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Motor Girl #1-5

lundi 19 juin 2017, par Mathieu Doublet

(Abstract Studios / Terry Moore)

Samantha Locklear est une jeune femme qui passe sa vie à bricoler au milieu du désert. Son travail : désosser des carcasses de bagnoles afin d’en tirer des pièces qu’elle pourra revendre. Et si vous pensez que ce n’est pas un métier pour une femme, laissez-moi vous préciser que Sam a été soldat, qu’elle a fait deux affectations en Afghanistan, qu’elle a même été prisonnière de guerre pendant presque une année. Autant dire que les patriotes qui rentrent au pays après une telle expérience sont marqués à vie.
C’est un peu le cas pour Sam mais elle a réussi à tenir bon. Dans la désert, on pourrait penser que la jeune femme est seule mais c’est sans compter la présence d’un gorille parlant qui lui sert essentiellement de compagnon pour de longues discussions sur tout et n’importe quoi. Comme les extra-terrestres par exemple. Mais la vie de Samantha pourrait bien à nouveau être changée à tout jamais : en effet, on propose à Libby, la propriétaire de la casse automobile, un sacré paquet de pognon pour racheter ce No Man’s Land. La grande question étant : pourquoi ?

Terry Moore enchaîne les séries avec une belle cadence et à peine Rachel Rising était-elle finie que Motor Girl a pointé le bout de son nez. Dans cette série qui ne devrait comporter que 10 numéros, l’auteur nous présente un univers complètement fantasmé avec un gorille parlant, des petits bonshommes verts, des hommes de main totalement incompétents et une petite vieille sur qui on peut compter. Et c’est sans parler de Sam, héroïne classique des aventures créées par Moore, qui associe féminité et force. Le personnage est tout simplement adorable et dévoile ses faiblesses au fur et à mesure de l’intrigue. Moore fait une mise en scène impeccable pour l’illustrer et laisse au lecteur le soin d’en comprendre tout ce qui va en découler.
Il enchaîne aussi les surprises, un humour toujours un peu décalé (avec un duo de gangsters pas piqués des hannetons) et des scènes absolument horribles. Bien entendu, c’est le contraste entre les scènes drôles et horrifiques (la nature des E.T. et leurs scènes essentiellement) qui fonctionne à plein régime.

En ce qui concerne la réalisation graphique, on est en terrain connu et le travail de Moore est toujours aussi renversant de détail et de justesse. Le cadrage est toujours très juste et sert l’émotion qu’elle soit tendre ou bien effrayante. Peut-être que sur certaines cases, le travail de Moore n’est pas aussi excellent qu’on voudrait qu’il soit (j’ai en tête un dessin de Sam avec le visage qui semble décentré de sa tête) mais c’est réellement chercher la petite bête, sachant que Moore garde un rythme quasi-mensuel. Comme on est en noir & blanc, certaines scènes ont besoin de précision dans le dialogue des personnages et on apprendra donc que les E.T. sont bien de petits hommes verts. Est-ce que Motor Girl sera le premier bouquin de Moore à passer en couleur ? L’avenir nous le dira.

En attendant, la série est bien fichue et le seul regret que je pourrais avoir, c’est qu’elle n’est supposée durer que 10 numéros (6 étant entre mes mains à l’heure où j’écris ces lignes). Un récit rapide qui contraste avec ce que Terry Moore nous a proposé jusqu’alors mais qui donne aussi à son auteur un nouveau défi.