Onirique Comics 7.1

Accueil du site > Chroniques > Dark Horse > Negetive Space #1-4

Negetive Space #1-4

vendredi 21 juillet 2017, par Mathieu Doublet

(Dark Horse / Ryan K. Lindsay / Owen Gieni)


Guy Harris est un écrivain. Lui qui a écrit tant de lignes ,de pages, qui transporté les lecteurs si loin dans leur imaginaire, voilà qu’il sèche ... sur la note qu’il va laisser juste avant de se suicider. La panne sèche, la page blanche, au moment où cela serait le plus utile. Et ça n’est pas Woody, son pote et aussi fournisseur en caféine qui va lui remonter le moral, même s’il y met tout son cœur. Ce que Guy ignore, c’est que son malheur n’est pas fortuit. Non, la vie est un désastre pour bon nombre de personnes simplement parce qu’une entreprise appelée Kindred génère ce malheur. Qu’est-ce qu’elle pourrait bien gagner dans tout ça ? Tout simplement la survie de la race humaine. En effet, sans que personne ne le sache, les Evorah, une race sous-marine particulièrement agressive, a découvert qu’elle pouvait se repaitre du désespoir humain. Ainsi, les agents de Kindred commettent les pires incidents pour les fruits de mer en manque ne débarquent pas sur Terre.
Et qu’est-ce que Guy vient faire là-dedans ? Son don et sa réussite dans l’écriture sont dues à un pouvoir qu’il possède, celui de l’empathie. Il diffuse donc autour de lui avec une certaine puissance tout ce qu’il ressent, aussi bien le malheur que le bonheur. Et c’est bien là dessus que va compter une bande de résistants.

De façon assez originale, c’est le nom de Owen Gieni qui arrive en premier sur les couvertures des quatre numéros. En deuxième de couverture également, ce qui laisse suggérer qu’il est à la source de cette histoire. Ryan K. Lindsay étant crédité pour le script. La paire va donc concocter un univers particulièrement proche du nôtre mais qui couve bien entendu un secret bien caché. De quoi nous faire comprendre pourquoi nous vivons une si misérable vie. Mais le twist consistant à faire des "méchants" un mal nécessaire est bien amené, d’autant que les personnages qui travaillent chez Kindred sont bien écrits, à la fois très antipathiques mais aussi terriblement honnêtes face à leur travail. Des méchants très puissants donc mais que l’on peut comprendre et qui se révèlent donc plus subtils que leur apparence laisse voir. Du côté des êtres qui font sploutch sploutch quand ils marchent par terre, la subtilité est aussi de mise car on apprend relativement rapidement que, comme dans toute race, tous les individus ne sont pas totalement identiques et que les idées et les besoins de chacun sont finalement différents. Un univers bien construit donc, stable et sans moment illogique.
Reste l’élément perturbateur : l’art. Car si Guy n’avait pas eu cette nécessité d’écrire un dernier mot marquant, qu’il s’était contenté d’une lettre commune, l’histoire n’aurait pas eu lieu. Comme tout bon anti-héros, il va se laisser entraîner par les événements, jouant parfois de chance, faisant preuve d’opportunités au fur et à mesure qu’il doit prendre des décisions. Le fait que tout dure seulement quatre numéros pourrait faire croire à un récit faisant la part belle aux ellipses mais je n’ai pas du tout ce sentiment. Le récit avance régulièrement.

Gieni est donc aussi aux dessins et Negative Space n’est pas son coup d’essai. Il commence au début des années 2000 chez des petits éditeurs (notamment dans une parodie zombie de Red Sonja) puis débarque chez Image sur des séries comme Skullkickers, Avengelyne, Glory ou encore la fin de Debris. La colorisation dont se charge l’artiste est absolument superbe, elle apporte du relief et les tons choisis sont très subtils rendant bien cet aspect désespéré au récit tout en restant agréable à l’œil. Ensuite, il y a le trait de l’artiste qui reste très fin, très détaillé, parfois un peu rough. Je ne suis pas sûr que les planches en noir & blanc soient aussi agréables à regarder (quoique) mais avec les couleurs, le mariage est parfait. Les personnages sont chouettes bien caractérisés et si l’agent Rick me semble le moins réussi, il tape juste dans le cliché du personnage qui va se révéler moins manichéen que supposé. Les Evorah sont différents les uns des autres, avec pourtant des castes (ou des âges) variées. Joli travail de recherche pour des monstres qui dégoûtent mais qui restent aussi assez fascinants. L’horreur fonctionne à plein de ce côté. Quant à la mise en page, elle reste très classique, variée, avec une utilisation raisonnée des splash-pages. Du boulot carré, à défaut d’être complètement renversant.

J’ai mis un petit moment à me décider à lire Negative Space alors que je l’avais précommandé sur l’idée d’un pitch très sympathique. La faute à une couverture de numéro 1 qui ne correspondait pas franchement ce que j’attendais. La couv’ nous présente un monstre tentaculaire, plus orienté Science Fiction voire Mythe de Cthulhu. C’était un tort et j’ai même lu la mini deux fois afin de bien apprécier la construction du récit et sa finalité qui ne peut pas laisser de marbre. Une mini-série qui vaut carrément le coup. Le travail de Gieni est à suivre sur la série Rat Queens.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0