Onirique Comics 7.1

Accueil du site > Chroniques > Image Comics > Snotgirl #1-5

Snotgirl #1-5

vendredi 25 août 2017, par Mathieu Doublet

(Image Comics / Bryan Lee O’Malley / Leslie Hung)


Lottie Person est une blogueuse mode quasi-professionnelle avec un nombre unique de suivi assez impressionnant. Enfin, selon elle. Elle n’est d’ailleurs pas du genre à se sous-estimer et gare à ceux qui lui feraient de l’ombre parce qu’elle a son petit club de cassage régulier avec Normgirl et Cutegirl, ses deux meilleures amies, blogueuses elles aussi. Alors que Lottie tente de gérer sa séparation d’avec Sunny (qui date déjà de quelques mois), elle se rend compte de deux choses : une certaine fille tourne autour de Sunny, elle est bien moins jolie qu’elle mais elle reste très familière. Et puis elle a aussi rencontré Caroline, une fille superbe, qui obtient aussitôt le sobriquet de Coolgirl. Avec elle, Lottie change quelques unes de ses habitudes, dont celle d’aller dans des bars et d’y boire du whisky (surtout pour paraître aussi cool que Coolgirl). Sauf que l’alcool avec les médicaments antihistaminiques qu’elle prend, ça ne fait pas bon ménage. Du coup, la pauvre Lottie a la morve au nez et Caroline lui trouve un joli surnom : Snottie. Sachant que snot, c’est de la morve, autant dire que ce surnom n’est pas particulièrement flatteuse mais Caroline n’aura pas beaucoup l’occasion de se servir de ce surnom puisqu’elle glisse sur les pilules et se fracasse le crâne dans les toilettes du bar. C’est en tout cas ce que Lottie pense ...

Bryan O’Malley est un auteur de comic-books qui a une certaine réputation. Sa bibliographie est pourtant assez maigre mais les titres qu’il a crées lui donne une certaine importance auprès des lecteurs de comics indés. Tout d’abord un Lost at Sea qu’il faudrait que je relise, tellement Snotgirl semble lui faire écho, puis Scott Pilgrim, le titre qui lui fait gagner ses galons d’honneur, devient un gros succès chez Oni Press, est adapté par Edgar Wright et est enfin récemment adapté en jeu de société (pas joué, il vient de sortir au dernier Comic-Con de San Diegpo). Il a fallu un peu de temps à O’Malley pour ensuite publier un Seconds, racontant une histoire réellement différente de son habituel terrain de jeu : l’adolescence.
Et avec Snotgirl, disons qu’on retrouve assez rapidement la patte de l’auteur : Lottie est aussi égoïste que Scott Pilgrim, les vannes acerbes sur les looks et les habitudes sont profusion, et finalement, le monde des blogs mode semble réellement très creux, très vain, très artificiel. En tout cas, si on se base sur l’héroïne titre qui prend une énorme part de ce premier arc, les personnages secondaires n’étant pas développés autrement qu’à travers les yeux de Lottie. Du coup, difficile pour moi de comprendre ce personnage. O’Malley ne lui donne aucune circonstance atténuante et tous les choix qu’elle fait sont proprement méprisables. A chaque erreur (qui correspond surtout à une impossibilité de communiquer correctement avec autrui), elle va subir un contre-coup qui va la faire pleurer. Là, le lecteur pourrait prendre cette jeune femme en sympathie sauf qu’elle ne présente aucun côté à sauver si ce n’est celui de son apparence.
O’Malley reste dans un cadre très normé, très réel et va y instiller une espèce de climat surnaturel dès le deuxième numéro. Peut-être que l’auteur joue avec l’idée d’un Mulholland Drive, d’un Fight Club, ou d’un film à la Hitchcock mais un passage du numéro 5 casse complètement cette hypothèse ce qui est franchement dommage. Sachant qu’à son habitude, la mise en page est très aérée, basée plus sur les codes du manga que ceux de la BD franco-belge ou même du comics, l’intrigue ne sera pas développée énormément dans ce premier arc.

Sauf qu’aux dessins, on ne retrouve pas O’Malley mais Leslie Hung, une dessinatrice qui débute sa véritable carrière de dessinatrice dans le monde du comic-book après avoir publié deux couvertures sur un titre peu diffusé. J’aime beaucoup le style de Hung (qui participe aussi à la trame narrative du récit) : il est effectivement très proche des artistes japonais, et plus orienté du côté shôjô que shônen ou même anime. Mais l’artiste a réussi à s’approprier le style pour en faire quelque chose de différent. L’univers d’O’Malley est souvent assez proche des codes du jeu vidéo, des exagérations qu’on peut trouver dans toute la pop japonaise et Hung colle vraiment à ce genre. mais là où un dessin 100% shôjô aurait condamné le titre à un lectorat uniquement féminin, Hung réussit à rendre à la fois ses planches très colorées voire très roses sans donner cette impression de guimauve trop sucrée. Un petit tour de force en soi à mon humble avis, qui donne un côté sympathique à l’ensemble.

Au final, je dois conclure sur le fait que Snotgirl n’est pas fait pour moi : je n’arrive pas à m’attacher à cette héroïne qui m’insupporte et si j’adhère au graphisme et à la cohérence de l’ensemble, je ne suis plus prêt à faire l’effort de suivre un tel titre. Snotgirl a repris sa publication au mois de juillet après un hiatus de six mois, les critiques US nous diront probablement comment se porte le titre.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0