quatre récits, arrive à instiller le côté bizarre et malsain de l’histoire de manière subtile. Bref, du bon boulot.

En repensant à la lecture de ses quatre numéros, je trouve que Ice Cream Man fait admirablement bien le boulot qui lui est demandé au rayon horrifique. A travers des récits qui semblent très banals mais aussi très humains, il tape juste et bien. Reste à espérer que la série garde ce cap ci tout en nous donnant des billes (mais pas trop) sur cet inquiétant vendeur de glaces. Un défi un peu casse-gueule certes.

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