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Sir Apropos of Nothing #1-5

lundi 28 août 2017, par Mathieu Doublet

(IDW / Peter David / Robin Riggs)


Un homme en poursuit un autre. Le second est un homme mystérieux en noir, il s’enfuit dans le désert. Le second, c’est Apropos de Rien : fils de prostituée, infirme de la jambe et couard à ses heures. Enfin, pas tout à fait. C’est juste qu’il a compris qu’il était l’amusement en chef des dieux et qu’il subirait tous leurs caprices tant qu’il sera en vie, chose qu’il réussit à rester de façon on ne peut plus incroyable. S’il sait se battre, il ne cherchera pas une vengeance qui le mettrait dans plus de danger qu’il n’est et s’il rend service, c’est souvent pour en tirer un avantage personnel. Or donc, Apropos a volé un cheval et traverse donc le même désert que l’homme en noir. Détenteur d’une carte au trésor, il arrive devant un gigantesque rocher qu’il va falloir déplacer puisque le trésor se trouve bien entendu juste en dessous. Mais quand la sphère de pierre commence à rouler, elle prend de la vitesse et détruit une tour d’où provenait une étrange lumière. La conséquence de tout cela ne se fait pas attendre, une gigantesque tornade se produit et des masses de pierre se projettent sur terre. Embarqué dans la tornade, Apropos ne fait que commencer ses aventures.

Sir Apropos of Nothing est au départ une série de romans écrite par Peter David (Hulk, X-Factor, Fallen Angel et j’en passe). La série est composée de quatre romans, une nouvelle et cet arc en bande dessinée. Peter David n’a jamais eu de chance en ce qui concerne ses romans en France. Le peu qu’on peut lire de lui consiste en une série de novélisation de franchises ou de films de super-héros. Star Trek, Hulk (la version d’Ang Lee) ou Spider-Man (le troisième de Sam Raimi) ont eu la chance de voir ses mots leur coller à la couverture. Mais en ce qui concerne la production personnelle de l’auteur, rien. Du coup, je ne peux pas faire la comparaison de cet arc avec ses équivalents entièrement sans dessins.
Sir Apropos of Nothing, c’est un peu le descendant de Dirk Gently, un personnage qui va se laisser bercer par les coups du sort et qui va, en général, en ressortir avec de l’expérience à défaut de bonheur. Et si jamais celui-ci vient à arriver, c’est qu’il sera de courte durée et probablement enchaîné d’une immense catastrophe où le héros sera forcément tenu pour responsable même s’il est innocent dans ce cas précis. La recette est connue et souvent utilisée par David dans ses comics. Pas une grande surprise donc et surtout l’occasion de profiter du savoir-faire de l’auteur qui va bien évidemment se faire un plaisir de mettre sur le chemin du anti-héros autant de personnages idiots et d’épreuves insurmontables que possible.
Si Peter David est un auteur qui a réussi à concevoir des runs très longs en tant que scénariste de comics (presque 10 ans sur Incredible Hulk et encore plus longtemps sur Madrox / X-Factor), il ne faut pas oublier qu’il manie aussi bien la comédie et son timing sans lequel les coups de théâtre seraient forcément décalés et inefficaces. A ce petit jeu, David rivalise tout à fait avec la paire DeMatteis / Giffen dans leur run hilarant sur la Justice League. Peter David utilisera aussi clairement la carte du pastiche puisque Apropos se retrouvera face à une Bella Lugozi qui vit en Intervania où règne le terrible prince Flad. Alors forcément, concernant ce genre d’humour, on peut y être plus ou moins sensible et on peut dire que David se vautre carrément dans le genre.

Étrangement, on aurait pu penser qu’un dessinateur de la trempe de Kevin McGuire aurait été mis en place sur ce titre. Un style cartoon, des personnages aux visages ultra-expressifs, des couleurs vives, voilà ce que l’on pourrait attendre d’un récit comme celui-ci. Pourtant, dès les couvertures, on s’attend plutôt à quelque chose de sombre. Robin Riggs est un encreur qui a beaucoup travaillé avec David (Hulk encore, Supergirl) et Sir Apropos of Nothing est finalement son seul comic-book publié en tant qu’artiste complet. Son style est loin d’être celui présenté ci-dessus. J’aurais presque tendance à le ranger dans un style imitant celui de Prince Vaillant, la précis du trait en moins. Si le dessinateur est parfois assez bluffant sur le premier numéro, il descend en régime par la suite et impressionne nettement moins. On voit qu’il ne peut pas tenir les délais et produire de sublimes planches à chaque case tout en se chargeant en plus de la colorisation. Les couleurs sont du coup peu développées mais en adéquation avec la situation en cours : très fades dans le désert, elles sont plus chaudes dès qu’on arrive en forêt. Malheureusement, les palettes choisies pour chaque case tiennent le plus souvent de la monochromie. Si cela ne gêne pas à la lecture, on s’en rend compte assez rapidement.

J’ai mis du temps à lire Sir Apropos of Nothing, très longtemps. Finalement, je regrette d’avoir attendu parce qu’on a droit à un récit typique de ce que propose David avec de l’aventure et de l’humour de façon bien ficelée. La série n’a jamais connu de suite mais avec un artiste de talent, j’imagine qu’elle aurait eu nettement plus de succès. Reste, comme toujours, la question des coûts de production pour ce genre de bandes dessinées et le fait que le public américain n’est probablement toujours pas prêt pour lire ce style de choses. Dommage. Reste une mini-série sympathique qui mérite le coup d’oeil.

P.S. A noter que la couverture du recueil (en couverture dure) n’est absolument représentative de l’intérieur, mais plutôt du personnage.

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