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Seaguy #1-3 & Slaves of Mickey-Eye #1-3

dimanche 20 août 2017, par Mathieu Doublet

(Vertigo / Grant Morrison / Cameron Stewart)


Seaguy est un jeune homme affublé d’une tenue de plongeur (avec casque apparent) dont la vie se résume à regarder les dessins animés de Mickey-Eye, jouer aux échecs avec le Gondolier (qui se trouve aussi être la Mort) et soupirer en regardant She-Beard, guerrière femme à barbe qui a juré de ne pas laisser un homme la toucher de trop près avant qu’il l’ait battu en duel. Il trouve parfois du réconfort en parlant au vieux Seadog et regrette que le Doc Hero ne soit plus que l’ombre de lui-même après l’âge des héros, une époque qui a vu la fin de Anti-Papa, la dernière menace qui planait sur ce monde. Heureusement pour Seaguy, désespérément à la recherche d’une aventure, deux choses vont se produire : tout d’abord, une pluie de météorites venant de la Lune s’abat sur Terre et chose étrange, des hiéroglyphes sont inscrits dessus. Ensuite, Seaguy, friand de toute la nourriture Xoo, comme à peu près tous les habitants du coin, va avoir une petite remontée d’estomac et se rendre compte que ce qu’il a ingurgité et étonnamment vivant. Seulement, cela n’ira pas avec les forces de l’ordre qui chercheront à mettre la main dessus. Voilà Seaguy, son sidekick Chubby le thon et le petit Xoo en cavale pour une vraie aventure.

Seaguy (et sa suite) datent respectivement de 2004 et 2009. Pour Grant Morrison, ce projet s’inscrit d’abord dans un trio de mini-séries proposées chez Vertigo. Et Seaguy est probablement la plus étrange des trois (sachant que les deux autres sont We3 et Vinamarama) car il manque pas mal d’indices pour comprendre un univers plus grand ce qui nous est montré. Cela ne va pas empêcher d’offrir au héros ce qu’il souhaite : une véritable aventure qui pour la première mini-série est une course poursuite effrénée. Seaguy est aussi probablement la plus meta des trois mini-séries : en effet, avec un Anti-Dad qui n’est bien entendu pas sans rappeler l’Anti-Monitor et du coup, l’époque de Crisis on Infinite Earths qui va rebooter tout l’univers DC, on peut penser que Morrison pleure l’univers qu’il connaît, l’univers des super-héros classiques et légers qui faisaient face à des menaces incroyables et n’étaient pas aussi réalistes que "maintenant" (sachant qu’en 2004, le grim’n’gritty a eu le temps de faire son œuvre).
Et Seaguy est un titre particulièrement dépressif. On le voit dès le premier numéro mais c’est à la fin de la première mini-série que le terme prend tout son sens puisque le héros n’est pas dans une position particulièrement positive et que les événements qu’il subit sont particulièrement éprouvants. Du coup, Slaves of Mickey-Eye est un récit qui choisit de renverser la vapeur. Il serait intéressant de voir ce qui a changé dans la vision de Morrison pour apporter à Seaguy une happy-end presque parfaite. La révolte, la prise en main de sa destinée, la résistance face à la tentation, tout en laissant la porte ouverte à une éventuelle suite (parce que l’univers de Seaguy est tout sauf fermé), voilà ce que propose Slaves of Mickey-Eye. Ceci étant, s’il fallait être exhaustif, je trouve que cette dernière mini propose une ellipse un peu abrupte tout autour du numéro 2 ce qui fait que la conclusion et l’intervention des 3-Guy est un peu désarçonnante.

Aux dessins, on retrouve Cameron Stewart, un dessinateur qui peut s’attaquer à tout et qui donne toujours satisfaction, qu’il dessine Batman & Robin ou bien la suite de Fight Club. Et pour Seaguy, c’est un tout univers à créer qui est confié à Cameron Stewart. Deux même, si on compte la brève zone de confort disponible dans le numéro 2 de Slaves of Mickey-Eye. A chaque fois, la réussite est au rendez-vous que ce soit pour un charmant bord de mer, un horrible parc d’attraction (faut-il y trouver un lien avec le Coney Island de New York ?), une Espagne en carton pâte ou encore le terrible bateau rouillé où travaille la compagnie Xoo. J’ai senti parfois que Stewart était un poil fatigué sur la fin et que l’encrage n’était pas aussi réussi que sur le reste des planches, mais c’est une fois de plus un travail de qualité à souligner.

Loin d’être sans importance dans la bibliographie de Morrison, Seaguy a probablement encore bien des secrets cachés (dans certaines anagrammes ?). Son seul défaut, finalement, est d’être un peu court pour un univers qui semble très vaste.

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