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Superman : American Alien

lundi 2 avril 2018, par Mathieu Doublet

(DC Comics / Max Landis / Nick Dragotta, Tommy Lee Edwards, Francis Manapul, Jonathan Case, Joëlle Jones, Jae Lee, Jock, Evan Shaner, Mark Buckingham, Steve Dillon, )

La VF de cette histoire est publiée en librairie aux éditions Urban Comics.


L’hiver. Une météorite s’écrase dans le Kansas. Jonathan et Martha Kent y trouvent à l’intérieur un très jeune enfant. Ils décident de l’adopter et de faire de lui un enfant ordinaire. Clark est portant tout sauf ça : super force, possibilité de flotter (à défaut de planer) et surtout, une très mauvaise maîtrise de ses pouvoirs. Face à des choses qu’ils ne peuvent comprendre et armés de tout leur amour, les Kent sont en proie au doute. Que faire de cet enfant ? Faut-il le laisser à des personnes plus compétentes ? Faut-il lui apprendre à voler là où d’autres apprennent à faire du vélo ? Et surtout, est-ce que leur secret sera toujours bien gardé dans un monde où la suspicion existe ?
Même si Clark ne voit pas forcément ses parents se poser des questions, il a les siennes et son appartenance à une autre race, le regard de ses camarades sont autant de choses qui le font douter de son utilité.

American Alien est donc un récit hommage au personnage de Superman. Découpé en 7 chapitres portant chacun des noms de volatiles (Colombe, Faucon, Perroquet, Hibou, Aigle, Ange & Valkyrie), Max Landis va apporter son regard sur la vie de Clark Kent. Le début est forcément du déjà vu avec un récit origine de plus mais qui s’attarde sur la première jeunesse de Clark avec tout ce qu’on ignore souvent dans le récit canonique : les problèmes occasionnés par l’éducation d’un enfant extra-ordinaire. Les Kent n’ont pas toujours eu une vie facile et rayonnante comme on nous la présente habituellement.
Par la suite, Landis va s’occuper de ce que l’on a jamais lu chez Superman : comment il a passé son adolescence et ses injustices, comment il a fait la fête à peu près à la même période, comment il a commencé à Metropolis aussi bien en tant que journaliste qu’en tant que Superman, et enfin comment il a été accepté par tous. A chaque fois, le ton est légèrement différent, avec le plus souvent un aspect quotidien très développé. Cela n’empêche bien entendu pas les scènes d’action qui sont régulières, on est tout de même dans un récit du kryptonien qui aura fort à faire.
J’ai beau revenir sur le bouquin et me demander quel chapitre je préfère, je trouve que chacun d’entre eux a sa propre identité, son utilité dans la définition du personnage et qu’ils sont donc tous chouettes. S’il y a une chose qui pourrait me gêner, c’est l’intégrité formelle du bouquin. En effet, les récits sont parfois en continuité les uns des autres, parfois pas du tout. Il y a parfois des récits secondaires, parfois non. Si sur le premier argument, on pourra défendre que les éléments de continuité ne peuvent pas arriver dès l’enfance de Clark Kent (ce qui est commode mais scénaristiquement trop facile), le second argument reçoit difficilement d’objection quand les récits secondaires s’arrêtent au moment de l’apparition du Parasite, rendant bancale la construction des numéros. D’autant que dans les plans de Landis originels, il devait y avoir plus de récits secondaires. Merci les bonus bienvenus (au moins dans la version VF).

Qui dit sept chapitres sans grand lien les uns entre les autres, aux époques différentes et aux ambiances différentes, dit sept artistes différents. Un choix assez pratique car si le projet est porté suffisamment en amont, cela signifie que la mini-série n’aura aucun retard. Et cela permet aussi d’avoir des artistes qui ont souvent du mal à tenir sur la longueur mais dont le travail est très apprécié des fans.
Sur ce coup, j’ignore si c’est Landis ou l’équipe éditoriale qui s’est chargée de l’attribution des chapitres mais je trouve que le choix des artistes impliqués a visé extrêmement juste. Du comics un peu léger sexy ? On appelle Joëlle Jones. Du solaire, dynamique et efficace ? On va chercher un Francis Manapul. Il faut du réalisme ? Tommy Lee Edwards est de la fête et si jamais il faut apporter de la tension et un moment compliqué entre Superman et Batman où les ombres et la lumière doivent se partager l’affiche, Jae Lee est votre homme. Ce ne sont certes qu’une partie du vivier visuel mais ce sont les artistes qui sont le plus à même d’expliquer ô combien American Alien est cohérent. Chacun fait dans son style, crée les 22 pages standard, boucle son récit sans défaut et repart chez lui. C’est propre, c’est vraiment bien fichu, sans beaucoup d’artifice (un peu de floutage chez Jae Lee en début de numéro mais c’est tout) et après, il reste, certes le goût de chaque lecteur qui pourra apprécier ou pas certains chapitres.

En allant taper dans plusieurs styles de narration aussi bien dans l’écriture que dans le dessin, American Alien est un bouquin qui définit formidablement bien le personnage de Superman. Il y a des choix qui ne raviront pas tout le monde (Pourquoi donner tant d’importance à Parasite ? Est-ce que placer Mr Mxyzptlk sur une planche a vraiment du sens pour un novice ?) mais je trouve, à titre personnel, que ce livre est une réussite.