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The Rocketeer at War #1-4

vendredi 14 juillet 2017, par Mathieu Doublet

(IDW / marc Guggenheim / Dave Bullock & J Bone)


1942, Angleterre. En pleine seconde guerre mondiale, les forces alliés tentent de militariser le Rocketeer mais il faut dire que les pilotes pouvant gérer l’engin sont peu nombreux et
que beaucoup d’entre eux se sacrifient en essayant de voler correctement. Il n’y a que le troufion Cliff Secord, sur le terrain en Afrique du Nord qui peut en être capable. Ce dernier
a pourtant failli se faire bombarder et ne doit son sujet qu’à une pilote britannique, Molly O’Hara, plus connue sous le nom de Roxy. Ce sera loin d’être le seul exploit de Cliff puisqu’il
intercepte aussi un espion allemand cherchant à voler un élément nécessaire à la création de la célèbre fusée portative. Voilà comment Secord attire l’attention et se retrouve avec son engin
amélioré. Ce qu’il ignore, c’est que les forces de l’Axe ont développé un rayon meurtrier et que Betty, sa petite amie, se porte volontaire pour remonter le moral des troupes.

At War est la sixième aventure du Rocketeer depuis sa relance chez IDW (et la republication luxueuse des comics originaux de Dave Stevens). C’est Marc Guggenheim, scénariste qui exerce depuis
une dizaine d’années qui prend donc les rênes de ce récit. Il respecte complètement le cahier des charges composé de combats explosifs, de moments de bravoure légèrement n’importe nawakesques et
de jolies filles. Dès le premier numéro, ça va envoyer comme il faut avec la fusée bien entendu mise en scène. Mais ce que Guggenheim a oublié, c’est qu’il ne fallait pas trop forcer le suspension of disbelief,
au risque que les lecteurs décrochent. Et c’est malheureusement ce que le scénariste fait avec la présence du premier adversaire nazi volant (planant ?) indépendamment. Ce dernier est trop facilité dans ses déplacements
pour avoir réellement besoin de la pièce qu’il cherche.
Le kidnapping bien commode de Betty, l’aisance avec laquelle les personnages se rendent d’un point à l’autre de la planète sont quelques unes des facilités scénaristiques présentes dans cette aventure. Mais ça n’est finalement
pas ce qui m’a le plus dérangé dans ces quatre numéros. Le gros souci que j’ai rencontré, c’est surtout l’extrême pauvreté des dialogues qui m’a frappé à la lecture des deux dernières parties de l’aventure. Le comique prétendu tombe
à plat : Betty est trop nouille et le sarcasme beaucoup trop présent. On croit à peine au triangle amoureux mis en place.

Etrangement, cette diminution de qualité lors des deux derniers épisodes arrive en même temps qu’un soudain changement d’artiste. Dave Bullock, dont le travail consiste plutôt à créer des couvertures efficaces, est effectivement quelqu’un
qui peut tout à fait recréer une ambiance retro comme ce que pouvait faire Darwyn Cooke. Il n’y a qu’à regarder son travail sur l’histoire de Deadman dans Wednesday Comics pour en être convaincu. Or, dans les pages du Rocketeer, c’est nettement
moins le cas. L’explication semble être évidente : le dessinateur n’a pas le temps de dessiner les 20 pages qu’on lui réclame dans les temps. Et plutôt que d’embaucher un encreur qui aurait pu réduire les délais et nous épargner des planches à la
limite du rough détaillé, on a malheureusement droit à un artiste au bout du rouleau qui doit laisser tomber l’intérieur des comics et ne créer que les couvertures de la série.
C’est donc J Bone qui reprend du service. Le Canadien avait déjà dessiné Cliff dans Hollywood Horror, Jet-Pack Adventures ou dans le crossover avec The Spirit. Autant dire qu’on est en terrain connu. Filles bimbos, mecs musclés prêts à
en découdre et très vilains nazis (qui évitent cependant toute difformité). Je ne dirais pas que l’artiste est à l’apogée de son dessin car on sent là encore la rapidité de l’exécution (notamment dans des décors aux abonnés absents). L’artiste réussit néanmoins
à remédier à ce défaut et utilise des cadrages suffisamment malins pour ne pas donner l’impression d’avoir devant soi une page blanche.

At War est donc une nouvelle aventure du Rocketeer qui est pile poil dans ce qu’on attend de ce genre. Pourtant, je regrette un travail qui aurait mérité plus d’attention sur la longueur aussi bien concernant l’écriture que les dessins. C’est d’autant plus dommage
que la franchise sort une mini-série de quatre numéros par an et que cela ne signifie pas une urgence telle que semble avoir rencontré toute l’équipe artistique.

P.S. A noter que les numéros mensuels comprenaient aussi un récit en prose (non lu) qui explique peut-être leur prix élevé : 4.99$ le numéro.