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Punisher #1-20 (2014-2016)

dimanche 5 mars 2017, par Mathieu Doublet

(Marvel Comics / Nathan Edmondson & Kevin Maurer / Mitch Gerads, Carmen Nunez Carnero, Moritat, Brent Schoonover, Felix Ruiz)

Ce run a été publié en VF dans les magazines Marvel Saga 4, 7, 11 et 12. Lu en VF.


Tout commence à la frontière du Ghana. Frank Castle enquête sur un réseau de drogue qu’il tente de remonter et cela l’emmène à nouveau aux États-Unis mais plus sur la côte sud-est puisque le voilà en Californie.
Autant dire que ça le change du climat très urbain de New York et cela ne lui plaît pas plus que ça. Mais quand il y a un job, il y a un job et le voilà qui attaque la plus grande famille mafieuse californienne à grands
coups de bazooka. Cela fait du bruit et Castle ne sait pas qu’il vient de déclencher quelque chose de nettement plus grand que lui. Du coup, il va non seulement se retrouver face à une famille en quête de vengeance mais
aussi face à un commando de mercenaires embauché pour lui faire la peau. Heureusement que Castle peut compter sur des alliés aux quatre coins de l’Amérique. Il en aura fort besoin.

C’est Nathan Edmondson qui reprend les rênes du Punisher après le run de Greg Rucka (que je n’ai encore pas lu). Il donnera une orientation sensiblement différente à celle donnée par exemple lors du run de Rick Remender.
Castle est ici à la limite du bord du rouleau, il sent bien l’inefficacité de ses méthodes mais ne peut se résoudre à les abandonner. Il est là pour éliminer les problèmes trop mineur pour les super-héros mais trop compliqués à gérer
pour la police. Edmondson en fait un être typiquement solitaire qui ne sera accompagné que très brièvement, même comme c’est dans le cas d’un animal (un chacal assez sympathique et rapidement domestiqué). Il jouera pourtant une espèce
d’image de mentor sans révéler sa réelle identité (ou plutôt sans qu’elle ne soit explicitement dite alors qu’il ne fonctionne que très rarement masqué).
Toute la force du scénariste, c’est de puiser dans son ancienne série pour Image, The Activity. Ainsi l’image militaire du Punisher ainsi que les agissements des forces de police ou bien des Howling Commandos font très réalistes.
Edmondson est à l’aise dans ce cadre et suffisamment renseigné pour produire un récit d’action avec ce qu’il faut de réalisme. Cela rend parfois le titre très curieux quant à son message politique et moral. Pourtant à la fin des fins,
Castle ne peut qu’être égal à lui-même, c’est à dire un bourreau peu importe la nationalité de celui qu’il abat. Et si, d’un point de vue scénaristique, on peut comprendre le changement de ton des médias vis à vis du Punisher, on ne peut
qu’apprécier modérément l’image très séduisante de l’auto-justice que renvoie le titre. Toute la subtilité entre le fond d’une série et d’un personnage et le message que veut véhiculer un artiste.
Concernant le scénario, je terminerai par une observation sur le rythme et la longueur de l’intrigue. Alors oui, c’est un peu étiré, la présence de super-vilains n’est pas forcément obligatoire, on sent qu’elle n’est pas capitale à l’intrigue
et permet surtout au Punisher de rester dans un univers Marvel qui ne secoue pas trop le lecteur. On y croise aussi Black Widow, car Edmondson se permet de placer un petit crossover entre les deux séries qu’il écrit. Mais au final, l’action suit son
cours, l’idée globale est intéressante et la finalité forcément peu solaire. Les deux derniers numéros qui sont consacrés aux derniers jours du Punisher avant Secret Wars et donc la fin de la Terre 616, sont très orientés action. Ils posent aussi la question :
le monde serait-il meilleur si des soldats comme le Punisher existaient réellement ? Un récit à la fois très jouissif par sa violence mais qui résume un problème réel de manière beaucoup trop enfantine.

Quitte à puiser dans les ressources de The Activity, autant aller chercher le dessinateur du titre, à savoir Mitch Gerads. L’artiste est complet et se charge à la fois du dessin, de l’encrage et des couleurs. Autant dire une somme de travail importante qui l’amènera
à passer la main sur quelques numéros. Le style de Gerads est, à mon humble avis, à rapprocher de ce qui peut se faire en franco-belge dans ce qu’il y a de plus classique : pensez Largo Winch, Thorgal, appliqué à la sauce américaine et vous aurez quelque chose d’approchant
à ce que Gerads peut produire. Une ligne claire donc qui va gagner progressivement en détails et en fourmillement pour terminer sur des planches nettement plus musclées qu’au début, plus sales aussi. Mais le thème y colle bien entendu parfaitement. Je trouve que le dessinateur
fournit un boulot assez phénoménal et rend un univers réaliste absolument bluffant des personnages jusqu’aux éléments de décor (peut-être pas super fouillés mais nettement suffisants). Ses visages sont vraiment très chouettes et représentent des personnalités différentes.
Et forcément, quand arrivent d’autres dessinateurs, on a quand même tendance à le voir. Ceci étant, la série est soignée. Carnero a un style plus rond mais qui sait tout de même traduire le monde sale dans lequel elle s’engouffre. Felix Ruiz n’a que quelques pages et si son style
est nettement plus dur que celui de ses camarades, on passe facilement sur ce changement de dessinateur. Celui qui s’approchera le plus du dessinateur régulier est Brent Schoonover qui possède un trait un peu plus rond que celui de Gerads, un peu à rapprocher d’une certaine école Vertigo
avec Pia Guerra en tête (Y The Last Man).

Au final, je trouve ce run très réussi ce qui n’est pas une grosse surprise connaissant l’équipe à bord. On pourra couiner que le personnage de la fliquette n’est jamais réellement exploité à sa juste valeur ou qu’on aurait qu’elle prenne un autre chemin, que certains passages
pas forcément super-finauds, que les super-vilains ont un rôle de quasi-figurants. Cela n’empêche pas le run d’être de bonne qualité.